1er février 2012

True romance

Un chocolat chaud un Tom Waits une clope. Attendre verdicts multiples et variés, neige brouillard balcon de nouveau blanc, Mont Royal disparu au loin. Campagne peu passionnante, mon père me donne le sondage du jour chaque soir via Skype et il semblerait que Marine baisse un poil Alléluja. Je ne vais quand même pas vous écrire un post sur le retrait de Chevènement. Du coup me rabats sur un bon vieux storytelling façon soap midinette : le feuilleton radiophonique des rencontres successives sur France Inter entre l'humoriste Sophia Aram et Henri Guaino le nègre du président, dont il se dégage une tension sexuelle capable d'éclipser presque le propos politique. Me suis amusée à remonter les épisodes dans l'ordre depuis l'origine, c'est-à-dire depuis la sympathique chronique sur le discours de Dakar, pour laquelle j'ai une tendresse particulière. La deuxième rencontre, franchement érotique sur le début, devient d'autant plus drôle qu'on aperçoit Guaino qui se marre de bon coeur. La troisième est carrément sentimentale, suite au départ de MAM et Hortefeux, sacrifiés sur l'autel d'un amour improbable. A la quatrième, juste après l'arrestation de DSK, Guaino se détend et lance qu'il est lui aussi content de revoir Sophia. La cinquième, en octobre dernier, semble marquer un tournant : Sophia fait semblant d'allumer Patrick Cohen, "je vous aurais croqué", et c'est Guaino qui se lamente "il en a de la chance". Bref, j'étais extrêmement déçue cette semaine, lors du passage de Guaino à Inter (il y est de plus en plus souvent, vous constaterez au passage, même s'ils ont renoncé à l'embaucher comme chroniqueur, ouf) j'étais très déçue que sa programmation un peu plus tôt dans la matinale ne lui donne pas l'occasion de retrouver Sophia. Leur badinage me semblait un peu plus palpitant que la TVA sociale, qui ne sera jamais appliquée souhaitons-le, puisque Hollande va passer (ensemble, tout devient possible, n'est-ce pas?). J'ajoute que depuis 2007 la rhétorique de Guaino a fait beaucoup de mal (discours de Dakar, discours sur la jeunesse, lettre de Guy Mocquet) mais qu'il demeure le plus intellectuel des supports de notre président, moins à droite que Guéant (facile, en même temps) et que Buisson évidemment, Guaino aura finalement été une plume et rien que cela semble-t-il, essayant d'insuffler un hypothétique fond "de civilisation" qui n'était qu'une vitrine, plus synthétiseur et rattrapeur de bourdes que véritable inspirateur sur la fin du quinquénat, tant pis ou tant mieux. Il aura bien du mal à nous inventer une nouvelle idéologie présidentielle plausible qui tienne compte du chemin accompli, ce coup-ci.

février by claire on Grooveshark  

21 janvier 2012

Ca veut dire quoi, féministe?

