18 janvier 2010

Lobbying

Parce que j'aime beaucoup David Kadouch, je vous invite à voter nombreux pour lui : il est nominé pour la "révélation soliste instrumental" aux victoires de la musique classique 2010. Je ne doute pas que les autres soient très bien, mais lui, il est encore mieux. Pour l'écouter et voter, c'est par ici.

Et pour les quelques VIP qui votent pour les Césars, dans la catégorie court-métrage il est encore temps de regarder le film de Caroline Deruas "Le feu le sang les étoiles", et de le soutenir très fort.

 

12 janvier 2010

Eric Rohmer

Quand j'étais petite je me souviens que ma mère était allée voir Les Nuits de la Pleine Lune, et puis, pas très longtemps après, mon père m'a emmenée voir Le Conte d'Hiver, qui a été un tel moment de bonheur qu'après, je suis allée avec lui voir tous les Rohmer qui sortaient. Tous les Contes des quatre saisons, et puis Les Rendez-vous de Paris, L'Arbre le Maire et la Médiathèque, tous, et puis quand il a fallu choisir un sujet pour mon mémoire de bac en Cinéma-Audiovisuel, j'ai décidé de travailler sur Rohmer. J'ai vu tous ses films : tous les Contes Moraux, les Comédies et Proverbes, je me souviens, une vingtaine en un mois en vidéo, au bout d'un moment je parvenais, dès la première image, à connaître la fin du film, ça m'a fait ça avec Le Beau Mariage, La Femme de l'Aviateur, le Conte d'Automne. J'étais en Terminale, c'était au mois de novembre, mon père m'a dit tu devrais lui écrire. Il connaissait l'histoire de Marie Rivière, et celle de Charlotte Véry, qui lui avaient écrit, et qui avaient été reçues, et qui avaient fini par tourner avec lui. Moi je ne voulais pas tourner, je voulais juste lui poser des questions, j'avais axé mon étude sur "le hasard". Le hasard dans tous les films de Rohmer. J'ai dû réécrire ma lettre cinquante fois avant de me décider à la poster et puis, début décembre, il m'a répondu, une courte lettre, avec au dos : E.R., un petit losange, 22 avenue Pierre de Serbie. Il disait qu'il voulait bien me rencontrer, par exemple entre Noël et le jour de l'an, à son bureau des Films du Losange. J'ai pris le train et je suis allée sonner 22 avenue Pierre de Serbie. Et pendant deux heures, il a répondu à mes questions, sur le hasard et le déterminsme, leurs incarnations à l'écran - les cartes dans le Rayon Vert, l'astrologie dans Le signe du Lion, le ciel encore dans Le Rayon Vert... sur les tournages aussi, sur les choix, la première prise... J'avais 17 ans, j'étais très intimidée, mais assez inconsciente pour le faire tout de même. J'avais sous le bras la correspondance de Truffaut. Je prenais des notes. Il avait 76 ans, il était grand, élancé, il ressemblait à un corbeau, je me souviens m'être dit ça. Un corbeau, c'est impressionnant. Il avait un regard froid et intelligent. Aucune complaisance. Il m'avait fait venir, je crois, par curiosité de ce qu'une lycéenne niçoise aurait à lui demander. Peut-être par principe aussi. Il avait été prof. Il m'a dédicacé son livre "De Mozart en Beethoven" et je suis partie, j'ai repris mon train. Et j'ai eu 18 au bac, les examinateurs ne m'ont presque pas posé de questions à part : il est comment, en vrai, Eric Rohmer?
Je crois que c'est en me parlant de lui que mon père m'a appris le mot "intégrité".

 

10 janvier 2010

Bright Star

En allant voir le film de Jane Campion, je troquai mon ironie contre la promesse d'un abandon, premier degré, à la beauté des choses. La poésie me gangrenait, le romantisme m'amollissait l'âme et c'était la sensation la plus agréable. Depuis que la rigueur des structures avait remplacé dans mon esprit les mythologies qui rendaient toutes choses à la fois désirables et factices. En jurant que l'on ne m'y reprendrait pas, en refusant d'être dupe, je m'étais privée d'une volupté précieuse. Je la retrouvai donc, surprise : je jurai d'y croire désormais avec coeur. Tant pis pour le ridicule. J'achetai d'abord un livre de John Keats.

 

20 décembre 2009

Sex tape

Je ne sais pas s'ils ont bien fait de mettre en ligne, sur le site de l'Ina, mon passage chez Ardisson. Ca date de 2002, je ne l'avais pas revu depuis. Ni glorieux ni honteux, je suis une (frèle) jeune fille de 23 ans (j'ai dû prendre 10 kilos depuis) trop maquillée (pas ma faute ça), sur la défensive, qui essaie péniblement d'avoir l'air cool alors que c'est le moment le plus stressant de sa vie. Car le Ardisson de l'époque vaut bien un Naulleau Zemmour d'aujourd'hui, sauf que lui ne vous attaque pas sur votre travail qui est nécessairement merdique, mais sur votre dignité qui est probablement douteuse. C'est le jeu. C'est un jeu. D'ailleurs je trouve l'émission franchement plus excitante que bien des daubes d'aujourd'hui. Sauf que, comme chez le gynéco, on en sort un peu embarrassé, même si on a fait de son mieux. Par exemple : ils ont le final cut. Ils montent. Et quand Ardisson me dit : vous vous qualifiez vous-même de "vraie petite salope", la réponse, je m'en souviens bien, c'est que ce sont certains journalistes qui ont dit ça. Dans Elle en particulier. Et que, il m'est arrivé de les citer. Au début, je l'ai mal vécu qu'on me traîte comme ça, et puis j'ai fini par assumer qu'on ait dit ça. Au montage, ça donne la séquence suivante : Ardisson dit "vous vous êtes qualifiée vous même de vraie petite salope" et je réponds - Oui au début je l'ai mal vécu mais maintenant j'ai décidé de le dire. Voilà, bon, ça vous fout la honte un truc pareil, même huit ans après. Et ça va rester sur le site de l'INA dans les archives, peut-être plus longtemps que mes bouquins à la BNF, ça fait chier.
Je suis encore assez contente du portrait chinois, même si j'y fais très "bonne élève". Je me souviens que c'était les débuts de Montebourg, que j'avais rencontré Louis Nicolin en loges, qu'il m'avait demandé : vous faites quoi? - J'écris - Et vous? - Je fais du football. -Vous êtes drôlement jeune pour un écrivain. - Par contre vous pour un footballeur... Et on avait rigolé. En fait je savais très bien qui il était, Jérôme m'avait brifée. Le chauffeur de taxi qui m'a ramenée était déçu parce qu'on lui avait promis Sophie Tallman et que sa femme pendue au téléphone l'attendait pour lui parler. En consolation il me l'a passée et je lui ai raconté l'émission "elle est comment en vrai Sophie Tallmann ?". C'était le soir de la fête de la musique. Je logeais dans un très joli hôtel, dont j'étais ressortie, vers minuit, pour aller manger un sandwich en terrasse, un peu trop seule pour faire la fête, mais tellement soulagée, euphorique. Ca faisait trois semaines que je devais la faire, l'émission, j'avais failli rencontrer Iggy Pop, j'avais été décommandée une première fois parce qu'on m'avait préféré François Santoni, qui s'est fait tuer quelques mois plus tard. Puis le jeudi précédent, j'avais pris l'avion, débarqué à Roissy, allumé mon portable et Marie-Laure, l'assistante presse de Grasset à l'époque, m'avait appelée très emmerdée pour me dire gentiment que c'était reporté. J'avais attendu trois heures à Roissy que décolle le prochain avion pour Nice, et j'étais allée passé le lendemain matin un partiel de grammaire auquel j'avais prévu de renoncer. Je l'ai eu sans gloire, en expliquant à la prof que je pensais aller direct au rattrapage, mais qu'à cause de Thierry Ardisson et François Santoni, j'étais revenue plus tôt que prévu. La semaine suivante, j'ai repris le même avion, en tremblant mais en classe affaires payée par la prod. Pour que je puisse venir dire sur France 2 que j'étais une salope. Entre autres.

 

16 décembre 2009

La France d'après

Qu'est-ce que c'est que cette télé de beauf que vous vous colletinez dites donc ! Dans Sacrée soirée Foucault reçoit Jean Réno et Vincent Lagaff. Ailleurs Patrick Sabatier reçoit Mimie Matie, et encore Patrick Sébastien, le retour de Tournez-manège, et puis le choix ce soir entre Douce France et La France a un incroyable talent, Nagui fait chanter du Sardou à des gars qui chantent faux... André Agassi sur Canal... Au secours. J'ai du mal à croire qu'on est bientôt en 2010, tellement ça pue la France giscardienne naphtaline. Comment vous supportez ce revival eighties national continuel ?

