Mercredi 26 avril 2006
Paint in black
Depuis trois ans que je suis devenue une polarophile convertie, j'ai dévoré tout Ngaio March, une néo-zélandaise qui a écrit du théâtre, joué au théâtre mais surtout développé sur une trentaine de volumes les aventures de l'inspecteur Alleyn (un beau gosse très malin qui cite shakespeare au détour de chaque enquête). Les deux tiers des enquêtes se déroulent sur fond de théâtre, intrigues d'acteurs et meurtes en scène ou hors scène. Les autres déroulent les paysages de Nouvelle-Zélande, légendes autochtones et croisières exotiques. Il y a eu ensuite Anne Perry, qui vit désormais en Ecosse, mais qui a fait parler d'elle en... Nouvelle-Zélande, dès l'adolescence, pour avoir participé au meurtre de la mère de sa meilleure amie, fait divers tristement célèbre qui donna lieu au film "Heavenly creatures" (avec Kate Winslett, vous vous souvenez?) Anne Perry est devenue aujourd'hui une des meilleures romancières du crime, connue surtout pour deux séries : les "Monk", et les "Pitt", une quinzaine d'épisodes chacun, et maintenant que j'ai lu tous les "Pitt" (série de polars victoriens mettant en scène l'inspecteur Thomas Pitt et sa femme Charlotte, féministe à ses heures, et détective en jupons), je vais peut-être passer aux "Monk". Entre-temps j'ai écumé Patricia Wentworth, construction ultra-classique mais toujours efficace, la vieille Miss Silver et son éternel tricot, armchair détective qui résout les énigmes à l'heure du thé; lu quelques Christopher Isherwood, Ben Hecht (éminent scénariste hollywoodien, "Je fais les acteurs" à lire absolument, pour le dynamisme et l'ironie mordante) et je viens de commencer Stuart Palmer "Quatre de perdues"... Le tout garanti sans ennui, sans insomnie, et formellement classieux.
Et maintenant j'aimerais rendre hommage à Cesare Battisti, croisé une fois à Frontignan, du temps où il n'était qu'un auteur de polar sympathique, au lourd passé et à la plume aiguisée. C'était il y a huit ans. Le bon temps.
Vendredi 21 avril 2006
Happy birthday to me
J'ai 27 ans, ça y est. Enfin ce soir à 21h21 (ça ne s'invente pas) ce sera fait. Les dames de la maison de retraite m'en donnaient 19... Je les ai senties un peu déçues. Je suis née le même jour que la reine d'Angleterre, le jour du vote des femmes (21 avril 1944) et le jour du fameux premier tour de 2002... Il fait un grand soleil à Nice et normalement, les martinets (oiseaux migrateurs particulièrement endurants et gracieux) ne devraient pas tarder à revenir d'Algérie, comme chaque année à la même époque, et ma mère les guette impatiemment. Aujourd'hui donc, je vais m'autoriser à oublier quelques heures le pétrole, les golden parachutes et l'impressionnante série de défenestrations qui sévit ces temps-ci sur ma ville... au profit de quelques activités familiales, reposantes et inconséquentes. It's just a perfect day.
Mercredi 19 avril 2006
Cinéma
Le court métrage de Caroline, "L'Etoile de mer " a été sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Nous aurons donc bientôt le plaisir de le voir projeté dans une grande salle pendant le Festival. Pour fêter ça, j'ai fait une liste de mes films préférés sur ce site où vous pouvez faire la vôtre. Petit bémol : si vous avez des goûts iconoclastes, certains films ne sont pas répertoriés sur la base de données... il faudra les remplacer par d'autres... Une activité parfaitement inutile et qui prend du temps... mais plus gratifiant que de jouer à Spider Solitaire.
Rien à voir, mais ce week-end, nous avons enregistré plusieurs versions de "Sidonie dit" chez Michel, ça rappellera quelques souvenirs à ceux qui avaient assisté à notre mini concert unplugged à l'Alphabet, en février dernier. Bientôt en ligne ici, vous pourrez voter pour votre version préférée. Ma carrière de chanteuse est plutôt mal barrée, mais depuis que je sais que Miossec écrit des textes pour Florent Pagny, je suis décomplexée du larynx.
Mardi 11 avril 2006
Un cavalier sans tête
Ca y est. Débarrassés du cavaliere, d'une courte tête, mais c'est ça la démocratie, hein, "le pire des système à l'exception de tous les autres" une seule voix suffit. Berlusconi n'est plus qu'un miliardaire lifté agitateur au service d'une opposition musclée, a-t-il menacé. A sinistra tutti. Le type qui présentait "Porta a porta" sur la RAI cette nuit jusqu'à trois heures du mat doit être en train de dormir très profondément en rêvant de chiffres, de nombre de voix, de circonscriptions, de pourcentages. Six heures durant, il a animé un débat improbable entre commentateurs cravatés, interrompu régulièrement par une nouvelle dépêche chiffrée qu'on lui apportait en mains propres sur le plateau. Il dégainait alors son stylo et annonçait les chiffres avant de poser l'addition.. A deux heures et demie, Romano Prodi est apparu sur la Piazza del Popolo pour s'adresser enfin à ses supporters gelés, fatigués, angoissés. Cet épisode m'aura donné l'occasion de renouer avec la télévision italienne, artisanale, haute en couleurs et vibrations, j'avais oublié. Et de voir quelques plans de ma chère Rome, où j'espère bien refaire un petit tour cet été, si la Villa veut bien de moi pour quelques jours.
