19 novembre 2008

Se tenir chaud

Depuis trois jours, ça a commencé : il fait froid. Je ne sors plus dans la rue que pour aller d'un point à un autre. Demain, ça devrait aller, je ne sais pas, c'est peut-être la dernière fois que je peux mettre une jupe d'ici... mars? Samedi, on annonce une maximale de -1, avec de la neige. Depuis des mois que je me prépare à ça, l'hiver (le vrai, celui que je n'ai connu qu'en 1986, et on en parle encore) est finalement en train d'arriver. Alors, outre la bière, la slivovice et le chauffage, va bien falloir trouver des expédients.
Quelque chose me dit que la FRA-TER-NI-TE ne va pas marcher dans l'immédiat. Dans la bataille du PS, la seule chose qui pourrait me faire plaisir serait la victoire de Benoït Hamon, et comment dire, ce doit être encore mon vieux réflexe de midinette qui soutient le perdant?
Demain les profs de France vont manifester. Ceux d'ici ne font jamais ça, ils disent que ça ne sert à rien, et puis ça leur rappelle de mauvais souvenirs. Ici le prof fiévreux est vivement encouragé à aller bosser (les trois premiers jours de congé maladie sont retirés du salaire) quitte à contaminer ses petits élèves. Mais c'est ma francitude qui revient au galop.
Darcos a osé dire que les maternelles françaises avaient accueilli des élèves de 18 mois... Et que les nouvelles mesures permettraient à certains enseignants de gagner 4400 euros en combinant prime et heures sup (en fait c'était 4400 euros par an, et ne sont concernés que quelques profs en première année de carrière, comme son cabinet l'a expliqué plus tard). N'empêche, la bataille de la communication tape une fois de plus sur les mêmes. Pardon, je me répète : le ministre aussi. A force d'enfoncer le même clou, vont bien finir par briser la planche.
Donc, je souhaite aux profs de France qu'il fasse bien beau demain pour les accueillir dans la rue. Moi, j'irai écrire mes trois pages réglementaires au Café Cubiste qui est décidément le lieu le plus chaleureux dans mon périmètre immédiat (surtout quand les serveurs n'ouvrent pas la fenêtre). En attendant, rien de mieux que ces épisodes de Snoopy que je relis en m'endormant. Un vif élan de solidarité m'étreint soudain.

Peanuts

 

13 novembre 2008

Famille

Ce soir à Toulon et demain à Nice, le Corou de Berra assure la première partie de Francis Cabrel, avec qui ils ont enregistré un titre. C'est pas tous les jours que j'ai l'impression de rater des trucs en n'étant pas à Nice, mais là, j'aurais bien partagé ça avec eux.

 

12 novembre 2008 (bis)

Sombres héros

Noir désir revient.

 

