Lundi 31 octobre 2005
…de comptoir
Je voudrais dire au site qui vient de me faire mon thème astral gratos et sans que je demande rien (ouaah… c'est ma grand-mère qui aurait été contente de voir ça) que je suis née à 21 h 21 et je pense que cette précision les aidera peut-être à affiner leur blabla. A cause d'eux, je suis obligée de me ranger à l'opinion controversée mais néanmoins consensuelle de ce cher Gérard Miller, et j'en suis un peu… Bref. C'est vrai, je suis une passionnée, une affective. J'ai besoin de me sentir en sécurité dans la vie. Si, si. Je suis possessive, intuitive, volontaire et j'ai « un côté artiste » (sans déconner). Pour la cuisine, c'est vrai, j'assure. Mais aller prétendre que je suis une excellente maîtresse de maison, c'est abuser. (viens voir, mon chéri, ce qu'ils disent sur le net !) J'aime la bonne bouffe et le bon vin, soit, cela ne fait pas de moi une « sensuelle séductrice » (too bad…) Je remercie sincèrement le type qui a pris le temps d'introduire ma birthdate dans le logiciel dément qui a produit cette brillante analyse. Trop tard, hélas : depuis qu'un beau matin, l'horoscope wanadoo m'a annoncé l'entrée de la lune noire dans mon signe pour un an, en m'expliquant que plus rien n'irait bien jusqu'à l'année prochaine, je ne lis plus les horoscopes. C'est vrai, j'ai eu une année assez merdique, mais qui sait, peut-être que si ce matin-là j'avais cassé mon ordi au lieu de succomber aux menaces, j'y aurais échappé.
Dimanche 30 octobre 2005
Tueurs en série
Depuis que j'ai 13 ans, je fume. La moitié de ma vie. Et je n'ai pas l'intention d'arrêter. Le prix de ma drogue a triplé. J'ai payé à l'Etat de quoi traiter deux cents fois mon futur cancer. Depuis deux ans, j'achète mes clopes en Italie, parce que cet impôt me dégoûte. Payer l'impôt sur le revenu, ça me fait presque plaisir, la CSG, très bien, le foncier, volontiers, l'ISF, ça serait trop beau. Même la TVA... Mais la Seita, je leur ai filé tout mon argent de poche, un bon pourcentage sur mes droits d'auteur, et ils viennent m'expliquer régulièrement que non contente de me suicider à petit feu (ce que j'assume parfaitement) je suis en prime une tueuse en série. Parce que je fume au restaurant, je fume au café, je fume au pub, je fume en boîte, je fume dans les soirées qu'organisent mes amis... Je fume, donc je me tue, et je tue. Bref, je suis une vraie salope, un danger public. On va donc probablement m'interdire de passer à l'acte auprès de mes congénères. Et on me menace régulièrement de rogner mes droits à la sécurité sociale, moi qui suis une mauvaise malade. Une malade irresponsable. En revanche, jamais on n'imagine de m'interdire ma drogue. Elle engraisse trop bien l'Etat. Les vrais drogués sont plus des victimes que moi : on les prend en charge, on les désintoxique. On met en taule leurs dealers. Parfois même on compatit. Moi, que dalle. Mon dealer augmente ses tarifs en me traitant de salope. Mon dealer se lave la conscience en me culpabilisant. Au nom de la santé publique, mon dealer me raquette. Mon dealer est vraiment un odieux personnage.
Jeudi 27 octobre 2005
Moins que zéro
Sortie hier du film de Philippe Garrel Les amants réguliers . Je regrette de ne pas avoir annoncé ici sa diffusion sur Arte mardi soir, en même temps, un film beau comme un tableau, il vaut mieux le voir en salle. Et ça soutient l'économie du cinéma indépendant. Louis disait hier sur France Inter qu'en tournant le film, il ne savait pas « que Monsieur Sarkozy serait aussi pervers ». A propos du vote des étrangers. Moi, ce qui me choque, c'est Madame notre ministre des armées qui vient faire la retape chez Fogiel, parce que l'armée manque de chair fraîche. Ca m'a rappelé une scène de Farenheit 9/11 : les jeunes chômeurs qu'on embrigade à la sortie du supermarché, en leur faisant miroiter de beaux lendemains. Plus tard ils iront tuer et se faire tuer en Irak.