 

6 décembre 2009

Le machin bénin

Ca faisait deux mois que je pouvais faire porter mon hypocondrie sur la peur de la grippe A. C'était bien pratique, et c'était assommant aussi. Et voilà que l'Ambassade de France me fournissait l'occasion exceptionnelle de jeter mes peurs aux orties : une séance de vaccination groupée était organisée samedi et dimanche dans le gymnase du lycée français, rien que pour nous, les ressortissants français de Tchéquie, qui n'aurions pas eu cette opportunité en métropole, jeunes et bien-portants que nous sommes. Bref, j'avais décidé de me faire vacciner et de me défaire de mes peurs - en goûtant déjà le délice que ce serait de n'avoir plus peur de rien. La date approchant, je me sentais moyen : ma vieille otite pragoise avait repris du service sous forme de rhume, j'avais repris le traitement anti-allergique, j'avais un peu de fièvre et je multipliais les lectures sur internet concernant les effets secondaires du vaccin. Il faut dire que la notice de Focetria, le vaccin que la France destine à ses expatriés, est parfois déroutante. Par exemple au rayon des effets secondaires :
Très fréquents : Douleur, induration de la peau au site d’injection, rougeur au site d’injection, gonflement au site d’injection, douleurs musculaires, maux de tête, sueur, fatigue, malaise, et frissons.
Fréquent : Ecchymoses au site d’injection, fièvre et nausées.
Peu fréquent : Symptômes analogues à ceux de la grippe.
Rare : Convulsion, yeux gonflés et anaphylaxie.

Les effets secondaires sont, dit-on, potentiellement aggravés lorsqu'on vaccine un sujet déjà malade. Et puis, je n'ai presque jamais été vaccinée. Bébé oui, mais je n'ai eu aucun rappel, Maman était contre, le médecin aussi. Alors l'idée de me faire injecter du blanc d'oeuf additionné d'huile de foie de requin, le tout aromatisé de virus H1N1 mort, ça me glaçait le sang. Sur le chemin du lycée, ma tête tournait, je pensais à Sarkozy qui a peur des piqûres et aussi à mon amie A. qui tourne de l'oeil à chaque prise de sang. J'ai vu le moment où je tomberais dans les pommes en recevant le vaccin, chose qui ne m'est jamais arrivée. A l'intérieur du gymnase, beaucoup de têtes connues - j'ai repris du poil de la bête. Quand je me suis retrouvée devant le médecin, il a regardé le fond de ma gorge, et il a dit : non c'est pas bon pour le vaccin. Il m'a demandé ce que je prenais comme médicaments, et il a secoué la tête : non, je suis désolé, il faudra voir en janvier. Je me suis senti revivre. Je l'aurais embrassé. Depuis, petit à petit je sens renaître la peur originelle : celle d'attraper la grippe.

 

4 décembre 2009

Moriarty

J'ai entendu Moriarty pour la première fois sur France Inter un peu avant Noël 2007 et j'ai eu une sorte de coup de foudre instantané. Je me souviens très bien : je remontais le chemin des pins avec mon mp3 sur les oreilles. J'ai offert l'album à Michel et l'ai écouté moi-même un paquet de fois. Dans les archives du présent journal, en date du 14 juillet 2008, on peut vérifier : nous étions allés les voir à Vence, déjà j'avais attendu le concert un peu fébrilement. On commençait à chanter Jimmy avec Jérôme quand je déprimais à l'idée de quitter Nice, "if you remember you're unknown, buffaloland will be your home" ça me parlait. On s'était collés à la barrière devant la scène, il faisait chaud, le soleil se couchait, c'était bien, Rosemary avait une robe turquoise, Arthur ressemblait déjà à Dylan, Charles à Colin Firth en plus sautillant, et tous ils avaient une générosité incroyable, à la fin j'avais eu envie de leur dire merci, et j'avais pris sur moi pour aller leur dire, vite fait, parce que les artistes sauf quand ils sont blasés ça leur fait plaisir de l'entendre, je le sais, alors on peut bien faire ça : prendre le risque de jouer deux secondes la midinette pour aller leur dire bravo.
Hier soir à Prague, à l'Akropolis, j'attendais ça depuis trois mois, j'avais décalé mon atelier d'écriture pour aller au concert, et dit à tout le monde de venir. Tant pis pour les absents, moi je me colle au premier rang - parce que oui, ils ont mis des chaises, et même la clim, quelle idée bizarre, et du coup ça devient nettement cabaret, plus posé, un peu moins roots, plus limpide peut-être, plus cristallin. Rosemary est en rouge et noir, elle ne force pas, sa voix a l'air d'une facilité incroyable - moi si je veux monter dans les aigus je suis obligée de monter le volume, elle, tu parles, en claquant dans les doigts... Elle dose, passe de la poupée à la diva, visage d'enfant, expression sévère. Exactement ce qu'il faut pour chanter l'amour d'un tigre et d'une sirène. Un type se casse la gueule sur sa chaise au fond la salle. Charles joue du xylophone/borborygmes sur Enjoy the silence. J'imagine leur garage, leur laboratoire, plein d'accessoires et d'instruments, plein de petites choses étranges et surranées. Pas seulement une mise en scène à la Deschamps : la musique est comme ça. La musique est pleine de petits tintements, de ressorts qui font qu'elle n'est jamais creuse, qu'elle est toujours à la fois plaisante et maligne, pas tombée là par hasard, mûrie, posée là dans cet équilibre fragile qui donne la grâce.
Beaucoup de français dans la salle, mais un concert assez tchèque finalement : un peu glacé au début, puis rappels hyper chaleureux, ovations, amour. En sortant les musiciens sont là, claqués parce qu'ils arrivent d'Australie et repartent demain pour Paris, puis en Inde pour Noël, mais disponibles, souriants, pas blasés du tout, et curieux mêmes - tu fais quoi dans la vie? On commence à en avoir rencontré quelques uns des artistes de passage à Prague, ils ne posent pas tous la question. Ceux-là sont aussi chouettes que leur musique : ni stars ni next door, mais malins, inventifs et généreux. Prenant en photo le public et cherchant à acheter un appareil argentique. Apprenant à dire bonjour dans la langue de partout où ils passent. S'excusant presque de ne pas rester plus lontemps. Jérôme n'arrête pas de crâner parce que je commence à aimer la vie pragoise.

 

1er décembre 2009

Il y a quelques temps on avait vu Au-delà de la haine, un documentaire sur la famille d'une victime de crime homophobe, et on voyait la soeur du mort, pleurer me semble-t-il, de colère et d'impuissance. J'avais demandé à Jérôme de m'expliquer ce sentiment fraternel qui m'est inconnu parce que je suis fille unique. Si on tue ma mère je sais, si on tue mon père je sais, si on tue mon amoureux je sais, un ami je sais. Mais un frère je ne pouvais pas imaginer. Jérôme a dit : c'est comme si c'était toi.

Il y a quelques temps quelqu'un m'a expliqué avec un bon sens populaire tout à fait révoltant que les enfants uniques étaient voués à devenir des adultes égoistes parce qu'ils n'avaient pas appris à partager. J'ai eu l'impression d'avoir appris cela à bien d'autres occasions, et d'avoir éprouvé ma frustration, ma générosité, au contact de bien des frères et soeurs de substitution. Un mot est entré dans la langue française dans les années 90 : quasi-frère / quasi-soeur. C'est l'enfant du nouveau conjoint de votre parent. Plus court que de dire : la fille de mon beau-père. Mais comme personne n'emploie ce mot, je continue de dire, pour désigner Cécile : la fille de mon beau-père. Je me demande parfois quel est ce sentiment singulier qui m'unit à elle de façon ponctuelle et constante à la fois. Nous n'avons pas été élevées ensemble et pourtant son sort est lié au mien. Nous ne nous sommes pas choisies, parfois subies (rarement en fait) mais la proximité et l'amour des mêmes gens finit par nous tenir lieu de sang.

 

28 novembre 2009

Festival

Une semaine à suivre le Festival du Film Français de Prague, qu'organisait Déborah, et qui a été un franc succès. Peu dormi, sortie beaucoup, travaillé tard dans la nuit, vu des films, des acteurs, ma belle Caroline qui venait présenter son court-métrage Le feu, le sang, les étoiles et j'en ai profité pour lui montrer Prague, re-fumé un peu, pas répondu aux mails. Réouvert un tiroir vieux de 10 ans. Remise au travail tous azimuths. Tenter de canaliser le désir sur un seul projet. Impossible pour l'instant. Essayer d'organiser les cases du cerveau, à défaut. A peine remarqué les nombreux cars "Treiber international" qui circulaient en ville. Ai repris Ariel et me suis sentie, pour la première fois, plus vieille que Sylvia Plath (ce qui doit être effectivement le cas, à quelques semaines près). Ai envie de lire Au-dessous du volcan, n'ai toujours pas fini Lolita.