12 novembre 2008

Le tabou

Hier soir, l'Institut Français recevait Bernard Noël, dont Le Château de Cène vient d'être traduit en tchèque. Petr Kràl était là pour lancer le débat, et nous, on sirotait un vin chaud. C'était étrange que Kràl commence par une question polémique, à propos d'un désaccord sur Eluard - défendu par Noël, pas par Kràl (les poètes communistes ne font pas l'affaire des tchèques, même les plus grands, on aurait du mal à le leur reprocher, en même temps) - toujours est-il que la question finissait à peu près comme ça : pourquoi est-ce que la poésie française n'est faite que de mots? (J'avais quand-même envie de demander à Kràl de quoi donc est faite la poésie tchèque, mais j'ai plutôt avalé une autre gorgée de vin chaud.) Finalement, c'était pas mal cette question, du coup Bernard Noël s'est un peu "déboutonné" : il a parlé de son projet, puis de son procès (Le Château de Cène lui a valu pas mal d'emmerdes avec la justice - défendu par Badinter, dont la défense le glaçait : un bon écrivain est inoffensif pour le réel, disait-il, si j'ai bien compris, ce qui donna envie à Noël d'être toujours, et en priorité, offensif). Offensif il a donc été hier soir, quand il a exposé son concept de SENSURE, en le comparant à la CENSURE dont ont été victimes, par exemple, les pays de l'Est. Je résume : la SENSURE est ce processus impalpable qu'insinue dans nos têtes l'ultra-libéralisme triomphant, et auquel on ne saurait résister parce qu'il n'est pas identifiable, mais très sournois. Exemple le temps de cerveau disponible pour Coca-cola, bien entendu. (On pourrait ajouter que l'ultra-libéralisme aboutit, ici en particulier, à la même uniformisation que l'économie communiste - j'exagère mais si vous essayez de faire du shopping à Prague, vous ne trouverez que du H&M, du Zara, du Bata (ça, c'est tchèque) et même les sex-shops qui fleurissent partout sont tous de la même enseigne, Erotic City je crois, ils doivent donc tous vendre la même camelote, et je ne parle pas de la musique qui passe à la radio...) Noël s'est donc retrouvé à dire à une salle à demi-tchèque, en substance (et plus de retenue, car Bernard Noël n'est pas adepte du raccourci comme je le suis ici) : ce que vous avez subi est atroce, parce que votre liberté d'expression a été muselée par la CENSURE, mais faites attention à ce que vous faites à présent de votre liberté, car il n'est pas impossible que cette nouvelle forme de SENSURE vienne un jour vous ôter carrément la faculté de penser. Diversement apprécié dans la salle, évidemment. Moi, je n'en menais pas large, parce que je commence à savoir qu'il y a des sujets qu'il ne vaut mieux pas aborder à Prague, et je respecte, un peu par compassion, et aussi à cause d'une sorte d'étrange culpabilité. Mais c'était tout de même libératoire, ces pieds dans le plat, la première fois que j'entends aborder la question en trois mois ici.

 

8 novembre 2008

Ici on a pas mal parlé de ça et de ça. Ca n'a pas fait rire tout le monde.

 

4 novembre 2008

La nuit américaine

Il y a quatre ans, il y a huit ans, j'ai déjà vécu ça : remontée à bloc par les médias français très démocrates, France Info tournant en boucle, je me couche tard en croyant que Bush a perdu. Je me réveille à quatre heures du matin, merde il aurait gagné. A six heures il a re-perdu, je cauchemarde, les voix de France Info se mélangent à mon rêve, à huit heures j'ouvre un oeil et je suis aux anges, un autre swing-state a swingué, Bush enterré, puis après le petit déjeuner finalement non, putain quel mauvais hitchcock cette présidentielle.
Je dois dire que la deuxième fois, en 2004, c'est incrédule qu'au bout de plusieurs jours j'apprends la véritable victoire de Bush, parce que quand-même ça fait déjà quatre ans qu'il déblatère ses conneries, et Michael Moore m'a convaincue qu'il faut vraiment être débile maso ou du dernier réac pour réélire un mec pareil, qui a réussi à faire croire aux étatsuniens que Sadam Hussein a bombardé le World Trade Center (ils l'ont cru un petit bout de temps mine de rien). Mais je sais, depuis l'an 2000, que les américains peuvent élire leur président à la minorité des voix.
C'est sûr cette fois ils vont nous débarrasser de W. Je me sens un peu vieillie, un peu blasée, un peu désolée de ne pas partager le fol enthousiasme mondial, putain quelle rabat-joie je fais, si Obama gagne, bien sûr je me réjouirai, bien-sûr ce sera un fait de civilisation, parce qu'il est métis, et que c'est une vraie révolution, parce qu'il mobilise les foules et redonne de l'espoir aux plus déshérités. Mais le jour où les américains éliront un type qui est contre la peine de mort, alors là oui, ça commencera à avoir vraiment de la gueule.

A deux heures du matin : gagné la Pennsylvanie. Je m'endors avec RFI coincé dans les oreilles. Au réveil je suis quand-même vachement contente, ça y est, ils l'ont fait, tous les immigrés du monde pourront dire ça à leurs gosses.