Dans le film de Garrel, le jeune poète plaide en vain devant un tribunal militaire. Il plaide « la poésie ». Un de ses juges lance, comme un couperet « les Baudelaire, les Rimbaud, il faut les mettre en prison ». Sur l'instant, ça m'a paru un brin caricatural, mais à tout prendre…
Hier soir Bret Easton Ellis sur Canal +, bien embêté quand on lui demande son impression sur Bush, finit par dire qu'il se sent ridicule de se lamenter sur ses états d'âme quand 2000 soldats américains sont morts en Irak. 2000 soldats américains ? Et combien de civils irakiens ? Même Ellis, de l'avis général « plus grand écrivain de sa génération », succombe au cliché de la mort kilométrique ? A la mesquinerie du sentiment national ? Les tribunaux militaires du 21 ème siècle doivent adorer les écrivains.
Vendredi 21 octobre 2005
Le 21, c'est magique. Ce matin j'ai appelé un type formidable que je n'ai pas vu depuis trois ans, un roumain de Bucarest, pour lui demander de me laisser utiliser son nom dans un roman. Il a ri, mais il n'avait pas l'air d'accord. Maintenant je prie pour qu'il ne se vexe pas à la lecture du manuscrit. Je détesterais qu'on fasse de moi un personnage.

Ca a été une semaine dense. Dimanche dernier j'ai enregistré une chanson. Je dois remercier Michel Borla, compositeur musicien ingé-son. Magicien, dans son genre. Une patience d'ange. Je ne ferai pas carrière dans la chanson, c'est clair. Nos morceaux me plaisent, mais ma voix, je vais la réserver aux soirées arrosées. Nombreuses autres choses à faire.Corriger les épreuves du roman. Relire. Combien de fois j'ai déjà relu ce texte. Je vois des images à la place des mots.
Ce matin au réveil, un reportage sur la Villa Médicis. Ca m'a pincé le cœur. Ma maison. Ma vieille maison. Le soleil se levait sur Rome alors j'ai photographié mon ciel, pendant une heure, frénétiquement. C'était très beau. J'ai de la chance. Au premier vol d'étourneaux, j'ai repris le cours des choses.

Vendredi 14 octobre 2005
Un homme enterrait mes pieds dans le sable. C'était sur la plage de Melilla. Je me rappelle ses mains contre mes jambes. J'avais trois ans. Tandis que le soleil brillait, le cœur et le diamant éclataient en innombrables gouttes d'eau.
Depuis quelques jours je me rappelle ce texte qui a bercé mon enfance, un texte de Fernando Arrabal, tant répété par mon père, jusqu'à devenir mythologie familiale, Baal Babylone , ce texte qui parle du père absent, l'unique souvenir du père disparu trop tôt – celui d'Arrabal, disparu on ne sait où en Espagne et celui de mon père, mort quand il avait treize ans, au Maroc. La figure de Melilla, ville solaire et cruelle, dangereuse et mélancolique, s'est imposée à moi depuis l'enfance comme un relais de mon grand-père inconnu. Fernando, plus tard, est devenu comme un frère orphelin de mon père. Ces hommes qui n'ont pas eu de père, ma mémoire d'enfant les a ségrégués à Melilla. La ville des hommes sans père. Il faudrait que Fernando parle de Melilla. Aujourd'hui, plus que jamais, qu'il dise cette ville au soleil impitoyable. Cette ville étape, qui attire et rejette les hommes. Comme le père d'Arrabal, après Melilla on perd leur trace, ils disparaissent dans le sable, au milieu du désert. La statue de Franco, encore debout, regarde les hommes crever.
Merdredi 12 octobre 2005
Se reporter au 7 septembre dernier.
