Dimanche 29 avril 2007
Débattre
Si vous n'avez pas vu ou entendu le débat Royal - Bayrou, vous pouvez le regarder dans son intégralité ici . C'était un moment assez inhabituel, exceptionnel à vrai dire : pas de polémique, pas d'agression, que du fond, ambiance bon enfant et quelques plaisanteries, mais surtout des idées : le PS et le "Centre" s'entendent sur la sécurité (pas seulement de la répression, mais aussi de la prévention), sur la république et la réforme des institutions, sur l'urgence des mesures sociales, etc. Ils s'affrontent sur l'économie, libérale pour l'un, encadrée par l'Etat pour l'autre... Une intéressante leçon de politique au final, et probablement nécessaire en ces temps où les ouvriers votent à droite, où certains hésitaient entre Besancenot et Sarko au 1er tour (je vous jure) et où les petites gens se persuadent que Sarko va trouver du boulot à leurs enfants (je vous jure). Problème essentiel : la confidentialité du débat, évidemment beaucoup moins fédérateur que celui qui nous attend mercredi soir, et qui sera sûrement bien moins "bon enfant". Il paraît que Claude Bartolone sert de sparring partner à Ségolène. Il y a des moments de la journée où j'aimerais être à sa place.
Ségolène, s'il te dit qu'il faut "travailler plus pour gagner plus", dis-lui que ce projet revient à ne pas augmenter les salaires, et qu'il n'arrange que les patrons, qu'on n'a jamais vu un employé aller dire à son patron : chef, je voudrais travailler plus pour gagner plus, est-ce que vous pouvez me rajouter 1h sup par jour et augmenter mon salaire de 15%? Que l'application d'un tel projet reviendra à l'augmentation du temps de travail obligatoire, parce que c'est l'employeur qui choisit, et si l'employé ne veut pas bosser 40 heures au lieu de 35, il pourra aller se faire cuire un oeuf à l'ANPE, surtout s'il est en CNE, et qu'on peut le virer sans raison pendant ses deux ans d'essai.
S'il te dit qu'il faut revenir sur la loi de 1905 et mettre en prison les mineurs récidivistes parce que, pour Mama Galedou, ça ne fait aucune différence d'avoir été brûlée par un mineur ou pour un majeur, dis-lui que la justice n'est pas une vengeance, que la loi du talion, c'est bon seulement pour la jungle et pour Michel Sardou, que la justice, c'est fait pour donner des sanctions adaptées en fonction des crimes et des coupables, pas seulement en fonction des préjudices. Que si on l'écoute, un enfant de huit ans qui en tue un autre en jouant avec un pistolet devrait prendre perpète. Et dis-lui aussi qu'un mineur a beaucoup plus de chances de récidiver s'il va en taule... Parce que l'univers qu'il y rencontre ne l'encourage pas à se remettre en question, mais exacerbe sa violence (statistiques à l'appui).
S'il te dit qu'il faut poser la question du gène de la pédophilie... pour pouvoir éventuellement soigner les monstres qui s'adonnent à ce genre de pratique, dis-lui que justement non, on sait très bien qu'il n'y a pas de gène de la pédophilie, et que dire qu'il y en a un, c'est dire que ces gens ne sont pas soignables, pas "récupérables" (la psychiatrie ne peut rien contre la génétique), et les appeler des "monstres", c'est nier qu'ils sont des êtres humains, ce qu'ils sont qu'on le veuille ou non. Idem pour les suicidaires et les délinquants.
S'il te dit qu'il veut supprimer les droits de succession pour favoriser les gens qui sont nés dans une famille dépourvue de patrimoine, lis mon post précédent.
S'il te dit que l'Etat ne peut pas continuer à financer les filières universitaires de lettres anciennes (sic) parce qu'elles ne sont pas "rentables" et ne favorisent pas l'emploi des jeunes, dis-lui que le travail de l'Etat, c'est précisément d'assurer ce qui dans la formation n'est pas "rentable" et ne peut être pris en charge par aucun autre organisme. Que l'identité nationale, c'est par la culture qu'elle existe, et qu'elle va se perdre à coup sûr si l'Etat se met à fonctionner comme une entreprise du CAC 40. La culture, c'est justement ce qui n'est pas rentable, ce qui ne fait pas de fric, et si on ne garde de la culture que ce qui est rentable, on va se retrouver dans une société qui lira exclusivement Voici, SAS et Harlequin, le Da Vinci Code, et éventuellement Marc Levy ou Gavalda... (bon ça, ce n'est pas la peine de le lui dire, ça serait capable de lui faire gagner des électeurs).