Lundi 10 avril 2006
Reboucher le champagne?
Le CPE est mort et la victoire paraît maigre tant elle était devenue la moindre des choses. Attendons de découvrir son remplaçant pour voir si véritablement, on a gagné au change, et regardons un peu nos voisins.
La soirée d'aujourd'hui m'en rappelle deux autres : les deux dernières élections américaines. Je me souviens, à l'époque de Al Gore, m'être endormie avec France Info et m'être réveillée plusieurs fois dans la nuit, à minuit c'était Gore, à deux heures c'était Bush, à quatre heures Gore à nouveau, à six heures Bush, et puis au matin, l'indécision, et finalement Bush, Bush encore, contre Kerry même fausse joie, même incertitude, mêmes swing states du fin fond de l'Amérique WASP. Mêmes formidables élans d'espoir déçus.
L'Italie ce soir nous fait vivre le même détestable suspense, après la joie de l'après-midi, au moment où j'écris (22h), Berlusconi remporterait la majorité dans les deux chambres : au Sénat dont l'élection se fait par régions (un peu comme aux Etats Unis) et au Parlement, dont les règles du scrutin ont été modifiées il y a six mois par la majorité berlusconienne, dans le but de "tendre un piège à la gauche". Les analystes italiens parlent de "World Trade Center" des instituts de sondage. Outre le sens de la formule - discutable - ça rappelle de mauvais souvenirs. Les électeurs de Berlusconi seraient-ils aussi honteux que ceux de notre extrême droite pour ne pas oser avouer aux sondeurs leurs intentions véritables? C'est ce que commencent à dire du bout des lèvres les sondeurs italiens dépités. L'histoire semble se répéter en Italie comme aux Etats-Unis, et, toutes proportions gardées, comme en France : on réélit un homme dont on connaît les travers par coeur, un homme dont on était à deux doigts de se débarrasser, on le réélit sur le fil, pourquoi, par manque de foi en autre chose? Par peur du pire? Au moins, celui-là on le connaît. Ou bien, à choisir entre deux candidats probablement décevants, menteurs et impuissants, tant qu'à faire on choisit celui qui promet le plus. Comme chez nous, réduction de la fracture sociale, coup d'arrêt à l'insécurité, baisse de la TVA dans la restauration, baisse des impôts sur le revenu de 30% (je parie que vous l'aviez oubliée, celle-là). La surenchère du dernier débat des champions italiens promettait. Mais comment fera-t-il, le Cavaliere, si c'est lui, pour gouverner un pays peuplé pour moitié de "couillons"? Une Italie qui le hait, et qu'il méprise si ostensiblement?
Sur la Piazza del Popolo, les hourras succèdent aux huées, au fil des résultats qui s'égrennent. Un pénible goutte à goutte : tantôt le Sénat est à droite, le Parlement à gauche, tantôt l'inverse, on nous prédit un pays ingouvernable, une cohabitation, de nouvelles élections en cas d'égalité. Bref nos voisins italiens doivent avoir de bons nerfs. Il est vrai qu'ils sont entraînés, comme on dit chez nous, tu sais comment on rebouche une bouteille de champagne? Demande aux italiens... Finalement les journalistes n'avaient pas complètement tort de présenter l'élection comme une finale de coupe.
Samedi 8 avril 2006
Viva I coglioni!
Je me souviens de mon premier samedi à Rome, sur la Piazza del Popolo, il y avait une grande manifestation, avec des drapeaux rouges, et des gens qui chantaient l'Internationale, Bella Ciao, et même La Marseillaise. C'est comme ça que j'ai appris que notre hymne national est un chant révolutionnaire à l'étranger. Je me suis sentie la bienvenue, ce soir-là dans cette ville où je devais passer un an. Malgré tout ce qu'on entendait sur la politique italienne, on pouvait tomber par hasard sur des rassemblements sympathiques. Après, au fil de mon année romaine, je me suis aperçue qu'on vendait des calendriers de Mussolini sur les marchés, qu'on portait encore des chemises noires, que les supporter de la Lazio se reconnaissent au salut nazi et haïssent leurs voisins de l'AS Roma. L'Italie est un pays bigarré, morcelé, qui ne sait se réunir vraiment que derrière sa Squadra Azzura.