Après Au but de Thomas Bernard samedi dernier, j'ai déniché cette fois pour Jérôme L'angoisse du gardien de but au moment du penalty de Peter Handke. A l'usage des néophytes, je tiens à préciser que ces bouquins n'ont pas grand-chose à voir avec le foot en vérité. Le dernier Doris Lessing pour ma mère qui adore Doris Lessing. Les nouvelles de Salinger que j'avais, il y a longtemps, dans une très belle édition, je les ai rachetées en poche, elles sont aussi bien.
Hier, Jérôme a surpris dans un café la conversation de deux petites nanas, dont il a conclu l'influence déplorable de Sex and the city sur la gent féminine : l'une téléphone à un mec. Elle insiste pour le voir le soir même. Le mec n'est pas chaud, la fille argumente « elle n'en saura rien » puis « juste cinq minutes » et encore « je t'assure que tu passes à côté de quelque chose ». Fin de la communication, dont elle fait le compte-rendu à sa copine : il n'y avait pas moyen, je t'assure. Il m'a dit qu'il était pris, amoureux, qu'est-ce que tu veux de plus ? L'autre renchérit : tu es sûre qu'il n'y avait vraiment pas moyen ? Je voudrais en être sûre. Rappelle-le, s'il te plaît. La fille s'exécute, relance le mec, qui commence à se douter qu'il y a anguille « mais non, je ne suis pas une copine d'Anaïs, je te jure, je la connais pas. J'aimerais juste te voir… » Re-râteau. La fille raccroche, sereine, et re-raconte à l'autre les répliques du mec. « Je te jure qu'il tient à toi. Tu vois bien. Il m'a jetée deux fois. » L'autre se résigne : « ma mère m'a engueulée, quand je lui ai dit que je faisais ça. Elle en a perdu, des mecs, en faisant ce genre de trucs. Mais elle, elle faisait bien pire. »
lundi 10 octobre 2005
Autofiction
Guillaume Dustan est mort. Je n'ai jamais particulièrement aimé Guillaume Dustan, j'ai même haï certaines de ses prises de positions : militer contre la capote quand on est homo et séropo, ce n'est pas le meilleur moyen ni de se faire des amis, ni de promouvoir une œuvre littéraire. Dustan fait partie de ces écrivains dont la provocation médiatique a tué l'œuvre en la reléguant au rang des anecdotes. Tant pis pour lui, dommage pour nous, peut-être. En septembre 99 nous étions côte à côte dans les pages littéraires de Libé et du Figaro. « Les nouveaux barbares », avaient décrété les critiques.
Dustan avait 40 ans. Il s'était fabriqué une solide réputation de méchant dans les milieux littéraires. Moi, il me foutait la trouille. Aujourd'hui, je lis qu'il est mort d'une « intoxication médicamenteuse involontaire », et je ne peux pas y croire. Parce que Dustan admirait Guibert, qui s'est suicidé à la digitaline. Parce que, comme Guibert, Dustan avait fait de sa vie une œuvre au regard de tous, et que son dernier livre, publié en 2004, s'intitulait « Dernier roman ». La littérature, celle-là au moins, ne doit rien au hasard.
Dimanche 9 octobre 2005
Vendredi soir au théâtre – Mademoiselle Julie de Strindberg à l'Alphabet.
Samedi à Mouans-Sartoux pour le Festival du Livre – en voisine.
Le soir : foot. 60 millions de sélectionneurs.
Aujourd'hui prouesses en cuisine. Ca sent bon dans la maison. Curry, cumin, paprika de Hongrie. Faudra que je pense à mettre mes recettes en ligne.
Ce soir le plateau de Fogiel envahi par les fans de Dieudonné. Du coup Marco, au salon, est super gentil avec ses invités, et c'est pas mal du tout. Un peu débordé, désarçonné, presque touchant. A un moment ça devient bizarre : Paco Rabane dit qu'il est stalinien pour mettre les pédophiles au goulag.
Michel a composé une nouvelle chanson sur un de mes textes. Un hommage à Jean Echenoz « Je m'en vais » ça s'appelle, comme le roman qui a eu le Goncourt – le seul que je n'ai pas lu, et pour cause. Je vais le lire maintenant. Je l'ai sous la main, il me fait de grands clins d'oeil.