S'il te dit qu'il n'a jamais fait pression sur la presse et que tu lui fais un procès stalinien "diabolisant", sors-lui sa lettre à Plantu.
Je m'arrête ici pour aujourd'hui.
Pour se détendre avant la confrontation, une petite chanson signée Dony Elwood, formidable chanteur camerounais qui manie super-bien la langue française.
Mercredi 25 avril 2007
Jusque dans les derniers recoins de la logique...
On n'écoute pas la télé. On se laisse bercer par le son de la voix, la belle lumière, le rythme lancinant des plans de coupe. On pique deux trois mots clés, une assertion sentencieuse par-ci par-là, et on reconstitue vaguement l'idée générale. Depuis quelques mois j'essaie de faire gaffe, d'être en éveil. Et il y a du boulot. Ce soir, un tout petit exemple au détour d'une émission : c'est Sarkozy qui défend son projet de supprimer les droits de succession. Il dit que le but de la vie c'est de laisser quelque chose à ses enfants (personnellement, j'espère que le but de la vie ne s'arrête pas là) et il ajoute qu'il veut, en supprimant l'impôt sur les successions, mettre à égalité ceux qui sont nés dans une famille où il n'y avait pas de patrimoine avec les autres. En vieille cartésienne, j'ai un problème : en quoi le fait de permettre aux gens qui ont un patrimoine de le laisser gratuitement à leurs enfants va favoriser les enfants nés dans une famille qui n'a pas de patrimoine du tout? C'est précisément le contraire qui se passe : aujourd'hui, cet impôt s'applique au delà d'un certain seuil (50 000 euros): les plus petites successions n'y sont pas soumises (50% des familles). Cet impôt dégressif a pour but d'introduire, justement, un peu d'équité entre les familles les plus aisées, qui le sont de génération en génération, et celles qui n'ont rien à léguer à leurs enfants. A ce niveau de mauvaise foi, ce n'est plus de la rhétorique, c'est de la manipulation.
Le boulot d'explication de texte, c'est aux journalistes de le faire, porter la contradiction, relever les abus et les incohérences manifestes. Qu'on soit ultra-libéral, c'est une chose, qu'on essaie de se faire passer pour un chantre du socialisme en proposant des réformes antisociales, c'est insupportable. Bien sûr, ce n'est qu'un tout petit exemple. Mais il est représentatif de l'ensemble du discours "2ème tour" du candidat UMP qui mise sur l'inattention et la crédulité des français. Si je voulais être exhaustive, je passerais ma vie à relever toutes les preuves de l'entreprise démagogique...
Mardi 24 avril 2007
Relire l'histoire
Pour une fois, je voudrais rendre hommage à Bernard Guetta, l'analyste France Inter en matière de politique internationale, que j'ai souvent trouvé de parti-pris (en général, on trouve "de parti-pris" ceux qui n'ont pas le même que vous) notamment pendant sa campagne pour la constitution européene... Mais après avoir vu hier soir sur les chaînes nationales trois repartages différents rendant hommage à Boris Eltsine comme au père fondateur de la démocratie russe, j'étais un peu soulagée ce matin d'entendre à la radio que non, Eltsine n'est pas le père de la démocratie russe et pour cause, de démocratie russe il n'y en pas, et Eltsine est pour beaucoup dans cet état de fait. Après avoir précipité la chute de l'URSS, Eltsine a bradé le patrimoine russe à quelques mafieux en échange de gros pots-de-vins, les mafieux sont devenus des miliardaires, et Elstine a prospéré sur ce terrain miné avant de léguer le "pouvoir politique" à Poutine, dont l'usage de la démocratie pourrait nous faire rigoler s'il ne charriait pas dans son sillage l'horreur des tragédies tchétchènes (la 1ere guerre de Tchétchénie a été orchestrée par Eltsine, dès 1994). La démocratie russe arrête (pas plus tard que la semaine dernière) ses opposants politiques pour "paroles extrémistes", et fait assassiner les journalistes qui poussent un peu trop loin l'investigation. Le "courage" d'opposer à la perestroïka de Gorbatchev ce genre de "démocratie" ne me semble pas mériter qu'on lui dresse une statue. Merci M. Guetta de restituer ces quelques vérités qui semblent avoir échappé à France Télévision.