Depuis 1999, quand on me demande si je suis féministe, je dis oui et non en même temps, l'injustice l'inégalité elle est physiologique, irréductible, bon comme on est des êtres de culture on peut compter là-dessus pour contrebalancer la nature mais globalement combat perdu d'avance. Au Québec situation un peu différente, la femme mieux lotie je veux dire socialement, au travail et à la maison, à la maison surtout, parce que les hommes savent faire des trucs de dingue (le ménage, les courses, la cuisine, emmener les enfants à l'école, etc). Mais anatomiquement, n'est-ce pas, no way.
Mon déni de féminisme, un peu absurde, tient probablement aux tenantes du drapeau à qui j'ai moyen envie de m'identifier. Féministes universalistes des 70's version MLF, pas glamour c'est sûr, presque une tautologie, mort pour ma génération. Féministes harro sur le mâle dominant, souvent systématiques hystériques con-contre-productives. Féministes dernier cri Osons, avec méthodologie de campagne piquée à Sarkozy : à chaque fait-divers sa récup', à chaque DSK sa manif. C'est ce qui m'a le plus choquée pendant l'affaire DSK : qu'on la transforme en étendard. Qu'on se jette dessus comme sur un symbole, une cause à défendre, qu'on se fiche des humains cachés derrière. Qu'on affiche aussi le jugement moral en tête de gondole : même s'il l'a pas violée c'est un gros dégueulasse. Et alors? L'a pas l'droit si ça lui chante? S'il l'a pas violée, l'a bien l'droit de faire tout c'qu'y veut. Non? J'viens pas r'garder chez vous si votre sexualité est moralement acceptable. Pis la sexualité, c'est comme la littérature, ça ne s'améliore pas avec la morale. Contrairement à la politique.
Ce matin j'écoute Marcella Iacub sur France Inter avec quelques jours de retard. Je ne suis pas toujours d'accord avec Marcella Iacub, notamment sur le droit à la prostitution, mais elle est capable de me convaincre car elle pense. Il y a chez cette femme une capacité de raisonnement, parfois desservie par une parole trop honnête pour être efficace, totalement dépourvue de démagogie. Bref, je suis heureuse d'entendre une féministe dire que le viol n'est pas un acte sexiste mais un crime perpétré par des déséquilibrés. Que ces hommes (à part peut-être en temps de guerre, c'est moi qui précise) n'ont pas un problème idéologique mais un problème psychique. Que les féministes se discréditent en attaquant DSK parce que le général et le particulier ne font pas bon ménage, et qu'il n'y a rien de pire que cette tendance à récupérer chaque fait divers pour réclamer une loi. Je n'ai pas encore eu la possibilité de lire son dernier livre "Une société de violeurs" mais je m'y attèlerai dès qu'il sera disponible au Québec.
Elisabeth Badinter s'était faite huer l'an dernier pour avoir défendu le droit des femmes à ne pas allaiter, ne pas procréer, ne pas utiliser de couches lavables (face au courant naturaliste qui court de Cécile Duflot (les couches) à Sarkozy lui-même (Carla allaite et c'est tellement mieux pour les défenses immunitaires du bébé). Bref, je suis contente d'entendre encore quelques voix lucides au milieu du tollé vengeur et normatif. Preuve que le féminisme a de beaux jours devant lui, si on veut bien tenter de le penser, et pas seulement de le hurler. Le féminisme est une défense des droits et des libertés, pas un dogme qui juge et qui édicte ce que nous devons être.
Pour ceux qui sont abonnés à ASI, je vous conseille aussi ce très bon article de Judith Bernard qui vaut bien 1 euro d'abonnement 24h, sur les plaisirs asymétriques de la séduction.

 

11 janvier 2012

Dumping idéologique

Je sursaute en entendant le directeur de campagne de Marine LePen dire au Grand Journal que l'immigration ce sont les grands patrons qui en veulent, parce que ça fait baisser les salaires. Depuis 20 ans que j'entends les arguments du FN se débiter en tranche d'abjection à la télévision, c'est la première fois que je note celui-là. L'immigration, c'est le Fouquet's. L'immigration, c'est l'ultime cadeau des dirigeants à leurs copains du patronnat, si je comprends bien. Et je me dis qu'il fallait le trouver, ce raisonnement paradoxal qui va draguer sur les terres de la gauche, je comprends pourquoi les ouvriers votent LePen, pourquoi le PC s'est désintégré au profit du FN, avec des sophismes du genre, imparable. Le type qui prononce ce brillant argument en face d'un Aphatie pris de cours, c'est l'énarque du FN. Le seul ou presque. Je ne sais pas si c'est lui qui a conçu ce petit chef-d'oeuvre de rhétorique, mais bravo.
Ce qui est hallucinant dans ce raisonnement, c'est la négation absolue qu'il fait des immigrés en tant que population humaine. On ne dit plus aux électeurs : voici vos ennemis, les immigrés (ça c'était avant, " le bruit et l'odeur"). Maintenant on leur dit : votre ennemi c'est le grand patron, et l'arme qu'il utilise pour vous exploiter, c'est l'immigration. Les immigrés ne sont même plus des humains à combattre, ils sont un outil de l'ennemi de classe. Déplacement et condensation. L'immigration, on ne lui parle plus, on ne lui dit même plus dégage, elle est hors débat. On ne se parle qu'entre Français. L'immigration, c'est l'épée du capitalisme, elle n'a pas de visage. On peut donc la traîter comme un sac de patates, s'en débarrasser (souvenez-vous "remettons-les dans les bâteaux"), on ne veut pas en entendre parler, ses problèmes ne nous regardent pas. La lutte des classes moins l'internationalisme = populisme xénophobe. J'ajoute que, économiquement et démographiquement, se passer de l'immigration serait une aberration. Mais la synthèse rhétorique entre stigmatisation de droite (mes deux citations entre guillemets viennent de l'UMP, pas du FN, vous remarquerez) et anticapitalisme de gauche (redistribution des richesses, thème favori de Besancenot) c'est du ratissage virtuose.