Vendredi 7 octobre 2005
La beauté du diable
Un homme qui n'a pas la migraine. Un homme en forme. Un homme neuf, pas trop usé encore par l'étendard médiatique. Un homme debout, longiligne et ferme à côté d'une Arlette Chabot qui le regarde d'en bas, d'un œil tremblant – je connais cet œil, ce n'est pas celui de la journaliste simplement traqueuse un soir de prime time. C'est l'œil ému d'une femme de tête réduite au bafouillis par la prestance d'un homme séduisant qui la regarde en souriant. Un œil fébrile de midinette qui se pince parce que ce n'est pas le moment de perdre ses moyens et de dire des conneries. Parce que l'homme parle bien. Il a tout : il joue au tennis, cite Rimbaud et tient tête aux américains. Rien chez lui ne transpire la mesquinerie, l'envie, rien de revanchard, nulle frustration infantile à rattraper… L'homme respire la force de l'âge, l'épanouissement, le pouvoir assumé. Il a le sourire confiant, pas même carnassier. Une voix chaude, une diction intelligible, un vocabulaire choisi. Il porte le costume trois pièces et le short de bain avec une égale décontraction classieuse. Il a tout. On en oublierait presque qu'il veut baisser l'ISF et qu'il est sur le point de déposer le bilan de la SNCM, au mépris des salariés, qu'il a mis les chômeurs sur la paille et qu'il institutionnalise le CDD à grands coups de rhétorique faux-derche. Il a tout, sauf des idées politiques acceptables. Tout, sauf la conscience du prochain. Tout, sauf la seule chose qu'on est en droit d'attendre de lui. Mais il y a fort à parier que ses innombrables qualités superflues suffiront.
Mercredi 5 octobre 2005
Comme l'honnête travailleur middle-class, lorsque je touche mon salaire, je m'en vais noyer frénétiquement ma joie dans la consommation. Je règle mes dettes et je commence – début octobre – ma liste au père noël. On aura remarqué l'absence de majuscule, papa noël c'est comme dieu, quand on n'y croit pas, on l'écrit en minuscules, et moi c'est la fille de Le Clézio qui m'a dit un jour à la cantine que le père noël était une triste invention parentale – ben ouais, à Nice, y a du beau monde à l'école publique. J'aurais du inscrire cet épisode dans ma trépidante biographie, on ne sait jamais, peut-être que ça pourra intéresser un exégète en mal d'anecdote. Je tiens à préciser que suite à cette anecdote fondatrice, je n'ai jamais pu mettre mon nez dans l'œuvre de Le Clézio, et son nom sonne encore comme un relent de cruauté enfantine. Après quelques emplettes de dentelles, velours et parfum d'homme, j'ai constaté avec effarement que la mode est à la tendance petrouchka, et c'est bien dommage parce que petrouchka, très peu pour moi. Si encore on nous vendait le dernier Kusturica & No Smoking Orchestra dans le revers du jupon, mais non, rien que de l'électro-pop d'ascenseur aux caisses des magasins.
Retrouvé Jérôme à la terrasse d'un café avec ses copies à moitié corrigées. Un élève de 4 ème conjugue le verbe dormir au plus-que-parfait : ils dorimiraient eu . Je reviendrai un de ces jours sur le moral des forces vives de l'éducation nationale.
Samedi 1er octobre 2005

Virée dans l'Estérel sur le tournage du court-métrage de Caroline « Ciel et Mer ». Caroline, depuis dix ans qu'on se connaît, construit pas à pas son univers de cinéaste, avec des bouts ficelles enchantées. Aujourd'hui je la regarde travailler de loin, dans sa maison abandonnée au bord de la mer, avec pour la première fois une vraie équipe de gens motivés. Salomé, belle naïade pas naïve, un bébé dans les bras, et Arthur, jeune homme racé révolté soudain protecteur pour cette scène « après l'orage ». Jérôme a pris de « vraies » photos. Moi j'ai emporté des souvenirs. Hâte de voir le film.