 

2 novembre 2008

Le volontariat

On n'obligera pas les gens à travailler le dimanche. On n'obligera pas les profs à faire des heures sup. On n'obligera pas les gens à travailler jusqu'à 70 ans. Non, on ouvrira les magasins, on repoussera l'âge légal du travail, on généralisera les heures sup y compris dans le service public, mais on le fera "sur la base du volontariat". Parce que vous verrez, ils se précipiteront pour le faire, au bout de 10 ans sans revalorisation salariale, ces pauvres cons qui s'essouflent à courir derrière l'inflation, ils étaient déjà assez essouflés pour trouver séduisant le slogan d'un mec qui leur proposait de "travailler plus pour gagner plus". Maintenant qu'ils sont affamés par la crise, ils vont nous supplier de les laisser travailler plus pour gagner autant, voire moins. Au bout d'un certain temps que tout le monde fera des heures sup, on finira par dire : ces heures, vous pouvez les faire, on ne voit donc pas très bien pourquoi elles seraient "sup" : on va les rendre obligatoires (ça, c'est pour le service public). Ces branleurs de profs sont tout à fait capables d'assurer 2h sup par semaine, ils le prouvent sans problème depuis qu'ils n'ont plus le choix (parce qu'on a supprimé tellement de postes qu'il faut bien se partager les heures veuves). Donc, on ne voit pas très bien pourquoi on continuerait à leur payer plus cher ces deux heures de plus qu'ils font sans broncher, systématiquement. Dans le privé, les conditions de travail ne se négocient plus branche par branche, mais entreprise par entreprise, c'est-à-dire directement entre patron et employés. On ne voit pas très bien comment un employé pourrait refuser à son patron qui le lui demande expressément de travailler le dimanche. Et puis, ça fait toujours du beurre dans les épinards. Mais quand l'employé ne sera plus très enthousiaste, comment va-t-il s'y prendre pour dire à son patron, désolé y a ma famille qui me réclame, dimanche prochain je viens pas. On ne voit pas très bien comment, à l'entretien d'embauche, le DRH recruterait la caissière qui veut pas bosser le dimanche plutôt que celle qui veut bien. Le volontaire est un crétin de croire qu'il est volontaire. En Tchéquie, les supermarchés sont ouverts le dimanche, et même la nuit pour certains. C'est juste que, le dimanche, ils ouvrent à 9h au lieu de 8. Parce que les caissières volontaires ont quand même le droit de se bourrer la gueule le samedi soir.
Pour me consoler, il m'arrive aussi d'écouter le gauchiste qui cache la forêt sur Europe1, et je vous conseille vivement cette petite perle.

 

26 octobre 2008

Blues stay away from me

 


 

22 octobre 2008

Grande purge

Ca sent mauvais. A l'instant je lis le titre des actus Yahoo : "le putsch de Sarkozy". Déjà, la formulation fait frémir, mais c'est vrai qu'il y a de ça, après tout, un type capable de balancer à l'Europe : élisez-moi président pour un an, passons par-dessus le règlement parce que c'est la crise et que je suis votre sauveur, ben, il est peut-être capable de nous annuler la prochaine présidentielle à cause d'un attentat, d'un krach boursier ou des jeux olympiques. Je le sentais venir, le type qui veut pas lâcher. Il arrive.
Ce qui me pose problème, égoistement, c'est que celui qui doit prendre la succession de notre président en janvier, c'est Vaclav Klaus, le président tchèque, un eurosceptique convaincu et ultralibéral tardif (avec la foi des convertis) qui n'aimait déjà pas beaucoup Sarkozy, et depuis aujourd'hui, vous imaginez, il l'adore... Ce n'est pas que j'aime, moi, Vaclav Klaus, non, jugez-plutôt : il vient d'écrire dans Dnes, le quotidien national, que Sarko est un dangereux communiste en puissance (et nous ici on sait ce que ça veut dire, hein les gars). Et ça, j'avoue, ça me fait flipper : parce que, même si depuis trois mois, j'ai bien compris que le mot "communiste" n'a pas le même sens en France et en République tchèque, ce qui est bien compréhensible, tout de même, un type capable de traîter Sarko de coco, ça fait pas sérieux... Il n'y en a pas un pour rattrapper l'autre, j'espère juste que Klaus vexé ne va pas décider de rompre avec la France, auquel cas, retour illico sur la Côte d'Azur, via la valise diplomatique. Ce serait dommage, on commence à bien aimer notre vie ici.

Et bientôt sur le blog de Donatien, la traduction intégrale de la tribune de Klaus.