 

6 janvier 2012

Home

Il y a la ville du travail, la ville de la famille, la ville des livres, la ville des amours, et il y a les avions. Les amis, eux, sont répartis un peu partout dans le monde.

 

26 décembre 2011

 

metro by claire on Grooveshark


Ballade avec Maman sur la Promenade des Anglais. Premier retour à Nice après 4 mois à Montréal. Partout accueil vraiment chaleureux pour parer le vertige. Arrivée le jour de la mort de Jack Layton. Préparé mes premiers cours à l'hôtel, puis sur le parquet de l'appartement vide, puis les meubles enfin et internet presque un miracle. Vie divisée entre skype et réalité, université et soirées. Automne rouge érable. La légèreté comme un coup à prendre. Empilé deuils grands et petits. Peut-être qu'on commence à être adulte le jour où on se met à détester Noël. Je ne ferai plus la gueule aux rabats-joie ça y est j'ai compris cette fois. A Paris retrouvé l'effervescence de Saint-Germain. A Nice les dimensions confortables des rues sues par coeur, solitude en mode pause, foie gras, guitares.

Sortie de La Revue Littéraire sur Hervé Guibert dans laquelle j'ai un petit texte amoureux en hommage. Me suis amusée sur le blog de Mathieu Simonet. La France me manque moins que Prague à vrai dire, je suis ses soubresauts sur Canal + et France Inter comme avant. Heureuse de ne pas avoir à subir la campagne présidentielle qui commence, ses affaires et ses coups (vraiment) en-dessous de la ceinture. Inscrite vite fait au Consulat. Terminer corrections du manuscrit - urgent depuis 6 mois. Je rêve d'écrire un livre du premier coup. Questions de structure et de points de vue. Quand j'en ai marre je file au 27ème étage transpirer en regardant les buildings se découper sur fond de ciel.
L'Europe a l'air assez malade vue de loin. Je me dis qu'on l'a construite pour éviter les guerres et qu'elle attise les haines. Artificiellement. Economiquement. Sarkozy a humilié les Grecs, pas seulement leur Premier Ministre en le convoquant au G20 pour l'engueuler, mais tout un peuple en lui imposant un plan d'austérité dont nous ne voudrions pas. Imaginez deux secondes que les Américains ou les Chinois viennent nous imposer le smic à 800 euros et la retraite à 75 ans, on les haïrait. Merkel humilie Sarkozy. Les pays de l'ancien Est ne comprennent pas qu'on les oblige à payer pour les Grecs quand leur propre PIB subit la crise de plein fouet. Quand je vois ceci (chiffres totalement faux) je m'interroge sur la durabilité politique de l'Union. Vaclav Havel est mort. Les opposants russes lui ont fait une minute de silence dans les rues de Moscou pour protester contre les non-condélances de Poutine. Je vais esssayer de recommencer à parler à tout le monde en même temps. Ca fait longtemps.

 

17-28 janvier 2011

How would you do it?

2/3 du manuscrit, finalement assez jubilatoire, vertus de la transposition à l'appui. Je me presse mais je sais que c'est le meilleur moment, le véritable pied c'est maintenant, pas dans six mois, dans un an. Ca me rassure parce que quel que soit le résultat, sur lequel je n'ai aucun recul, seulement de vagues intuitions et l'enthousiasme paternel qui me dope quotidiennement - merci Papa - quel que soit le résultat le plaisir qu'on prend à faire les choses m'a toujours semblé la meilleure raison de les faire. Et puis l'écriture est le truc le plus autonome du monde, et j'ai deux trois trucs à me prouver à ce niveau-là. Donc, ça va. Pas les moyens de parler de la Tunisie où un autre Jan Palach a mis le feu aux poudres, ni de la Côte d'Ivoire qui va où? Je regarde de loin et Prague me semble un asile. L'hiver me donne des envies de jaune, d'orange, d'irisations et ça tombe bien parce que je donne sur le coucher de soleil quand il y en a. Pour l'énergie j'écoute Medi, produit niçois exilé, né en 1979, tiens tiens. Album en écoute sur Musicme. Le mois prochain ce type sera une star. En attendant c'est bon pour le moral. Quelqu'un joue de la batterie dans l'appart d'à côté. Ca me rappelle la famille.
Un peu d'air parisien pour vérifier que ça marche encore.