Cette semaine donc, entre deux manifs, deux ordonnances contradictoires sur le thème faut-il faire cours à la fac lundi, et deux versions d'un synopsis détaillé, j'ai regardé le débat Prodi-Berlusconi, un petit bout sur la RAI mais j'avoue que mon niveau d'italien ne m'a pas permis de tenir très longtemps, heureusement ce soir Public Sénat l'a rediffusé avec une traduction française. Le présentateur annonce le débat comme le "match retour" de la "coupe des champions" de la politique, filant la métaphore en désignant le journaliste "arbitre", il ne dit toutefois pas qui a gagné le match aller. A ce stade, on reconnaît bien les paillettes de la télé italienne. Pas de décolleté plongeant à l'horizon, il faut au moins parler foot pour retenir l'attention. Mais les "champions" se révèlent vite à la hauteur de leur réputation : ils ne cessent de se jeter à la figure des milliards ou millions d'euros, des bilans truqués, des mensonges, et même des insultes. Prodi cite Georges Bernard Shaw pour le fameux "s'accrocher aux chiffres comme un ivrogne à son réverbère, non pas pour s'éclairer mais pour tenir debout". Berlusconi ne comprend pas la métaphore et prend cela pour une insulte. Il en profite pour rétorquer à son adversaire qu'il est "l'idiot utile" du parti communiste. L'angle d'attaque préféré de Berlusconi, c'est d'affirmer que Prodi n'est qu'un homme de paille que les communistes mettront dehors pour prendre le pouvoir. (Au secours, les socialo-communistes reviennent pour manger vos économies.) La deuxième partie du débat me semble plus inquiétante encore : les deux candidats ne cessent de promettre à leurs électeurs de s'occuper d'eux, presque personnellement, paternellement. Si vous votez pour moi vous gagnerez tant sur votre salaire, tant sur les allocations familiales, oui mais avec moi vous ne paierez plus d'impôts si vous êtes père de famille, et les jeunes auront des aides à la création d'entreprise, et les vieux des réductions d'impôts, et les transports et le théâtre gratuit (je n'invente rien), un crédit pour acheter la maison, etc. Une surenchère incroyable entre deux candidats qui perçoivent leur électeurs comme des consommateurs seulement préoccupés de leur portefeuille. A ce jeu-là, c'est sûr, Berlusconi est le plus fort, et Prodi est obligé de battre en retraite : dans son "appel final" il essaie de faire passer un message idéologique (le premier de la soirée): on ne peut être heureux que si les autres le sont aussi. Berlusconi, lui, poursuit de plus belle en promettant la supression de la taxe foncière. Ca tombe bien, à ce moment de la soirée, personne ne peut plus l'interrompre pour lui demander comment il compte financer cette mesure. Le lendemain, il traitera les électeurs de gauche de "couillons". Il faut vraiment être couillon pour élire un type qui s'occupera du bonheur du voisin. On connaîtra la suite dimanche soir.
Dimanche 2 avril 2006
ou
Rions un peu avec la frature sociale
J'ai eu mon premier PC à 13 ans, mais n'ayant fait que du traitement de texte (à vrai dire le mot traitement est en trop) pendant les sept ou huit premières années, je me suis trouvée bien dépourvue quand internet est venu. Avant même mon premier abonnement, j'ai tâté de la mésaventure informatique, en renversant par mégarde un verre de Cap Corse sur le clavier de mon ordinateur portable, sabotant du même coup le disque dur et trente pages de Viande, dont je n'avais nulle sauvegarde, et que j'ai du réécrire - je venais de signer chez Grasset, je devais rendre le manuscrit incessamment, c'était un cauchemar, je suis allée à la FNAC en pleurant pour qu'on me prête une bécane, ils l'ont fait (j'avais fait ma première signature à la FNAC trois mois plus tôt). J'ai tout tenté pour récupérer mes données, mais impossible, le Cap Corse est un apéritif très sucré, et le sucre, ça bouffe les composants électroniques. Depuis j'ai la chance d'avoir à mes côtés quelques spécialistes dévoués qui sauvent régulièrement mes machines, mes textes, me fournissent des antivirus et foutent en l'air quelques soirées par an à reconfigurer Live Update, désinstaller des logiciels espions etc. La mésaventure du texte perdu ne s'est pas reproduite, et pour tout dire les trente pages refaites sont sans doute meilleures que les premières (je ne dirai pas lesquelles, même sous la torture). Toujours est-il que je conserve une certaine méfiance vis-à-vis de l'outil informatique. Ce qui pose évidemment quelques problèmes, puisque l'ordinateur est mon interlocuteur privilégié, quotidien, impossible de vivre sans, pas vrai... Mais comme j'ai la chance d'être "jeune" et de fréquenter des gens plutôt au fait des nouvelles technologies, je m'en sors. Sur le fil, mais je m'en sors. Si vous êtes comme moi, nul en informatique, mais que vous êtes quand-même arrivés jusque là, regardez-donc ce qui suit pour vous décomplexer, compatir, et découvrir que l'on peut (aussi) rire avec la fracture sociale : la preuve.