 

13 novembre 2009

Ecorchée bis

Depuis que je fume moins, je me souviens de mes rêves. Je suis très douée pour les paysages. Vraiment. Et puis là, comme un sort, une ironie : je me suis retrouvée avec le visage de Zohra. Une fille de l'école primaire. Une brune. Pour une raison quelconque - je ne sais même plus s'il y en avait une - je m'étais fait greffer le visage de cette fille qui m'intriguait quand j'étais petite. Je trouvais que c'était réussi, pas de cicatrices, et une création originale : ça ne ressemblait ni à elle ni à moi. Mon visage attendait depuis quelques jours dans une glacière que je décide de le récupérer, quand un médecin de mes amis me mettait en garde : attention, tu sais c'est une grosse opération quand-même. Tu as eu de la chance à l'aller mais ce ne sera peut-être pas aussi simple au retour. Dilemme cornélien : je ne pouvais tout de même pas garder le visage de Zohra pour le restant de mes jours. Je voulais me retrouver. Mais je risquais de ne plus vraiment me ressembler non plus. Il y aurait des cicatrices. "En tout cas n'attends pas trop longtemps avant de te décider" disait le médecin en regardant la glacière.

 

12 novembre 2009

Prétérition ministérielle

La prétérition est une figure de style qui, entre diplomatie et rhétorique pure, permet de démentir qu'on dit une chose, tout en la disant. Ainsi Frédéric Mitterrand prétend ne pas vouloir arbitrer le débat Raoult-NDiaye, tout en assurant que évidemment : "Le prix Goncourt est une entreprise privée, tout à fait remarquable. Donc, les écrivains qui reçoivent le prix Goncourt, et Marie NDiaye est un grand écrivain, ont le droit de dire ce qu'ils veulent." Le fait d'ajouter "Par ailleurs, Eric Raoult, qui est un ami et un homme très estimable, a le droit lui aussi en tant que citoyen, voire en tant que parlementaire, de dire ce qu'il pense" est pour le moins étrange (Raoult n'a pas confié son sentiment à n'importe qui, il a soumis une question écrite à un ministre de la république). Bref, tout en faisant semblant de renvoyer dos à dos la grande écrivaine et le parlementaire, le Minsitre, par une prétérition aussi adroite que jésuite diplomate, a bel et bien arbitré le débat. Je ne vous dirai pas que je trouve l'intervention de notre ministre de la culture, dans l'affaire Raoult-NDiaye, d'une mollesse un peu navrante, mais d'une clarté revigorante, non, non, non, je ne vous le dirai pas.

 

10 novembre 2009

Miss Lettres Françaises (une grande muette)

J'ai été contente que Marie NDiaye ait le Goncourt. Parce que c'est un écrivain. Elle a une langue, des images, un univers. Parce que c'est une femme aussi, même si ça va en gonfler certains. Depuis Duras en 1984, seulement Paule Constant dans un contexte humiliant où tout le monde réclamait Houellebecq, et Pascale Roze assez discrètement. Depuis, rien que des mecs, bons et moins bons. Marie NDiaye, incontestable. J'étais passée à côté de l'interview donnée aux Inrocks, mais grâce à ce grand farceur d'Eric Raoult, plus personne ne pourra l'ignorer : Marie NDiaye et son mari Jean-Yves Cendrey sont partis s'installer à Berlin après les présidentielles de 2007.
Le député Eric Raoult devait être en mal de présence médiatique ces derniers temps et rien ne vaut une bonne grosse déclaration absurde et provocante pour vous ouvrir tout grand l'hygiaphone - une heure après, tous les honnêtes citoyens francophones (même ceux qui sont partis résider en Europe centrale depuis les dernières présidentielles) entendent résonner bien fort ladite déclaration via l'écran de l'ordinateur plus ou moins miniaturisé qui les relie à la France tel un cordon ombilical. La bonne grosse déclaration absurde et provocante s'est transformée en dépèche relayée par la presse. Ici, la version de Libération.
Evidemment, si je saute sur l'occasion de la relayer moi-même, c'est uniquement parce qu'elle s'en prend à un écrivain. Le fait qu'un député UMP cite une romancière contemporaine, c'est en soi assez extraordinaire. En bref : le lauréat du Goncourt devrait être tenu à un devoir de réserve : en qualité de lauréat du plus important prix littéraire français, il ne devrait pas être autorisé à dire le mal qu'il pense de la politique française et des dirigeants qui la mettent en pratique.
Alors, plusieurs mises au point s'imposent, que beaucoup sur le net ont commencé à faire et je vais apporter ma petite pierre à l'édifice :
- les déclarations fracassantes sont le mode d'expression politique le plus fréquent à droite ces cinq dernières années, même lorsqu'elles sont absurdes, tendancieuses voire de mauvaise foi, elles permettent de placer la barre à un niveau d'incécence qui redescendra ensuite, ce sera toujours ça de gagné. Demandez aux tchèques ce qu'ils pensent du devoir de réserve des écrivains, pour voir.
- un prix, c'est un prix, pas une fonction. J'attends avec gourmandise la traduction française de Meine Preise, le recueil des discours de Thomas Bernhard lors de ses nombreuses remises de prix littéraires - le devoir d'ouvrir très largement sa gueule, oui.
- le prix Goncourt est remis à un auteur "d'expression française", pas à un auteur nécessairement français, et on ne lui demande pas ses papiers (d'ailleurs l'opinion d'Atiq Rahimi, Goncourt de l'an passé, à la double nationalité franco-afghane, sur la politique d'expulsion de Besson, ne fait pas de mystère). On se demande pourquoi Raoult n'a rien dit il y a un an.
- le "devoir de réserve" qu'invente Eric Raoult, serait, en prime, rétroactif : l'interview incriminé a paru dans les Inrocks le 30 août dernier. Le roman de Marie NDiaye ne figurait pas encore sur la liste de l'Académie Goncourt.
- l'Académie Goncourt a beau être reconnue d'utilité publique et recevoir l'aide du CNL, ses membres (et à plus forte raison ses lauréats) sont libres dans leurs choix et leurs déclarations, ne sont pas rémunérés (le Prix Goncourt est doté d'un chèque de 10 euros) et l'obtention du prix n'entraîne évidemment aucune contrepartie particulière pour le lauréat (est-il besoin de le dire). En général, le lauréat est sympa, il vient recevoir son prix, il joue le jeu, il dit merci, il mange deux trois petits fours, il répond aux journalistes et ensuite il va parler à des lycéens de toute la France et même de l'étranger pendant un an, comme Miss France, mais pas pour représenter la France, pour représenter son livre, et pour le vendre, parce que c'est une aubaine qu'on ne refuse pas, merde, à moins d'être un crétin ou un milliardaire. Le fric, pour un écrivain, c'est du temps et de l'indépendance.
- les prix littéraires récompensent (souvent) l'indépendance. Vous imaginez une Elfriede Jelinek qui aurait toute sa vie ciré les pompes des institutions autrichiennes?
- le devoir de réserve est un truc qui n'existe que dans l'armée, la justice (ce qui sert à préserver, justement, son indépendance) et les services secrets. Les fonctionnaires ont le droit de dire ce qu'ils pensent. Même les policiers sont syndiqués. On ne voit pas très bien comment et à quel titre on ferait fermer sa gueule à la personne la plus libre du monde, qui n'a même pas de statut social dans son pays : un écrivain. On se plaît à souligner cette semaine que Marie NDiaye ne fut jamais autre chose. Pour fêter ça je lis Honecker 21, de Jean-Yves Cendrey, qui est aussi un des meilleurs auteurs de notre temps.

 

7 novembre 2009

Dédales

J'ai lu quelque part que l'arrêt du tabac pouvait entraîner des nuits agitées. Même si je n'ai pas complètement arrêté de fumer, je suis passée de 20 à 4 cigarettes maximum par jour (souvent zéro), ce qui est tantôt douloureux tantôt facile, en fait assez facile pendant la journée et parfois compliqué le soir. Manger du chocolat le plus noir possible (ma mère prévient : le 90% est vraiment trop amer. Pourtant c'est ce qu'il y a de mieux pour moi, je ne mange pas du chocolat par plaisir mais pour ne pas fumer.) Il faut que je trouve des dérivatifs. Manger. Chanter. Quand on chante on ne fume pas. Plutôt une bonne surprise d'arriver à chanter ça. Mais alors, travailler, impossible. A la maison, no way. Je teste les cafés non-fumeurs - celui de la Galerie Leica, le Kaficko près du Pont Charles, le Lui&Lei de la Place de Malte, avec ou sans mon ordinateur qui est trop lourd. Ménager la chèvre et le chou, les poumons et les genoux, le pire c'est que, dans l'idéal, je n'ai pas décidé d'arrêter de fumer. Depuis un mois - le retour de Nice - pas de répit, un mal chasse l'autre. J'arrive à faire la plupart des choses mais écrire sans cigarette, torture. Pas deux heures d'affilée, pas structuré. Effiloché. L'image d'Alice au Pays des Merveilles sur le dernier cahier en date, dans un style qui doit plus à Dürer qu'à Tim Burton, semblait pouvoir contaminer les pages que j'y noircirais. Pour l'heure elle s'est insinuée dans mon sommeil désordonné, et j'ai arpenté au petit matin les couloirs d'une vieille demeure où j'ai suivi une vieille dame (moins affriolante que l'habituel lapin blanc), rencontré le cercueil d'une très riche morte, des miroirs où j'apparaissais laide comme mes plus vilaines pensées - chaque miroir illustrant à sa guise un aspect monstrueux de mon caractère. Dévorée à la fois de curiosité et de culpabilité, j'étais amusée par la découverte. Seule ma couardise me poussait finalement à fuir (la vieille voulait me présenter un docteur de ses amis et je sentais bien que la rencontre n'aurait rien d'agréable) mais le dédale était piégeux. De demi-tours en demi-tours je m'étais perdue et je redoutais, dans chaque pièce du labyrinthe, de rencontrer un danger imprévu.
Au réveil je me dépèche de consigner le rêve dans mon cahier des rêves, l'organisation papetière semble relayer le fonctionnement du cerveau : un cahier suscite les élécubrations que l'autre reçoit, vases communicants bien huilés. Depuis que je ne fume plus je travaille moins mais je rêve beaucoup plus.