 

4 janvier 2011

Promĕny

On verra bien ce qui meurt, ce qui surnage. La mélancolie on n'en vient pas à bout, on la triture parfois on la tisse on la tricote pour s'en faire un manteau. Parfois l'euphorie vient vous surprendre au détour. Un peu le vertige au seuil 2011, moi qui n'aime pas l'inconnu je voudrais croire à la providence. Arcane 13, pendu par les pieds, tête en bas, reflux. Le ciel est pâle à Prague. Je vous souhaite le meilleur. Je ne sais pas trop, à moi, quoi me souhaiter. Ecrire, ah oui c'est vrai, j'avais presque oublié. Bonne année.

 

6 octobre 2010

Sombres héros

C'est bizarre cette révolte contre l'amende de Jérôme Kerviel. Comme si les chiffres - 5 milliards, 177 000 ans de remboursements - frappaient plus fort l'imagination du public que la dure réalité de 3 ans de prison ferme, qui ne semblent pas, eux, émouvoir grand monde. Il est vrai que la prison ferme se distribue assez généreusement ces derniers temps (suffit de dire 3 conneries insultantes sur Facebook... brrr j'en ai froid dans le dos). Bref, après Musulin le convoyeur-braqueur, Kerviel héros du petit peuple, David contre Goliath, ça me fait rire un peu jaune, même si la Générale s'en sort bien - et sans prison, elle. Kerviel a surtout une excellente image, bon look belle parole et l'air sincère. Ca fera un beau film (avec Tom Cruise il paraît?). A ce propos, je m'étonne que l'histoire de Bertrand Cantat n'ait pas encore été achetée par hollywood, parce qu'au rayon faits-divers traumatiques, c'est décidément inégalable. La preuve, Rue 89 s'en sert encore de poil à gratter cette semaine dans un papier pas très digne de Rue 89 à mon avis. Et je ne vous mets pas le lien d'ailleurs, tellement ça m'énerve. Je suis contente que Cantat re-chante parce que ça il sait le faire, depuis longtemps. Aucun avis sur le reste - je n'y étais pas. C'est tout pour les sombres héros ou presque... Ah si quand même, cette excellente tranche de rigolade avec le Buzz du jour de Bernard Tapie à écouter absolument rien que pour le plaisir.

 

2 octobre 2010

On me dit : tu as raison de rester à l'étranger, ici on va vers le pire.

Rue 89 fait le point sur les méthodes de comptage des manifestants. Ici 40000 (je ne sais pas selon qui) dans les rues de Prague la semaine dernière pour protester contre la baisse des salaires des fonctionaires (et pas qu'un peu). C'est beaucoup pour les pragois. 8000 aujourd'hui à Nice (selon la police). Pas mal pour les niçois. Evidemment, le samedi matin, ne pas compter sur les étudiants pour venir grossir les troupes.

Un chapitre par jour, parfois deux trois ou quatre (c'est l'avantage quand les chapitres sont très courts...). En fin de semaine rien, temps accéléré ou longues pauses absurdes, Sophie Hunger à l'Akropolis, puis fin de soirée avec Tea Jay Ivo qui ressemble à Bashung et qui n'est décidément pas n'importe qui. Les nuages s'attardent. Allumer le chauffage. Trouver des expédients. A défaut de le lire (le temps que le livre arrive à Prague), écouter Jean Echenoz est toujours une leçon d'élégance, de modestie, d'économie des mots et même, de vie si on cherche bien.

 

30 septembre 2010

A Alberto Contador

Quelle surprise ce matin en entendant qu'Alberto Contador a été contrôlé positif (enfin "anormal") au clenbutérol ! En fait, ce n'est pas tant le résultat du test, qui me laisse coîte, que les explications des commentateurs : un produit issu de la pharmacopée vétérinaire. Il y a quelques mois, après un début de crise d'asthme, le médecin tchèque des expats m'a prescrit du Spiropent, un sirop censé dillater mes bronches, que j'ai avalé sans ciller avant d'aller faire de morbides recherches (doctissimo, le paradis des hypocondriaques) sur ses composants. Je tombe d'abord sur le mot "chevaux" avant de lire que la substance est interdite à l'usage humain en France, qu'elle peut provoquer des palpitations, qu'il ne faut pas la prendre avant de dormir (évidemment, il était minuit passé). Bref, un chouette souvenir. Alors, je m'étonne qu'il n'y ait pas un conseiller médical dans l'entourage de Contador pour lui suggérer de plaider autre chose que l'improbable "contamination alimentaire" - puisque de l'autre côté du rideau de fer médical, le clérembutol, avec son cortège de sympathiques effets secondaires, est en vente (sur ordonnance) dans toutes les pharmacies.