Lundi 23 avril 2007
Nulle en maths
37 millions de votants.
11 323 000 / Sarkozy (report Sarkozy 100%)------------------------11 323 000
9 400 000 / Royal ----------------------------(report Royal 100%)-----------------------9 400 000
6 750 000 / Bayrou (report Sarkozy 54%)----(report Royal 46%)---3 645 000 ------3 105 000
3 825 000 / Le Pen (report Sarkozy 75 %)-----------------------------2 868 750
1 500 000 / Besancenot-----------------------( report Royal)-----------------------------1 500 000
815 000 / De Villiers (report probable Sarkozy)--------------------------815 000
705 000 / Buffet ------------------------------(report Royal)---------------------------------705 000
570 000 / Voynet-----------------------------(report Royal)----------------------------------570 000
490 000 / Laguiller----------------------------(report Royal)---------------------------------490 000
480 000 / Bové-------------------------------(report Royal)----------------------------------480 000
420 000 / Nihous (report probable Sarkozy)------------------------------420 000
123 000 / Schivardi --------?----------------------? -------------------------------------------123 000
TOTAL : -----------------------------------------------------------------19 071 750 -----16 373 000
Sans compter que les électeurs de Schivardi feront un peu comme ça leur chante, et que l'extrême gauche aura probablement quelques abstentionnistes. Les intentions de report de voix pour Le Pen et Bayrou sont annoncées par l'Ifop. Les chiffres sont arrondis à trois zéros près. A affiner, donc.
C'est loin d'être gagné, et pour tout dire je crois bien que c'est perdu. J'essaie d'imaginer ce que ça sera. Evidemment, on sera dans la rue le 1er mai et devant la télé le 2... Mais on ne peut pas retirer de force à 11 millions de personnes la merde qu'elles ont dans les yeux.
Ajout : ce soir sur France 3 un nouveau sondage sur les électeurs de Bayrou donne 45 pour Royal 39 pour Sarkozy, avec 16% d'abstention...pas suffisant pour faire la bascule.
Dimanche 22 avril 2007
22? 22!
Cette fois ils m'ont laissé fêter mes 28 ans tranquille, du coup j'ai eu de belles boucles d'oreilles bleues et un dîner intime dans un ancien château. Aujourd'hui, ils reviennent, avec leurs rumeurs et leurs menaces : on espère que tu as bien profité de ton anniversaire, parce que maintenant, on ne rigole plus.
A voté, même que c'était long, y faisait chaud, y avait foule. Tant mieux.
Jeudi 19 avril 2007
En avoir ou pas
Lassitude, hystérie collective et surtout trouille au ventre, en cette fin de campagne mon débat intérieur réduit au minimum : "mourir pour ses idées d'accord mais de mort lente" (Brassens) ou renoncer à ses idées pour ne pas mourir (tout de suite). Ai acquis quelques certitudes futiles : certains journalistes ont des couilles (Schneidermann, Demorand, et même Macé-Scarron et Laurent Joffrin) d'autres ont des dents, longues et acérées, d'autres encore ont la nuque baissée, les oeillères et le harnais (je dis que j'ai pas mal - j'ai pas mal). La liberté de la presse s'arrêterait à un doigt pointé : "on te cassera, on saura se souvenir de toi". Certains jouent gros. Les couillus et les autres ont peut-être regardé Kasparov se faire arrêter aujourd'hui par la police russe pour "paroles extrémistes". Fernando Arrabal me l'avait bien dit, les échecs mènent à tout, l'essentiel est de savoir bien choisir son adversaire.