 

5 novembre 2009

Soleil. Une demi-heure sur un banc les yeux fermés comme les petits vieux de la Place du Pin. Sauf que c'était dans le jardin franciscain et, dans le contexte, suffisamment extra-ordinaire pour être noté ici.

 

3 novembre 2009

Claude Lévi-Strauss est mort.
Vaclav Klaus a signé le Traité de Lisbonne.

 

1er novembre 2009

Lisboète

Je m'étais retrouvée à expliquer l'argot marseillais à des étudiants traducteurs tchèques de 2ème année en cours de lexicologie, ça avait été très sympathique, et je m'étais souvenue avec nostalgie des cinq ans passés à la fac de Nice. La lexicologie, comme le latin et la morphologie de l'ancien français, ou encore le commentaire stylistique, n'avait jamais été ma spécialité, mais je me découvrais une gourmandise à l'ouvrage. Préparer un cours était un jeu auquel je savais jouer. J'avais intégré les règles et bien que j'eusse peur de m'y montrer maladroite, ce léger trac se révélait fécond. Les étudiants tchèques étaient plutôt plus calmes que les français. Nul besoin de discipline ici. Il avaient en revanche des habitudes particulières avec la porte et la fenêtre, qu'ils ouvraient et fermaient spontanément. Les craies étaient carrées et particulièrement poreuses, ce qui les faisait crisser affreusement. La quiétude que j'éprouvais en quittant la classe me réchauffait les doigts.
J'avais assisté à un cocktail au cours duquel j'avais été récrutée pour une fausse conférence internationale qui devait servir de support aux étudiants de traduction simultanée. Le sujet était "L'avenir de l'Europe entre les mains du Président tchèque". Devaient participer une Allemande, un Irlandais, un Espagnol, ainsi que des étudiants tchèques polyglottes. Chacun jouerait le rôle d'une personnalité politique - on m'avait proposé successivement de jouer le rôle de Sarkozy, de son épouse, puis de Cohn-Bendit, et j'avais refusé - ou bien de simples militants, ou encore de journalistes - j'avais fini par m'octroyer le rôle de Jean-Michel Aphatie, en m'inspirant de son blog et de ses chroniques quotidiennes. Ca me permettait de caser le paradoxe, qui m'était cher, selon lequel le peuple français, dont le vote démocratique (NON à 55%) avait été trahi par ses élus, ne pouvait désormais plus compter que sur le Président tchèque pour faire respecter son suffrage. Evidemment, je le disais en souriant, et en soulignant combien ce paradoxe était gênant, voire honteux, si l'on considérait les motivations de chacun. Bref, mon discours, qui devait durer 8 minutes et ne pas être lu, avait été trop rapide et touffu pour les étudiants traducteurs, et mon recruteur avait souligné son ambiguité. Pas tant sur le fond, avais-je fini par comprendre, que sur la forme : les expressions imagées (l'Europe est tantôt Deus ex Machina tantôt grand méchant loup), les tournures alambiquées, et enfin surtout, l'ironie par antiphrase, tout cela était, disait-on, typiquement français. Les étudiants devaient s'y habituer, et moi aussi, l'étiquette me semblait lourde.

Outre l'impression probablement déplorable que j'avais donnée de la France, encore une fois arrogante et jésuite, j'avais appris pas mal de choses à cette conférence-pour-de-faux : les décrets Benes concernant les Allemands des Sudettes, la non-rétroactivité du Traité de Lisbonne, le "look de syndicaliste" de Vaclav Klaus (ce qui semblait être, dans la bouche de ma jeune interlocutrice, l'injure suprême), les "spécificités celtiques" qui distinguaient l'Irlande, dont la plus remarquable était l'interdiction de l'avortement, etc. Lorsque, trois jours plus tard, on appris que le Traité serait ratifié par Klaus, j'en éprouvai presque du soulagement.

 

30 octobre 2009

Banc d'essai musique en streaming

La dernière fois que j'ai acheté un cd, ce devait être le dernier Nick Cave, par tradition, par réflexe, par collection. A peine écouté, je n'étais pas de l'humeur adéquate. Sinon, de cd, plus. Ou par coquetterie, from time to time, ou par solidarité financière avec l'artiste. Là, failli acheté le dernier Miossec, et David a eu l'excellente idée de me le copier. A Prague, les cd, plutôt ceux des années 80-90. Sinon, des tchèques, on commence à en connaître quelques uns, bien bien, respect, mais moyennement ma came : Karel Krill ressemble à Brassens mais je ne comprends pas les textes, Bitova me rend très irritable, en dépit de la grande considération que j'ai pour elle. Encore quelques efforts.

Ici no Hadopi. On regarde des films gratuits. Pour la musique, le téléchargement me semble encore trop long et laborieux, j'écoute en streaming, comme tout le monde.

Deezer, depuis la restriction - peut-être géographique, car comme beaucoup de sites de chaînes de télé, les sites de streaming sont un peu xénophobes, "désolé on ne diffuse pas dans ton pays, ô toi citoyen européen de seconde zone", même Arte je vous jure - Deezer a donc complètement avalé mes playlists, ou plutôt, elles ne sont plus désormais que des listes injouables où surnagent deux trois titres (dont Carla Bruni qui tient beaucoup à ce qu'on puisse l'écouter gratuitement). Tout le reste a mystérieusement disparu dans les tréfonds des tiroirs des avocats de la SACEM, EMI, UNIVERSAL, etc.
Avec Deezer Premium, je pourrais retrouver l'intégralité de mes listes, en payant 4,99 euros /mois. Mais je peux aussi écouter les mêmes titres sur Grooveshark ou MusicMe. Les titres censurés sur Deezer, on les trouve facilement ailleurs. Si j'étais prête à payer 9, 99 euros/ mois, Deezer Prémium m'offrirait en prime le téléchargement illimité. Ce même bijou est déjà accessible sur Jiwa (dont l'interface me semble lente et pas pratique, peut-être, là encore, pour des raisons géographiques) et Grooveshark, sur lequel en plus, toutes les fonctionnalités gratuites sont encore en état de marche. Avec pas mal de musique en stock. Tout n'est pas disponible : trois pauvres titres de Bashung, deux de Kevin Coyne, ça m'énerve. Les américains sont bien mieux représentés sur Grooveshark que le reste du monde. Mais depuis que Grooveshark a lancé son forfait VIP à 3 dollars/ mois, qui promet entre autres de supprimer la pub, les écrans de pub sont de plus en plus écoeurants : des avant-après avec d'énormes ventres mous et des seins en forme de crème dessert périmée. Je ne sais même pas ce que vendent ces images si ce n'est le forfait Grooveshark qui les ferait disparaître. Mais elles sont ciblées en fonction de l'IP : seuls mes lecteurs pragois verront peut-être de quoi je parle. Fatiguée de ce panorama quotidien, j'ai fini par aller voir sur MusicMe et franchement, pour l'instant, c'est ce que j'ai trouvé de mieux : disponibilité des titres, efficacité du moteur de recherche, clarté. Le téléchargement se fait par forfait à 9,90 euros/mois en illimité, ou bien par titre ou par album, mais comme je ne télécharge pas, qu'importe. Ils ont les vieux Bashung et le titre de Kevin Coyne que je cherchais. Je n'ai pas encore trouvé comment faire un lecteur exportable, mais j'y travaille.

 

28 octobre 2009

Les scandales

Perles hors-classes cette semaine - mais on ne s'attarde même plus, on en a vu d'autres. Je ne détaille pas, vous savez déjà tout. Je souligne.

1) La re-votation des députés sur la question de la surtaxe des bénéfices bancaires, à cause de Jean-François Lamour (mais si) qui, après 2 ans et demi d'hémicycle, ne saurait toujours pas se servir du bouton... Vrai scandale démocratique. Je ne comprends même pas comment l'opposition peut laisser passer un truc pareil. C'est un nouveau concept de gouvernance, quand le vote de l'Assemblée ne convient pas, on le refait.

2) Le rapport de la Cour des comptes qui révèle le coût de la présidence française de l'Union Européenne. Vaclav Kaus disait en février dernier : "il n'est pas nécessaire d'être hyperactif et d'organiser un sommet européen tous les week-ends" pour être un bon président de l'Europe.

3) Le discours copié-collé du président aux agriculteurs. Avec la petite phrase comme quoi il ne sont pas venus écouter un discours qu'ils ont déjà entendu. A regarder sur le Petit Journal de ce jour pour ceux qui l'auraient manqué. Il faut croire que Guaino est trop occupé ces jours-ci.