 

14 septembre 2010

Les enfants de la nuit

Ma belle Caroline revient de Bretagne où elle a tourné la semaine dernière Les Enfants de la Nuit, un long court-métrage en noir et blanc et en costumes, à l'écriture duquel j'ai (un tout petit peu) participé, et qui devrait être aussi fort et gracieux que ses deux acteurs principaux. L'amour interdit d'une jeune française qui finira tondue et d'un soldat allemand, en 1945 dans un village breton. Elle me raconte la cruauté de la scène de tonte, la haine des quarante figurants, le malaise qu'elle ressent a avoir suscité elle-même cette scène vraiment douloureuse. Elle me raconte aussi la beauté de la progression de cet amour coupable, sa naissance pas à pas. Moi je l'écoute en brûlant de voir ce film qui n'existe pas encore mais qui est déjà tellement là, ça fait des mois qu'on en parle et là, quelques images commencent à en attester la réalité. Magique.

 

13 septembre 2010

Circulez

Ca commence à ressembler à quelque chose, là. Avec la circulaire discriminatoire et anti-constitutionnelle d'Hortefeux visant les Roms explicitement, Le Monde qui porte plainte en accusant le cabinet noir de l'Elysée pour enquête abusive du contre-espionnage dans le fuitage presse de l'affaire Bettancourt, le fuiteur muté à Cayenne par un malencontreux concours de circonstances... il y a quelques années, on se serait frotté les mains. On se serait dit : Hortefeux va démissionner, l'Elysée va trembler... Mais là... après deux mois d'affaire Woerth-Bettancourt, après le procès Clearstream, après trois ans de com opportuniste, polémique et maladroite, les auvergnats, les mariages gris, les tests génétiques, la déchéance de nationalité... Hortefeux réécrit sa circulaire, Alliot-Marie fait le dos rond, et... rien. L'Europe se fout de nous, The Economist ridiculise le président français, on est officiellement un pays raciste, qui produit des circulaires hors-la-loi, et alors? Est-ce qu'une seule des quatre cents révélations fracassantes de l'été va avoir le plus petit impact? On les regarde impassible. On a l'habitude. On dira juste encore un peu plus : tous pourris. SOS racisme fait une pétition. As usual.

 

12 septembre 2010

Il paraît que Diderot est mort en mangeant de la compote de cerises. J'espère que Chabrol avait quelque chose d'approchant.

 

8 septembre 2010

Suspension de la décision de justice iranienne concerant la lapidation de Sakineh Ashtiani.

La "lapidation médiatique" du ministre du travail devrait se poursuivre, en revanche.


7 septembre 2010

Mon père me lit au téléphone les enregistrements des conversations Bettancourt / de Maistre publiées dans le Nouvel Obs, qui ressemblent à des dialogues de Chabrol. Et aussi les lettres de Jankélévitch pendant sa période pragoise (1927-1932) : son étudiante de 19 ans, qu'il épouse avant de divorcer huit mois après, qui l'admire beaucoup et qui n'a "aucune opinion sur Bergson". Le fait qu'on ne rit pas en public (dans le tram), ses difficultés avec la langue... Je lui lis en retour le passage des Russkoffs de Cavanna, les deux pages sur les préjugés des Français à l'égard des Russes, des Allemands, des Polonais, et les quelques lignes "tchèques" :

Les Tchèques aussi aiment la France. Mais d'une façon plus distinguée, plus culturelle. Nous, on a mauvaise conscience. Munich, n'est-ce pas... On finit toujours par évoquer Munich. Alors le Tchèque te regarde, triste comme un chien triste, et ses yeux te disent : « Tu m'as fait ça, ami ! Tu m'as trahi. Mais ça ne fait rien, ami, je t'aime. » La France, quoi qu'elle fasse, elle reste la France. C'est ça, l'avantage d'être la France. 