 

17 octobre 2008

Message de Fernando Arrabal

Jusqu'à quand la calomnie se haussera-t-elle, indélébile ?
Jusqu'à quand les charognards éclabousseront-ils de leur propre ignominie les solitaires?
Jusqu'à quand la frontière entre vie privée et domaine public sera-t-elle 'napalmisée'?
Jusqu'à quand les violeurs de l'indispensable secret de nos vies  se  rassasieront-ils dans les latrines de l'histoire?  
Jusqu'à quand les exterminateurs de la nuance entre l'œuvre et son auteur  continueront-ils de sévir?
Jusqu'à quand  la victime sera-t-elle couverte de crachats et clouée au pilori ?

Nous exprimons  notre amitié et notre vive admiration  pour Milan Kundera aujourd'hui, 16 octobre 2008, à Paris.

«Quousque tandem…» : F.Arrabal, Bernard Henri Lévy et Michel Houellebecq (premières signatures)

 

9 octobre 2008

Citation

"Avec Jean-Marie Le Clézio, c'est le retour de Nice dans le cercle des grands écrivains planétaires."

Christian Estrosi, France 3 Nice, le 9 octobre 2008.

 

8 octobre 2008

L'ironie tragique

Je poursuis mon dictionnaire des névroses patibulaires quotidiennes : après la litost, la procrastination et la velléité, explorons aujourd'hui l'hypocondrie. L'hypocondrie est une maladie souterraine qui passe inaperçue à force d'être reléguée par des symptômes horribles qu'elle emprunte à toutes les maladies mortelles. L'hypocondriaque a mal dans la poitrine. Essentiellement (c'est d'ailleurs de là que vient son nom : littéralement : sous les cartilages des côtes). Il a d'autres choses tout aussi embêtantes, mais celle-ci est de loin la plus étourdissante. Parce que, l'hypocondriaque sait bien que dans la poitrine il y a les poumons et qu'à gauche un peu plus bas il y a le coeur, et bien-sûr, toutes ces aiguilles qui semblent s'enfoncer entre ses côtes, tous ces étaux qui semblent enserrer son thorax et qui l'empêchent d'inspirer à fond, c'est évidemment le début d'une fin certaine et imminente. L'hypocondriaque traîtera avec le plus grand mépris ses maux de ventre, parce que le ventre n'est pas mortel (enfin, pas à courte échéance), il dédaignera aussi toutes les irrégularités mécaniques de ses bras, jambes, ses douleurs dorsales, etc. Mais le moindre chatouillis dans la poitrine lui donnera des vertiges à coloration morbide. Il le sait, tout va bien : l'électrocardiogramme de la dernière fois était formel. L'auscultation de sa respiration a tous les aspects de la normalité la plus sécurisante, malgré le paquet de clopes quotidien qu'il s'enfile en culpabilisant. Mais il y a quelque chose de plus fort, de plus profond : son inquiétude est comme la garantie de réchapper in fine à tous les maux du monde. Le jour où, habitué à s'inquiéter pour rien, il cessera de s'inquiéter, ce jour-là, la tumeur sera bel et bien infiltrée dans sa poitrine, c'est certain. Cette tumeur, ou cette artère bouchée, ou cet anévrisme imaginaire, a quelque chose d'insoutenable dans sa virtualité même : il serait insoutenable d'être colonisé de l'intérieur sans le savoir. Les phobiques savent cela : la présence de l'araignée dans votre chambre est bien plus abjecte que l'araignée elle-même. Maintenant que je vis dans un pays où les araignées sont plus sacrées que les vaches en Inde parce qu'elles sont censées porter bonheur, je peux bien vous le dire : ce qui est infâme dans l'araignée, c'est qu'elle était là, alors qu'on se croyait seul. On se croyait en sécurité lové dans son lit, ou l'esprit vagabondant librement entre les quatre murs du bureau, et voilà que cette chienne d'araignée vous lorgnait d'un oeil malicieux, comme une webcam bien planquée elle s'était introduite dans votre intimité et vous l'ignoriez. La panique devant l'araignée vous conduit, une fois que vous l'avez écrabouillée contre un mur blanc, à chercher frénétiquement si par hasard ses consoeurs ne continueraient pas à vous narguer dans un coin. Parce qu'il y a pire que d'être colonisé par une araignée -ou une tumeur- c'est d'être colonisé en ignorant qu'on l'est. Etre, finalement, le dindon de la farce. Cette araignée, cette tumeur, c'est l'oeil de Dieu. C'est ainsi qu'on appelle, dans la tragédie antique, l'ironie tragique : vous savez, ce pauvre Oedipe qui promet de tuer l'assassin de son père... Les spectateurs savent bien que c'est lui-même qui a tué Laïos... Il n'y a que lui, le pauvre con, pour l'ignorer de bonne foi. L'hypocondriaque, comme le phobique des araignées, craint plus que tout le piège de l'ironie tragique, et la vexation ultime que ressent Oedipe quand le piège se referme sur lui. Alors, plutôt que de profiter des moments de sérénité qui lui restent avant que s'introduise une araignée dans sa chambre, ou une tumeur dans sa poitrine, il préfère anticiper la présence du parasite, afin de n'être pas surpris le jour où parasite il y aura. L'hypocondriaque ne craint rien tant que d'être le dindon de la farce. A vouloir à toute force maîtriser son destin, il paie sans doute son péché d'orgueil. Dans ses moments de lucidité, car il en a, l'hypocondriaque reconnaît volontiers que, tant qu'il peut passer son temps à inspecter ses murs en se tenant les côtes, c'est qu'il n'a pas d'autre souci que l'anticipation des soucis futurs. L'hypocondrie serait donc, ironiquement, le probable symptôme d'une quiétude objective.