 

26 octobre 2009

L'embrasement, suite et fin.

Non-lieu : qui n'a pas eu lieu. Qui ne s'est pas produit.

 

24 octobre 2009

Les éléments de langage

C'est apparu dans la bouche des journalistes cette semaine. A la suite de la triade Polanski-Mitterrand-Jean Sarkozy. On a eu l'occasion de jouer au jeu préféré du Petit Journal qui fait d'excellents montages montrant les ténors politiques répéter en boucle les mêmes phrases émaillées des mêmes bons mots, dans plusieurs émissions différentes. J'ai donc apprécié cette brillante explication de texte, avant de me réjouir des aveux passés ici. Et, évidemment, en matière d'"éléments de langage" le meilleur d'entre eux aura été le fils héroïque, le fils sacrifié, capable de reprendre docilement à son compte la "campagne de désinformation", la légendaire "passion de la politique" (et même celle, moins évidente, du département des Hauts-de-Seine) qui anime tout dirigeant digne de ce nom, et qui implique d'"aimer les gens". La judicieuse distincition père/président, qui marque la frontière entre l'intime et le public et qui semblait étrangement positionnée dans le flux de la conversation, réponse sans question, tombée comme un malencontreux cheveux blond sur la soupe Pujadas. Etc, je ne vous la refais pas in extenso, mais y du matos. De cette semaine un peu folle je tire deux interrogations :
1) combien ya-t-il de citoyens français assez naïfs pour se laisser prendre à un jeu aussi grossier - parce que là, pardon, mais c'est énorme le coup du fiston au 20heures, rhétorique paternelle affublée de lunettes (j'attends l'enquête de rue 89 chez l'ophtalmo familial, prouvant que le petit à bien 10 à chaque oeil), swatch au poignet, caricature blondasse juvénile du père, verbalisant lui-même l'enjeu de son passage télé : "peut-on faire preuve de maturité à 23 ans?". Combien de convaincus? Il paraît que le sondage du jour dit 23%.
2) Après cette mise au jour des méthodes de communication élyséennes, ces fameux "éléments de langages" diffusés simultanément aux ténors du parti et repris partout en 24h, comment va évoluer la communication politique? Comment sera-t-il encore possible de poser une question et d'en considérer la réponse? Si j'étais journaliste, il me semble que je me ferais un plaisir (et un devoir) de demander à Fred Lefèvre et à Nadine Morano ce qui, dans la soupe (polevkà, en tchèque, de saison) qu'ils nous servent, relève des "éléments de langage" que le parti a bien voulu leur servir. Il me semble que 90% du discours politique actuel est composé de cette ligne unique prérédigée par Guéant/Guaino.

Enfin, ce qui m'énerve le plus est la nomination de la chose, aussi vague et indéterminée que possible. Soyons clairs : éléments de langage ça ne veut rien dire. En linguistique en sémiologie, rien de rien. On dirait rhétorique de propagande, là ok, je m'inclinerais.

 

23 octobre 2009

La dépendance

J'avais admis le princpe de la dépendance assez facilement : j'étais dépendante de toute chose approchée d'un peu trop près, de toute personne aimée même un tout petit peu, de toute substance ingérée ou inhalée avec un tant soit peu de plaisir. L'addiction est une question de tempérament, certains font de l'autonomie une question d'orgueil, d'identité, pour d'autres l'attachement passe par cette sorte de soumission volontaire à ce qu'on aime, la relation ne peut se nouer qu'ainsi. Les dépendances s'accumulent alors et se relaient, s'entretiennent souvent. J'étais bien trop consciente du risque pour m'approcher des toxiques, on se protège comme on peut, mais la cigarette était devenue presque métonymiquement la béquille qui me sauvait de toutes les autres tentations biologiques affectives ou intellectuelles. La cigarette condensait mes dépendances en une et entretenait toutes les autres en un nuage obsessionnel plutôt agréable. Parfois pourtant la cigarette me rappelait à ma finitude, à grands renforts médiatiques elle me condamnait. Elle creusait dans ma poitrine une fragilité qui s'ancrait au fil des ans et qui deviendrait mortelle un jour. La toux s'approfondissait, la peur aussi, si bien que j'avais fini par éliminer toute cigarette en attendant qu'elle passe. Depuis une semaine je jonglais avec une armada d'erzats - du chocolat aux clous de girofle, aux abricots secs, en passant par le citron, miel, vin chaud, toutes ces choses qui ne sont pas mon truc en temps normal. On dit qu'il faut changer toutes ses habitudes pour en changer une. Rompre tous ses rituels pour casser une dépendance. Je savais que mon seul pouvoir était de substituer une dépendance à une autre. Je n'avais pas choisi d'arrêter de fumer mais j'avais conscience d'une opportunité. J'espérais reprendre bientôt, mais 3 cigarettes au lieu de 20, si c'était possible. Mon amie A. disait qu'il ne fallait rien s'interdire. Je ruminais sa phrase entre deux carrés ou deux tablettes de chocolat. Ca ne me dérangeait pas du tout d'être dépendante, j'en avais admis le principe comme un trait fondamental de mon caractère. L'important c'était de pouvoir choisir ses dépendances et les miennes me semblaient aimables. C'étaient leurs conséquences qui m'inquiétaient.

 

17 octobre 2009

 

15 octobre 2009 (bis)

Le 25ème

Hier les pompiers avaient sauvé de justesse un salarié de France Télécom qui tentait de se suicider. Aujourd'hui un autre n'a pas eu cette chance. Par pendaison, les deux.

Il neige à Prague et la neige fond.

 

15 octobre 2009

Pacte autobiographique et ordre moral

Je me fichais pas mal de ce que l'écrivain Frédéric Mitterrand faisait en vacances, et de l'âge de ses amants aussi, comme de ceux de Guibert, dont seule la grâce des textes m'importait, car dans un roman, comme dans un rêve, tout peut être beau même le mal et même le pire, on ne fait pas de la littérature avec de la morale. La seule chose que je connaissais de l'écrivain Frédéric Mitterrand c'était son sentiment de culpabilité qui imprégnait jusqu'au titre de l'ouvrage incriminé : La Mauvaise vie. Je trouve, un très beau titre.
Le problème dans un livre, ce n'est pas ce qu'a fait l'auteur, c'est ce qu'il a écrit. Le corps de l'auteur, c'est une convention, une abstraction, on n'y a pas accès. On ne va pas convoquer la robe de Monica Levinsky pour traquer la tache. Ce que l'auteur écrit, on le croit si l'auteur écrit que c'est vrai. Ca s'appelle le pacte autobiographique, ça a été théorisé par Philippe Lejeune en 1976 et tous les étudiants en lettres depuis en ont mangé un bout. En gros, s'il y a écrit "mémoires" ou "autobiographie" sur la couverture, ou si l'auteur dit en 4ème de couv : j'ai vécu cette histoire, je n'ai rien inventé... le lecteur, docile, se met en position de le croire. On s'en fiche un peu au fond de savoir si Sartre était un beau petit garçon avant qu'on lui coupe ses boucles, si Guibert prenait bien le bus n° 21, si Rousseau mentait dans ses Confessions, l'important, c'est que leurs écrits sont donnés pour vrais, et que ça change notre manière de les lire. Mais il faudrait être un juge bien naïf pour considérer ces écrits comme pièces à conviction tant leur véridicité est dérisoire. Ce n'est pas parce qu'on écrit sa vie qu'on dit la vérité. Bien au contraire.
Cette échelle de valeurs - l'esthétique avant le judiciaire - n'existe qu'entre auteurs et lecteurs, entre gens pour qui l'art vaut mieux (ou compte davantage, dans un contexte et à un moment donnés) que le réel. Mais voilà, lorsque l'écrivain s'aventure en politique, il découvre autour de lui que la plupart des gens accorde bien plus d'importance au réel qu'à la chose artistique. Et lorsque lui-même prétend s'occuper du réel, on lui renvoie son oeuvre à la figure non pas en tant qu'objet esthétique, mais pour ce qu'elle contient d'indices de ce réel trivial qu'il a tenté jadis de sublimer. Le contre-sens est infâme et pourtant, il est légitime. Les citoyens et les ministres ne peuvent se contenter d'un univers esthétique où projeter leur humanité imparfaite et rêveuse : ils ont le monde à s'occuper. Un ministre, ça doit pouvoir penser que si tout le monde faisait comme lui, la réalité serait meilleure. Ca ne peut pas se permettre de.