Je ne sais pas si en traduction ça passerait. Franchement... Ni si "les yeux de chien battu" ont en tchèque un équivalent si tendre et douloureux, ni si l'ironie... enfin bref. J'ai fini mes 10 pages à destination exclusivement tchèque pour la Revue Pandora, et qui ne seront jamais (en tout cas sous cette forme) publiées en français. C'est étrange, combien l'horizon d'attente vous réduit en esclavage, combien je dois lutter contre moi-même, et combien on a tort de dire qu'on n'écrit pas pour le lecteur. C'est juste que "le lecteur" ça n'existe pas. Il y a des lecteurs. Et on ne peut pas tout à fait faire comme s'ils étaient un seul fantôme opaque et lointain.

 

4 septembre 2010

En introduction à la manif d'aujourd'hui, ce très bon dossier de Rue 89, et pour préparer celle de mardi, sur les retraites (mais où seront en pointe je pense les 16000 nouveaux profs stagiaires recrutés par le MEN), cette édifiante synthèse. Je vous souhaite du beau temps.

 

3 septembre 2010

Kieslowski

Déformation professionnelle, je me suis enfermée à dresser la liste des différences franco-tchèques et ça a fini par devenir fatigant. A creuser l'étrangeté, l'humanité est devenue binaire et systématique, alors, me suis mise en quête d'un lien, ou plutôt, d'une modalité poétique de ce lien. Puisque parler de ce qui nous sépare devient stérile, tentons de parler de ce qui nous rapproche, et là presque intuitivement je retombe sur La Double vie de Véronique, que je connais à peu près par coeur mais qui recèle suffisamment de trésors pour être revu une fois encore sous un angle nouveau, en morceaux et dans le désordre, et peu importe que Kieslowski soit polonais alors que ma problématique est tchèque, il tisse ce lien outre-étrangeté, outre-altérité, Véronique/ Weronika, au moment où il se réinvente comme cinéaste en émigrant. Une fois mort le Kieslowski cinéaste polonais/ Weronika, que subsiste-t-il de lui dans le Kieslowski cinéaste français/ Véronique ? La lumière est encore plus douce, encore plus Dieu. Les héroïnes sont encore plus délicieuses, comme s'il était impossible de les regarder autrement que de l'extérieur, de loin, à travers des filtres ocres qui lissent leurs gestes et leurs visages. Elles nagent dans des piscines bleu klein, louent des appartements immenses en plein Paris, et jamais la grâce de leur contexte n'a la vulgarité d'un signe extérieur de richesse. (Ca m'énervait tellement, je me souviens, au sortir de l'adolescence, de découvrir que les promesses kieslowskiennes ne seraient jamais tenues, et qu'on n'accédait jamais à cette grâce d'héroïne aseptisée, parce que le cinéma a ce pouvoir d'inventer des mondes qui n'ont que deux dimensions). Les dialogues, je les retrouve comme des reliques. Et le vertige est intact. Un vertige existentiel qui outrepasse sans doute l'identité culturelle/géographique. A travers ce filtre donc - lumière, musique et vertige élevé en mythe - je retourne mon sujet comme une crêpe. A l'envers de l'étrangeté, ce qu'il y a... C'est ce qu'explique aussi Kieslowski, à la fin de cette leçon de cinéma qu'on nous avait montrée au lycée et que je retrouve avec une sorte de tendresse. Le même et l'autre, sauf que, peut-être est-on plus riche de faire le trajet en sens inverse.

 

29 août 2010

La nuit remue

C'est quoi le contraire de l'été indien? Le rythme s'accélère avec l'imminence de septembre, dans l'urgence de profiter des dernières heures on prolonge les nuits, est-ce qu'on est plus vivant à 4h du matin? Je regarde la très jeune Ondine des frères Forman, tout droit sortie de chez David Hamilton (aïe), et je remonte la couverture sur mes oreilles parce que la nuit est fraîche sur les péniches de la Vltava. J'écoute B. chanter Djurdjevdan, d'une voix nue et cristalline, les folles histoires de S. me consolent un peu du départ de D., le rire magique et étrangement communicatif de D. et J.E., l'impression d'être en famille autour d'une guitare et l'impossibilité de dormir avant que le ciel s'éclaircisse. Plus je vis moins j'écris. Vases communicants patiemment subis. Mais si on ne vit pas on n'a rien à écrire. CQFD. Ou bien, ça dépend de ce qu'on vit. Il faudrait piéger l'envie comme une carpe dans une baignoire tchèque. Et plutôt que de s'échiner à l'attraper, vider l'eau. Flap flap. Elle finirait bien par s'asphyxier. Demain la rentrée.