Dimanche 15 avril 2007
Et on tuera tous les affreux (génétique de la racaille)
C'est promis c'est la dernière fois que j'en parle, mais bon, je viens de trouver l'évidente réponse à la question que je me pose depuis une semaine, à savoir pourquoi parler génétique dans une campagne présidentielle, pour faire passer quoi, et au bénéfice de qui, quand l'orateur ne maîtrise visiblement pas son sujet (c'est sûr que le but n'était pas de nous impressionner avec des connaissances rares sur le fonctionnement du cerveau, la composition du génotype et du phénotype). Question naïve je vous l'accorde puisque la réponse est évidente, elle était là sous mes yeux et je ne la voyais pas. C'est lisant le blog de Judith Bernard qu'elle m'est apparue dans sa grande simplicité splendide : si le mal est génétique, nul besoin de rien faire pour l'empêcher préventivement - c'est à dire socialement, économiquement, par l'éducation, la solidarité... Si les racailles sont nées "racailles", alors le système économico-social n'est pas à remettre en cause. Nul autre déterminisme que génétique ne les pousse à commettre des actes barbares. Et la répression est la seule réponse à apporter au mal, puisque sa causalité est totalement hors de notre portée (jusqu'à nouvel ordre). Le pédophile est naturellement pédophile. Le suicidaire est naturellement suicidaire. Et le délinquant est naturellement délinquant. Ils ne sont pas les symptomes d'une société qui va mal et qu'il faudrait restructurer, ils ne sont le symptome que d'eux-mêmes, et nous devons seulement les écarter, nous en "débarrasser". C'est vrai que ça simplifie considérablement la question de l'action politique.
(Et aussi ici.)
Samedi 14 avril 2007
L'information
Je relaye ici l'initiative de Daniel Schneidermann en vous encourageant à télécharger et lire le rapport de la CIMADE sur les procédures de régularisation des sans-papiers organisées l'été dernier par le ministère de l'Intérieur. Il faut préciser que la CIMADE n'est pas un groupe militant, pas un parti ni un lobby, mais une ONG oecuménique.
Jeudi 12 avril 2007
La nausée
Pas de mot pour décrire mon ressenti ici (surtout à partir de la 4ème minute). J'ai fini par zapper, aller jusqu'au bout est au-dessus de mes forces, surtout le matin au réveil. On y retrouve toute la rhétorique lepeniste : trivialité provocatrice, exemple nominal cas par cas, analogies arbitraires, humour auto-célébratif, stigmatisatisation des élites... Allez je zappe : comme Nanni Moretti dans Aprile, je m'énerve devant ma télé: je t'en supplie Ségolène "dis quelque chose de gauche, réagis, dis quelque chose de gauche!"
Mardi 10 avril 2007
Le gène du pouvoir
C'est vrai qu'il y a des comportements inexplicables, des comportements "pas naturels" et tellement hallucinants, tellement mystérieux qu'on n'a pas d'autre choix que de s'en remettre à la génétique : je suis génétiquement allergique au libéralisme, à la mondialisation, aux films de Bertrand Blier, aux huitres, à David Hamilton, aux agents immobiliers, à Pascal Obispo, aux andouilletes frites, aux chaussures pointues et aux stylos quatre couleurs. En revanche - toujours aussi inexplicablement - j'ai probablement hérité du gène du foie de morue, de la cigarette, de la compassion, du tourment existentiel infertile, du gène de la ville, du gène de la sémiologie, du gène de la lecture transversale, du gène du désordre, du gène de la fusion amoureuse, du gène du beau temps et aussi de celui du bloggueur sur fond bleu. J'oubliais le gène de la trouille d'être dirigé par un type qui aurait le gène présidentiel... c'est vraiment dommage qu'on ait encore rien trouvé pour venir à bout de cette pathologie douloureuse.
Contester ou inventer une vérité scientifique, c'est un exercice politique vieux comme le monde, Gallilée en a fait les frais il y a bien longtemps, Hitler nous en a laissé des souvenirs cuisants, et plus récemment Georges Bush avec l'effet de serre qui n'existait pas, la couche d'ozone qui ne risquait rien. W a d'ailleurs fini par reconnaître son aveuglement il y a peu.
Pour les nombreux problèmes génétiques relatifs à notre ex-premier flic de France, le désarmant blog de Daniel Schneidermann.
Pour les analyses sémiotiques et sémantiques, le BBB dans son ensemble, qu'il faudrait lire tous les jours.
Samedi 7 avril 2007
Reportage
Au bénéfice du doute... la Cour d'Assises des Alpes Maritimes a acquitté hier Jérôme Verrando, comme il y a quelques temps son oncle, Alain Verrando, pour l'assassinat de Pierre Leschiera, le "berger de Castellar", il y a 16 ans. Avec Jérôme (l'autre, le mien), aujourd'hui, nous avons pris le temps de faire une ballade qui nous taraudait depuis longtemps : une virée à Castellar.