 

14 octobre 2009

L'Etoile manquante

J'oubliais Nice à force de ne pas y être, elle devenait une buée idéale, lumineuse et lointaine, où je me réfugiais lorsque le réel était trop gris. La distance défigurait et magnifiait Nice, l'étirait si bien qu'elle n'était plus qu'une courbe bleu et or, une étoile maternelle qui, par-delà les nuages, veillait vaguement sur mon sort. Tous les deux ou trois mois, Nice redevenait vraie, triviale, présente, et la retrouver était un soulagement en même temps qu'une torture. Je dis Nice - elle ne vaut que par ceux que j'y retrouve et la fête qui semble se mettre en marche quand j'arrive. Le soleil et la mer sont des ornements qu'on dirait disposés spécialement sur mon chemin. Les rencontres font mal, ensuite, à la mesure de ce qu'elles ont donné de joie sur l'instant. Le désir - absence d'une étoile - ne fonctionne qu'en dyptique avec la cruauté du manque. Je suis prise dans un dispositif géographique implacable qui aiguise les nerfs et l'âme avec la régularité d'un balancier aérien.

 

12 octobre 2009

Monsieur

C'était il y a dix ans, je trainais chez Grasset entre deux rendez-vous, je fumais des cigarettes dans le salon du premier étage qui a des airs de salle d'attente. Je n'avais pas beaucoup de succès auprès des auteurs maison, m'étais fait emmerder par un, qui s'était fait engueuler en interne en représailles. Les autres, je n'osais pas trop leur parler du coup, j'avais 20 ans et ils étaient pour moi de véritables stars ou d'illustres inconnus. Un matin, je me souviens, un homme en blouson de cuir, la soixantaine, plutôt trapu et barbu sous son écharpe, m'a tendu la main en me disant salut, on va prendre un café? Ben oui, je n'avais rien d'autre à faire et même si je me demandais bien qui pouvait être ce type, quelque part entre le coursier et le chef de fabrication, avec son air de descendre de moto, je l'ai suivi à l'Hôtel des Saints-Pères, dans le salon du rez-de-chaussée, on a bu des double-express et on a parlé pendant une heure ou deux. J'ai compris petit à petit à qui j'avais à faire. D'abord, il avait lu Viande, et il avait trouvé ça bien, même s'il y avait un problème avec la structure en trois parties. Et puis, il adorait Bataille, tiens, je ne sais pas ce qu'il y a entre Bataille et les femmes de votre génération... Parce que ma compagne, dit-il (je cite de mémoire, je déforme peut-être) ma compagne aussi a fait un mémoire sur Bataille. Elle a plus votre âge que le mien, il dit "elle est née l'année où j'ai eu le Goncourt" en 1973. Là, j'ai dû le ragarder bêtement. Je repassais dans ma tête les lauréats du Goncourt, je cherchais. Qui est ce type... Il a pousuivi sur Flaubert, Saint-Julien l'hospitalier... On s'entendait bien. Il ne me prenait pas pour son élève. Il n'y avait aucune trace de condescendance ni dans son regard, ni dans ce qu'il disait. Il était juré au Médicis. Il aimait les livres de Anne F. Garretta et Lorette Nobécourt. Et puis, il était l'heure d'aller déjeuner, voilà, on espérait qu'on se reverrait. Mon éditeur m'a envoyé régulièrement, après, tous les livres de Jacques Chessex, de Monsieur à L'Economie du Ciel à Un juif pour l'exemple. J'y retrouvais son ascendance bataillenne, ce mysticisme brûlant, l'expérience du mal aussi. Il construisait une oeuvre cohérente, complexe, exigeante. J'aimais le voir à la télé, déborder du format médiatique. Quand on me demandait si j'avais de bons contacts avec les autres auteurs, je pensais à lui, à sa spontanéïté, sa générosité. A la véritable rencontre qu'il m'avait offerte. Il est mort ce week-end.

 

27 septembre 2009

La nature

Hier soir Biljana et Dragan nous racontaient que la politique anti-pigeons à Prague avait consisté à importer des prédateurs - des corbeaux si j'ai bien compris, mais il y avait déjà eu des faucons quelques années avant, qui avaient bouffé tous les moineaux sans toucher aux pigeons. Ils disaient que durant leur dernière performance, ils avaient eu un bébé pigeon dans les combles de leur immeuble, et qu'ils l'avaient photographié chaque jour pendant 9 jours, il avait grandi très vite. Le dernier jour ils l'avaient retrouvé sans vie, l'oiseau prédateur ayant pénétré dans les combles par une vitre cassée, il s'était attaqué au pigeonneau pour lui prendre son coeur, laissant sa dépouille dans le nid. La pigeonne n'était pas revenue couver son second oeuf. Biljana et Dragan avaient enterré l'oiseau mort sur le mont Petrin. Je trouvais cela horrible, je me félicitais que chez nous, le prédateur ait emporté l'oisillon tout entier et qu'il ait laissé un petit sur les deux.
Ce matin en ouvrant la fenêtre, j'ai mis 20 secondes à comprendre ce que voulait dire la tâche rouge dans notre goutière : la pigeonne couvait désormais un oisillon mort et sans coeur.

 

27 septembre 2009

Feu de tout bois

Le peuple tchèque est un des moins croyants d'Europe, paraît-il. 40% d'athées. Contrairement aux voisins polonais, et malgré une densité d'églises assez élevée. Bref, je me suis déjà tapé les JMJ à Rome en 2000, là je me croyais à l'abri. Benoît XVI a débarqué ce week-end. Histoire de mettre un peu l'ambiance, il a fait un discours. Comme tous les hommes d'Etat qui foulent le sol pragois, il est revenu sur le triste passé communiste et il a trouvé un argument tout neuf : si les communistes ont fait tant de mal aux Tchèques, c'est parce qu'ils les ont privé de Dieu. Ben oui, les Tchèques, ils n'ont pas manqué de liberté, non non, ils ont manqué de Dieu. Ils n'ont pas manqué de denrées alimentaires, de littérature étrangère, de solidarité internationale, de liberté d'expression, de mouvement, de pensée. Non, je vous dis : de Dieu. Voilà. C'est tout de même révolutionnaire, ça. Et je vais vous dire : les Tchèques devaient être vachement plus heureux sous l'occupation allemande, puisque les gentils Allemands leur ont construit plein d'églises baroques. Mais c'est vrai, j'avais oublié : le pape est allemand. Là où ça pue la récupération démagogique, c'est quand on essaie de faire croire aux Tchèques que être catholique aujourd'hui, ce serait un ultime acte de résistance (anachronique) contre le régime. "Les ravages de l'idéologie athée", ça craint. Parce que ça sous-entend deux choses. 1) Athée = communiste. 2) Haïr l'occupation soviétique = aimer Dieu. Clientélisme de bas étage.

 

26 septembre 2009

Welcome

Hier soir on a regardé Welcome. Ce matin une bagarre d'oiseaux sur le toit nous a réveillés tôt. En ouvrant la fenêtre, la pigeonne n'avait plus qu'un seul bébé pigeon à couver.

 

24 septembre 2009

Le problème avec les auvergnats


Ce long et poignant article du Monde qui est seulement un témoignage et qui rappelle les fondamentaux. On l'oublie presque à force de prendre le contrepied, que le racisme ordinaire est toujours là, bien ancré dans la France profonde, au point d'en faire de l'humour, second degré sur le bruit, l'odeur, la bière et le porc.
Le problème avec les Auvergnats c'est qu'ils sont partout, stigmatisés "coupables" avec de sérieux problèmes de sémantique, comme notre président, des problèmes de décence et de mesure, de problèmes d'humour. Le problème avec les Auvergnats c'est qu'ils ont tendance à s'accommoder de vivre dans la "jungle" si on les en déloge pas avec "délicatesse". Le problème avec les Auvergnats c'est qu'à force qu'on les stigmatise, parfois ils deviennent agressifs, il y a de quoi en même temps j'aimerais bien vous y voir. Je peux le dire, hein, je viens de me souvenir que j'ai un quart d'Auvergne dans mon sang qui légitime, qui désamorce tout. Autodérision alors. Le problème avec les Auvergnats c'est qu'ils se serrent les coudes se renvoient les ascenseurs, il y a toujours dix Auvergnats pour défendre l'Auvergnat qui a fait un lapsus ou une mauvaise blague. Les Auvergnats sont magiques, ils sont partout, c'est comme le blond de Gad Elmaleh, les Auvergnats, c'est pas une couleur de cheveux, c'est pas une origine géographique, c'est un concept.

 

23 septembre 2009

Animals can't laugh

Emilie Simon a annulé son concert à Prague.
Sarkozy a encore confondu "accusé" et "coupable" (Colonna et Villepin ont finalement un truc en commun). Je suis en train de devenir accro aux chroniques judiciaires de Pascale Robert-Diard.
Le Zoo de Saint Jean Cap-Ferrat va fermer parce qu'un promoteur veut construire un complexe hôtelier de luxe pour milliardaires russes. Que vont-ils faire de mes loutres et de mon ours brun? La pétition est ici. Je sais, les niçois l'ont déjà signée et les autres s'en foutent. Chacun son enfance, chacun sa madeleine. Papa ne m'emmènera plus au Zoo de Saint-Jean, mais on continuera à aller voir les films de Woody Allen. Jusqu'à ce que Woody Allen ne fasse plus de films.

Ce matin les pigeons ont eu deux bébés pigeons. C'est assez moche, un bébé pigeon. N'empêche, ça en impose. On les respecte beaucoup plus, nos pigeons sur le toit, depuis qu'ils ont des bébés.