 

21 août 2010

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de l'entrée des chars russes dans Prague, en 1968. On commemore à notre façon en regardant Pelíšky (qui n'a rien à envier à bien des comédies italiennes de la grande époque) et aussi quelques documentaires de l'ORTF. Par exemple, celui-ci, ou celui-là. L'émotion de remarquer la douceur du sourire, un sourire presque de courtoisie, et celle, comme une décharge électrique, de reconnaître un visage ami, quarante ans après.
Au cubiste je tombe en arrêt devant le Président grolandais. Fous en l'air une heure de travail. Pas grave : j'ai une première deadline dans 10 jours, et comme je ne comprends que ça... ça tombe bien. Une page par jour, pas moins.

 

17 août 2010

L'Emploi du temps, dernière

N'ai cessé pourtant de me révolter contre cette propension des gens que j'aime à cesser de faire ce qu'il savent faire si bien.

 

16 août 2010

Si loin si proche

Les convergences de vue entre Nice et Prague ne s'arrêtent pas à l'offensive sécuritaire démagogique - et terriblement efficace si l'on en croit les sondages - qui cherche à stigmatiser un peu plus les Roms (à Prague le niveau de stigmatisation est tel qu'il n'est plus besoin de rien faire pour attiser la méfiance). Pendant que le maire de Nice interdit à une assocation monegasque de venir s'occupper des SDF niçois, la municipalité de Prague semble récupérer une vieille idée de Jacques Peyrat : sortir les clochards du centre-ville, les emmener en bus vers des périphéries plus discrètes et désertées des touristes. Car le nerf de la guerre, à Prague comme à Nice, c'est le touriste. Et peut-être que le touriste s'effarouche assez vite devant les pauvres gars qui ne sentent pas bon et qui teintent ses vacances idylliques d'un relent de bourgeoise culpabilité. Les SDF pragois - plutôt taciturnes - pourraient donc subir d'ici peu le même sort que leurs homologues de la Côte d'Azur, avec quelques années de retard. Petit rappel des faits : l'arrêté anti-mendicité de l'ancien maire de Nice (transfuge du FN) prévoyait d'emmener en bus (ou en fourgon de la Police Municipale) les types ramassés sur les trottoirs de la ville de gré ou de force, pour un séjour sur le Mont-Chauve. Là-bas, ils mangeaient, ils se lavaient, voyaient un médecin... et pouvaient ressortir, livrés à eux-mêmes dans le no man's land du Mont Chauve qui porte bien son nom. Le maire d'alors, qui s'enorgueillissait de l'efficacité chiffrée de sa méthode - 70% des SDF ne revenaient pas en ville, paraît-il - a dû mettre fin à cette pratique après qu'on a retrouvé un corps sur le chemin du retour. Probablement un type qui tentait justement de regagner la ville. Depuis, les arrêtés anti-mendicité, anti-consommation d'alcool sur la voie publique, et anti-tout-ce-qui-peut-nuire-à-la-tranquillité-des-bonnes-gens, n'ont plus évoqué la perspective d'une promenade sur le Mont-Chauve. Comme les élections municipales tchèques sont pour bientôt, et que l'équipe sortante à Prague est très mal en point, on peut espérer (?) que l'idée ne fera pas long feu ici.

 

15 août 2010

Scandale mélancolique

La morsure de l'absence d' A. en écoutant Scandale Mélancolique. Que sont mes amis devenus, tout ça. Avec l'orage on n'entend même plus la musique. Eponger les fenêtres. Surveiller le niveau du fleuve. Suis aussi perméable. La fiction a ceci de particulier qu'elle s'effondre dès qu'on cesse d'y croire. Ecrire serait un acte de foi chaque jour renouvelé, et alors, si le doute s'insinue, le repousser ferme, casse-toi, je veux y croire encore, mes beaux jouets, mes figurines, pas les regarder s'inonder. Je suis Gepetto, je souffle sur les mots pour qu'ils prennent, pour qu'ils s'animent. Parfois essoufflée. Parfois envie de les briser menu. Personne ne viendra me les réclamer, ils n'existent que pour moi. Il suffit que je décide de les abandonner pour qu'ils n'aient jamais d'existence. Personne pour me rappeler à l'ordre. Zéro responsabilité. Je suis mon chef, mon esclave, mon client, mon prof, mon élève, mon assistante sociale et mon mur des lamentations. Vive ma liberté. Je peux même décider de me morfondre en vertige pirandellien. Je peux me taire. Encore un peu de musique pour combler le silence.