 

7 octobrez 2008

Figures de style

J'ai parlé ici à plusieurs reprises de la parole performative, vous savez, ce vieux truc qui fait que lorsque le maire dit : "je vous déclare mari et femme" , hop, vous voilà marié... et quand le prêtre dit : "je te baptise", un peu d'eau et paf, le tour est joué. C'est en général ces deux exemples qu'on donne aux étudiants pour leur faire sentir la magie de la parole performative. Un exemple plus littéraire, chez Musset "si le curé de votre paroisse soufflait sur vous et me disait que vous m'aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire?" (Camille à Perdican, On ne badine pas avec l'amour). Bref, jusqu'ici, on enseignait la parole performative à coups d'amour, de religion et de loi. Il y a deux ans environ, j'avais pointé ici même la dimension performative des sondages : "Royal baisse" en une du JT faisait baisser Royal.
Il est temps de réviser nos exemples : la spéculation boursière a démodé tous les autres. Nul doute que dans quelques mois, nos manuels se mettront au goût du jour et diront : quand le directeur du FMI dit :"c'est la crise", cela fait augmenter la crise. Les médias disent : "le CAC40 ouvre à la baisse" et hop, le CAC40 se prend 3% dans les dents. (On peut ici remarquer la singularité du lien performatif signifiant-signifié, l'un provoquant l'autre, et non l'inverse.) De cela découle une prudence proche de la panique : on marche sur des oeufs. N'importe quel dépositaire de la parole publique se fait dessus de trouille à l'idée de sa responsabilité monumentale : dès lors qu'il a entre les mains un micro, il a le pouvoir de faire chuter le Dow Jones la nuit, le CAC le jour. L'homme public responsable se tait donc, ou rassure. Car il espère que l'effet inverse sera tout aussi valide : si je vous dis n'ayez pas peur, alors vous n'aurez pas peur. Mais c'est sans compter la dimension anxiogène des protestations de quiétude. N'importe quel enfant de cinq ans sait bien que "je reviens" veut bel et bien dire : je m'en vais. Et que "tout va bien" ne se dit que quand manifestement quelque chose cloche. Le mensonge responsable frôle donc l'antiphrase. Et l'homme du peuple en a pleinement conscience. Le trader, encore bien plus. Nous assistons donc, depuis quelques jours, à un nouveau genre d'antiphrase performative : quand Sarkozy dit "nous garantirons tous les capitaux des particuliers", l'homme du peuple a tendance à courir à la banque changer son plomb en or (valeur refuge, toujours). Et quand Christine Lagarde dit : "le gros de la crise est derrière nous", l'homme du peuple se marre (jaune, mais à gorge déployée). Parce que la parole performative dépend quand-même considérablement de celui qui parle. Si moi je vous dis : "je vous déclare mari et femme", vous ne serez pas davantage marié.