 

22 septembre 2009

Le héros de roman

Courir de Jean Echenoz sort en ce moment en Tchéquie. On pouvait s'y attendre : les héritiers de Zatopek pinaillent sur les détails biographiques. C'est compréhensible (les veuves n'aiment pas qu'on se trompe sur ce qui fut leur bonheur conjugal) et en même temps, c'est absurde : Courir est un roman. Et un sacrément bon. Pour le défendre j'ai écrit un petit texte, que Jovanka Šotolová a traduit en tchèque pour l'occasion. On peut le lire dans les deux langues ici.

 

21 septembre 2009

Front est

Le second genou en avait eu marre de me porter tout seul et avait commencé à donner des signes de fatigue puis d'usure puis il avait été douloureux de rester debout et j'avais décidé de ne pas me laisser décourager et d'accepter le mieux possible mon immobilité, il y avait des fois où l'appel du dehors était plus fort et je descendais les quatre étages en sachant qu'il allait falloir les remonter, c'était risqué mais je ne pouvais pas me résoudre à l'enfermement continu.
Il y avait l'empathie presque l'identification en découvrant ça et du coup en attendant le concert, pour chasser mes frayeurs j'écoutais ça. Parfois je sentais l'angoisse revenir et je filais à la piscine et j'essayais de nager le crawl, ça ne marchait pas très bien alors je me rabatais sur la brasse interdite (c'est mauvais pour les genoux).

Les élections n'auront pas lieu en Tchéquie, pas avant le printemps alors qu'elles étaient imminentes. Alors tout cet argent public dépensé pour la campagne, parti en fumée. L'assemblée qui devait se dissoudre reste finalement soudée jusqu'au printemps, et dieu sait qu'ici l'hiver est long. Mais pour l'instant, pas de quoi se plaindre : presque l'été indien. Miracle.
Je regarde le procès Clearstream tous les soirs sur Canal+ et je m'étonne qu'on ne parle pas davantage de Denis Robert. Parce que, si Villepin est accusé d'avoir commandité ou laissé faire la manipulation judiciaire à base de faux listings, à Denis Robert on reproche seulement de s'être procuré les vrais : d'avoir fait son travail de journaliste d'investigation. Alors, je me demandais ce qu'il pensait de la culpabilité de Villepin (ben oui, moi aussi je finis par me laisser absorber par la dimension people de l'histoire). Aujourd'hui, il a dit "il est impossible de ne pas se faire avoir par Imad Lahoud" et j'ai pensé : ça joue en faveur de Villepin, un truc comme ça. Je suppose que si c'est la seule phrase de son audition qui ait filtrée dans la presse (grand public) c'est que la journaliste s'est fait la même réflexion que moi. Bref, s'il y en a un dont j'espère sérieusement qu'il ressortira de ce procès "libre et blanchi" c'est Denis Robert. Pour le reste, comptons goulument les points.


13 septembre 2009

L'organe-obstacle

Après presque trois semaines d'euphorie sportive quotidienne - cela ne me ressemble guère il est vrai, mais quelle volupté - la réalité physiologique venue me rappeler à l'ordre, comme le souligne ma mère au téléphone chaque fois que tu as voulu faire du sport il t'est arrivé une merde, cette fois-ci la merde était prévisible, ménisque interne droit en déliquescence depuis un an et demi et maintenant je suis une vieille dame. Enfermée pour combien de temps à ne pas pouvoir gravir les quatre étages qui me séparent du monde. Le corps me remet à ma place : tu es un écrivain. Pas un être de chair de plaisir pas une épicurienne mais un cerveau greffé sur ordinateur. Fini les conneries, remets-toi au travail puisqu'il n'y a rien d'autre à faire. Voilà. Un peu de modestie et la bonne vieille capacité d'abstraction qui est encore la plus sûre manière de te distraire. Rien ne sert de haïr ce bon vieux déterminisme ligamentaire/cartilagineux qui m'oblige à faire ce que je suis capable de faire et rien d'autre. On peut programmer l'opération, prendre rendez-vous pour l'IRM en France. Il faut accepter comme un signe du ciel (laissez-moi rire) l'obstacle qui va me remettre sur le droit chemin. Grrr.

 

5 septembre 2009

Vacance

Ni le carbone, ni le Gabon, ni la communication pointue de Luc Chatel, je ne comprends plus grand chose à l'actualité française et encore moins pourquoi le moral des Français remonte, pourquoi le président gagne des points. Nicolas Demorand a beau être rentré de vacances. Et Denisot aussi... Je suis larguée avec la France, ça m'échappe, m'inquiète, d'autant que je ne suis pas davantage tchèque. Je suis de nulle part et ma bulle voudrait bien exploser. De temps à autres, des repères se font jour : le dernier album de Miossec, interviewé ici par Hubert Artus, le passage prochain par chez nous d'Emilie Simon et celui de Goran Bregovic, aujourd'hui l'expo de Robert Vano, il y a peu le rapatriement à Prague de la scandaleuse Enthropa de David Cerny, pas peu fière de l'avoir vue en vrai parce qu'elle a vraiment de la gueule. La rentrée ne me concerne plus que par personnes interposées. Je ne suis presque plus de ce monde et j'ai la charge, non moins écrasante, d'en inventer un en quelques pages. Pour l'instant, je me défoule dans une piscine et dans une salle de sport où l'expérience physiologique (mon coeur à 152 bpm en moyenne pendant l'effort) le dispute à l'étude anthropologique. Je recommence doucement à lire des livres. Mis à jour en case 21 les pages musique et théâtre. D'autres suivront dès qu'il n'y aura plus du tout de soleil pour me distraire.

 

21 août 2009

La nuit dernière à Marienbad

On était partis sur un coup de tête, presque en cure pour chasser le mourron anticipé de septembre, moi retrouver un peu de Vienne à Marienbad, un peu du silence confortable un peu du vert et du blanc de Vienne dans les collines de Marienbad, un peu d'eau comme si c'était de l'air, et un peu de cette Tchéquie que je méconnais tant hors de la capitale. Il y a quelque chose de Zweig de Visconti quelque chose de Mort à Venise à Marienbad, quelque chose de glacé et quelque chose de Resnais sous la colonnade... Marienbad ne s'appelle plus Marienbad mais Marianske Laznè, n'est plus allemande depuis des lustres et l'on y parle pourtant beaucoup allemand. Les retraités allemands viennent s'y reposer s'y baigner s'y faire masser et je fais étrangement comme eux, c'est très agréable d'être vieux quand on ne l'est pas pour de vrai, très romanesque la décadence bourgeoise en cure quand on n'est ni vraiment bourgeois ni vraiment malade, on peut en goûter tout le sel sans en subir les affres. Le privilège n'en est plus un si l'on peut en jouir tous les jours. Je me demande combien sont là par goût d'une mythologie nouvelle vague surannée en noir et blanc, combien sont là pour douleurs articulaires et combien ont vraiment les moyens du séjour de trois mois. Dans quelles conditions Goethe et Chopin, dans quelles conditions les poitrinaires en sanatorium, avec quel fric on repeint les façades. Marienbad est une ville fantôme qui vit de ses fantômes.

construction d'un autre siècle... cet hôtel immense, luxueux, baroque... tapis épais... comme si l'oreille elle-même de celui qui s'avance, une fois de plus, le long de ces couloirs... silencieux, déserts, chargés de stucs, des couloirs transversaux qui débouchent sur des salons déserts surchargés des ornementations d'un autre siècle... glaces noires, tableaux aux teintes noires...
L'oeuvre la plus insolite de l'année 1961.

 

16 août 2009

Clothilde Reiss, estampillée depuis quelques jours "priorité présidentielle", est sortie de prison et on ignore encore à combien s'élève le montant de la caution (quelques centaines de milliers d'euros, on dit). Moins que les infirmières bulgares (comment, ce n'était pas seulement le doigté diplomate de Cécilia?) et plus que Florence Cassez qui pour l'instant, reste dans sa prison mexicaine. Et je ne me l'explique pas d'ailleurs, parce que s'il y a un domaine ou le président fait un sans faute, c'est la libération des otages et des ressortissants français prisonniers de régimes autoritaires. Surtout quand ceux-ci sont photogéniques. Je me souviens d'Ingrid Betancourt serrant son fils dans ses bras. Je me souviens de l'Arche de Zoé, un brin ostentatoire... Entre un malaise vagal et un tour à vélo, le point d'orgue de l'été sarkozien aura été la libération d'une jeune et belle étudiante-chercheuse (un emblème de tout ce qui se fait de plus anti-Sarko dans la France de cet été). Et evidemment, c'est très bien, que dis-je, c'est la moindre des choses, cette libération.