 

 

8 août 2010

Semaine moins légère que les précédentes. Passé une journée merveilleuse à l'Ile Sainte Marguerite avec Caroline et Léna. L'eau, les pins, les poissons, le soleil, les bâteaux. Décoller vraiment, lâcher prise quelques heures. Puis, retour du syndrome derniers jours. Tout ce qu'on n'a pas eu le temps de faire, ceux qu'on n'a pas pu voir, ceux qu'on ne reverra pas de sitôt, les endroits où l'on n'est pas allé. Dormir de moins en moins. Multiplier les micro-pèlerinages.

Je ne travaille plus avec Linda, L'Homme des plages se fera sans moi. Pas trouvé la méthodologie du travail en commun, entre commande, couture, puzzle et création. Pas trouvé ma place. Perdu trop de temps à la chercher.

Ne rien attendre des derniers jours de vacances, toujours gâchés par l'imminence du retour. Anticipation pathologique. Cadeaux et provisions surnuméraires pour alourdir le sac. Photograhies talismans.

 

1er août 2010

Je vais à la plage vers 18h, m'essouffle vite, récupère lentement, ne rougis pas, ai évité les méduses jusque là, n'ai pas suivi les conseils de ELLE : j'aime avoir du sel dans les cheveux, mais pas la douche froide en revenant sur le rivage, donc je marine dans le sel - c'est comme ça qu'on transforme le cabillaud en morue.
J'écoute de jolies bluettes, vieilles chansons d'Yves Simon, et même de vrais morceaux de first lady vivante, et de temps en temps un truc dans ce genre histoire de palpiter les nuits d'été comme à 15 ans.
Je regarde parfois avec appréhension la météo pragoise.
J'avais presque oublié pourquoi on n'allait plus voir les blockbusters made in US. Inception ne vaut pas un bon feu d'artifice à l'Hippodrome de Cagnes-sur-mer. C'est bizarre comme les personnages des films américains ont intégré jusque dans ce qui leur sert de subconscient les courses-poursuites en bagnole avec armes à feu omniprésentes ; quand on entre dans leurs rêves on y trouve la même chose que dans tous les autres films américains... étrange... Moi je ne rêve jamais qu'on me poursuit en voiture en me tirant dessus.
Suis allée voir Didier Porte à Contes, devant un public très fourni et très remonté, ça fait plaisir de rencontrer tous ces gens qui écoutaient comme moi France Inter à 12h05 et que je ne vois jamais d'habitude, ni à Prague ni sur la Côte d'Azur, et d'applaudir avec eux chaque bonne vanne, comme on se ferait les uns aux autres des clins d'oeil, pour souligner nos accords tacites et la brillance de l'orateur. Bien longtemps que je n'avais pas éprouvé cette euphorie d'être au milieu de gens qui pensent comme moi.
Le lendemain le Président a décidé de remettre au goût du jour la double peine qu'il avait si violemment critiquée il y a quelques années. On ne sait pas encore comment il compte s'y prendre pour déchoir les délinquants de leur nationalité, ni ce que veut dire, dans ces cas-là "français d'origine étrangère" : ceux qui sont nés en France, on en fait quoi? Ceux qui ont des enfants français? Les réfugiés politiques naturalisés? Etc.
Au chapitre répressif, le député niçois Eric Ciotti plaide pour qu'on emprisonne les parents des délinquants mineurs.
Le ministre n'a toujours pas démissionné.
Le conseil constitutionnel a fait parler de lui. On compte beaucoup sur lui, du coup, pour enrayer les nouveaux projets. Comme si Chirac-Debré-Giscard étaient encore la meilleure opposition à Sarkozy.
Chaque semaine, les militants niçois de la cause canine emmènent leur chien à la plage, tous ensemble, et se font verbaliser collectivement pour protester contre l'interdiction du littoral à nos amis quadripèdes. De quoi désespérer de la désobéïssance civile.
J'ai fait un détour par la maternité de Monaco pour rencontrer Timéo, qui est très beau et qui a un nom de personnage de roman.
L'enseigne de l'Alphabet est retournée. La façade, anonyme et blanche. Les clés rendues au propriétaire. FIN.