 

12 août 2009

Anywhere I lay my head

Encore snober Leonard Cohen, qui revient jouer dans le grand stade de l'Arena, places hors de prix, et pas envie d'entendre Leonard Cohen dans un stade, le 29 août, on fera autre chose. En revanche, Moriarty le 8 décembre à Prague, un peu de lumière au milieu de l'hiver, et Manu Chao le 1er octobre à Nice, ça oui, j'y serai, et d'ici-là, Mrs Butterfly à l'opéra, peut-être même Massive Attack au Lucerna, et dans les bacs le nouveau Nick Cave/ Warren Ellis, bien fidèlement. Le chanteur des Bad Seeds animera aussi la rentrée littéraire (anglophone). On peut même le regarder lire des extraits de son roman The Death of Bunny Munro ici. Ou bien se perdre sur son nouveau et très beau site. Retrouvé opportunément la trace de Mark Curry, idole d'il y a longtemps - j'avais payé l'entrée à Vanessa Paradis rien que pour la première partie... Ca me fait tout drôle de le voir jouer dans un bar de L.A.. Pas perdu sa voix. Je découvre aussi celle de Julie, qui résonne comme un souvenir sublimé, depuis Chicago où elle vit désormais. De temps en temps le pianiste du Café cubiste joue L'heure exquise.

 

 

8 août 2009

Les chats de Castellar

A Castellar, après le berger, on tue les chats. A lire avec une attention toute particulière aux commentaires.

Le berger de Castellar a été assassiné en 1991. Au terme de plusieurs procès, les trois principaux suspects ont été acquittés faute de preuve.

 

7 août 2009

Mon comité de surveillance est en vacances, je vous passe en douce cet article du Monde sur la campagne des législatives tchèques. Nous avons encore pas mal à apprendre au plan de la méthodologie. Eux aussi, à vrai dire, Topolanek ferait un bon petit malaise vagal, ça lui permettrait peut-être de creuser l'écart. Sinon, le Conseil constitutionnel ne s'oppose pas au travail du dimanche, payé double dans certaines zones, pas dans d'autres... tant pis pour ceux qui ne seront pas dans la bonne zone... Chirac me déçoit beaucoup sur ce coup là... On finit par se résigner. Il y a six mois je m'énervais sur le principe. Maintenant c'est tout juste si je relève l'indécence des conditions. Un de ces jours il faudra que je parle de la réforme du programme des lycées, applicable dès 2010.

Willie DeVille est mort. C'est étrange, j'y pensais hier justement : un concert du 13 juillet 1994, au Festival du Jazz à Nice. Je suis partie avant que ça commence. Je me souviens d'avoir descendu le boulevard de Cimiez avec ce vent chaud dans les cheveux. Les accords de Stand by me et This must be the night résonnaient sur le chemin.

 

1er août 2009

C'était bien, j'avais pas envie de rentrer. La mer, le soleil, les gens - revu presque tout le monde. Me sentais libre de dire des conneries - toujours plus facile avec les gens qu'on connait depuis 15 ans, ceux qu'on connaît seulement depuis six mois seraient fondés à croire qu'on ne sait pas faire autrement. Faire la planche dans la méditerranée et entendre ce petit bruit de l'eau dans les oreilles, ce grésillement caractéristique, sous le soleil exactement. Prendre le temps d'avoir le coeur léger puis lourd, se dire que je reviens pour le salon de Mouans-Sartoux, à peine deux mois. Pas la mer à boire. Et puis retrouver les rues de Prague, un peu de soleil à l'accueil. Le cubiste aussi, parce que j'ai du travail. J'ai le travail dont j'ai rêvé toujours : écrire un livre et rien que ça. Peut-être deux.

Du coup j'écoute ça.

Et aussi, un peu de nostalgie, ça.

 

14 juillet 2009

J'irai dormir chez vous

Ca fait presque trois semaines, on a dormi chez Hélène en centre-ville, chez Catherine sur le Port, chez Michel et Lise sur la colline, chez ma mère à la campagne, chez les parents de Jérôme près de St-Paul. Et la semaine prochaine on sera probablement chez Nico et Rachel qui, eux, dormiront chez nous. On a beaucoup de chance, on peut presque faire un homelink privé avec seulement des amis. On change de lit, de salle de bains, de point de vue sur la ville (ou sur le département), et de connexion wi-fi (ça c'est moins drôle) plusieurs fois par semaine. C'est un peu fatigant mais tellement riche et chaleureux. On ne s'est pas encore baigné - les méduses. On a humé l'air d'ici et mangé de vrais légumes du marché, on a fait le point sur la politique du gouvernement, celle de la mairie et celle du maire qui se consacre désormais "à 300%" à son ministère de l'Industrie, mais aussi à trois cents autres pour cent à sa ville, car il fonctionne 600% - eh oui, en bon disciple du Président qui a 6 cerveaux, le bougre ne peut se contenter de fonctionner à plein - ce sont tous des surhommes à l'UMP. En particulier, Fred Lefèvre qui a réussi à inverser la tendance démago à force de réactivisme anti-Ségolène, et qui est le premier UMP à défendre un chanteur de rap aux paroles douteuses. Pas sûr que ses petits copains le suivent. Sinon, on aimerait bien que notre nouvelle dame de la Justice laisse à la justice son indépendance, (et à Philippe Bilger, un peu de liberté) ... ah oui, et quand le nouveau monsieur de la Culture dit qu'il voudrait régler le problème des intermittents, on a froid dans le dos, une fois de plus. On va dire qu'en juillet, ça rafraîchit.

 

1er juillet 2009

Félicitations du jury

A l'aéroport de Prague Jérôme m'appelle pour me lire une lettre magnifique, une lettre d'un écrivain français que j'admire infiniment et qui a aimé mon dernier livre, et qui me confie quelques souvenirs de Prague, j'en ai les larmes aux yeux dans ce Dutty Free shop où je cherche des cigarillos pour Catherine qui nous fait la gentillesse de nous héberger à Nice. Dans l'avion j'essaie de relire la thèse, peine perdue, je dors, je me crispe à chaque secousse je me demande comment on meurt dans ces cas là est-ce qu'on est désintégré, explosé, asphixié ou est-ce que le coeur lâche en premier. Escale à Zurich. Un aquarium de luxe où fumer deux cigarettes. Sms de Jérôme qui dit c'est énorme, dans Le Monde, 3/4 de page, que du positif... J'essaie de l'appeler, d'en savoir plus mais impossible entre Prague et Zurich quelque chose fait que ça ne marche pas. Je grimpe dans le second avion en me disant que les avions ne sont pas si solides qu'on croit. Cinq petits garnements allemands me désespèrent je me dis je ne veux pas mourir avec eux. Impossible de relire ma thèse, impossible de relire Diderot, impossible de rédiger mon texte de soutenance, impossible de penser à autre chose qu'à toutes ces émotions des derniers jours. En arrivant à Nice il y a Papa, la mer et les odeurs de pin parasol. Il y a le très bel article du Magazine Littéraire qu'on achète au Relais H., et puis, déjà disponible sur Internet, cet article du Monde, tellement incroyable, avec une grande photo couleur où j'apparais surprise, presque gênée d'être là dans ces pages, sourire incrédule. On est jeudi soir et je voudrais faire la fête boire du champagne hurler ma joie au balcon. Je voudrais boire et crier profiter de la mer et du ciel bleu mais voilà je soutiens ma thèse dans deux jours et si ça ne se passe pas bien, en gros si je n'ai pas les félicitations du jury, ça risque de gâcher un peu mon bonheur et force est de reconnaître que je ne suis pas prête. Pas du tout. La presse je suis lucide j'ai tout eu la mitraille unanime le silence les éloges je sais qu'il n'y a pas de lien entre la qualité le travail la critique le succès. Je sais aussi que c'est rare, qu'il ne faut pas bouder son plaisir.

La thèse reste à soutenir, on peut même se planter et plus dure sera la chute. Jusqu'à samedi la fatigue est difficile à enrayer, le sommeil fragile, le trac ne passe pas. Il faut que je ravale mes envies de crier et que j'enfile ma robe stricte de doctorante sur le point d'être adoubée par l'institution. Après, seulement, après, je pourrai hurler si je veux. Mais il y a des chances pour que cette envie se soit un peu dissipée d'ici-là, ou que je n'aie plus de voix du tout.
Ils étaient sept dans mon jury, six présents, ça a duré presque cinq heures, ils ont été gentils, élogieux, ils m'ont un peu bousculée sur la fin, mais ils avaient absolument raison. Et puis le verdict. Maman qui pleure. J'ai tellement rêvé ce moment - six ans. Voilà, je suis docteure.

Mardi soir, faire la fête au Théâtre de l'Alphabet. Je sais que c'est le meilleur moment, me retrouver ici, avec les amis, la famille, et aussi des gens que je ne connais pas mais qui sont venus pour moi. Je n'ai le temps pour personne et c'est frustrant mais je sais que j'ai encore un mois ici pour voir tout le monde.

Je veux remercier tous ceux qui étaient là et demander pardon pour les courtes minutes accordées à chacun. Je ferai mieux la prochaine fois, promis. Question d'émotion et d'organisation. Merci pour les fleurs, les macarons, les Pensées persanes, les gentils mots, les cigarettes empruntées vite fait. Merci pour les sourires et la bienveillance où je me ressource et qu'est-ce que ça fait du bien. Maintenant je n'ai plus d'excuse : heureuse ou chieuse de tout premier ordre. Alors, heureuse, heureuse, promis.