Castellar est un petit village à flanc de montagne, au bout d'une route en cul de sac, au-dessus de Menton. Il ressemble aux autres villages de l'arrière-pays niçois, un cimetière à l'entrée - où nous avons compté au moins trois tombes "Verrando" mais pas de Leschiera - une chapelle médiévale, une plaque commémorative aux soldats de First Air Force qui ont libéré le village en 44, une autre en mémoire d'une femme brûlée comme sorcière au Moyen-Age, une troisième, devant la mairie, aux "enfants de Castellar" partis en Kabylie pour conquérir, en hommage à "leur esprit pionnier"... En face de la mairie, les panneaux électoraux sont encore vides, sauf le numéro 12 où trône un Sarkozy solitaire immatriculé "Tout devient possible". Nous nous installons en terrasse au bar-restaurant-hôtel de la place. Nos voisins nous dévisagent (on s'y attendait, à vrai dire) et baissent la voix. Un homme dit : "j'ai dormi deux heures cette nuit, trois la précédente, et quatre avant-hier." Et puis il ironise sur le fait qu'il y a quatre bars à Castellar "c'est ce que dit Nice-Matin"... Allusion aux déclarations incendiaires de Laure Leschiera, la fille du berger assassiné, 23 ans aujourd'hui, qui dit que Castellar est un village d'ivrognes : la preuve c'est que les 800 habitants du village parviennent à faire vivre quatre bars. Le gros rouge qu'on nous a servi au restaurant n'était pas terrible (euphémisme)... Et bon, il a fallu le demander deux fois.
Le village est étonnamment jeune. La population, mais aussi les maisons, modernes et nombreuses. Un chantier sur la route témoigne de la bonne santé immobilière de la commune. Probablement un chantier Verrando, puisque les Verrando sont maçons, et très influents dans le village. Nous n'avons pas croisé Laure, qui tous les jours emprunte, ici même, le chemin de la discorde - celui que les Verrando refusaient à son père, qui y faisait transiter son troupeau. Laure fait figure d'héroïne, sorte de Manon des Sources, d'Antigone moderne qui tient tête, qui n'a jamais quitté son village malgré la tension constante, depuis 16 ans que son père y a été assassiné. Elle s'est effondrée hier soir à l'énoncé du verdict.
Nous avons croisé, en revanche, Alain Verrando, un peu vieilli, barbu de trois jours, et très entouré. Une voiture belge le dépose sur la place. Il traverse la place avec une femme, sonne à une porte. Une autre femme ouvre, discute un peu, rejointe par d'autres gens. Puis Verrando disparaît derrière la grille d'une maison voisine. Fin de l'apparition. Au musée du village, nous nous attardons sur les photos d'un squelette datant du néolithique, retrouvé lors d'une fouille et exposé à Monaco sous le nom "homme de Castellar". L'homme de Castellar, emblème du village, est décidément un cadavre.
Boire un café à l'intérieur du vieux village est finalement assez sympathique. On y croise une petite fille à rollers, et une autre, plus jeune, que sa maman prépare pour "la chasse aux oeufs de paques" organisée dans le village l'après-midi. Il est singulier de jeter un coup d'oeil au journal du jour qui trône dans son présentoir à l'entrée du bar-tabac, et qui fait sa une sur Castellar, trou perdu, cul du monde, et centre récurrent de l'attention générale. Nous nous sommes promis de ne pas aborder le sujet, de ne rien demander à personne. Si les gens nous regardent de travers c'est qu'il nous prennent pour des journalistes, ou pire, pour ce que nous sommes : des curieux venus tâter l'ambiance en ce jour de gueule de bois collective. Le soir, en rentrant, nous revoyons l'émission que Christophe Hondelatte avait consacré au "Berger de Castellar". Nous retrouvons l'omerta des villageois, les deux clans qui divisent Castellar : celui des chasseurs, influents et hauts en couleurs, celui du berger, droit et déterminé. La montée de la haine. Les chiens qui égorgent les brebis (150 en 4 ans). Le berger qui finit par tuer des chiens. Et puis les deux décharges de chevrotine. Il faut le voir pour le croire :
Faites entrer l'accusé 1 2 3 4
Lundi 2 avril 2007
Blonde on Blonde
Revu Faces, après Opening Night à la cinémathèque il y a peu, puisque je fais travailler mes étudiants dessus. Je commence à voir venir le jour où personne n'aimera plus les films de Cassavetes, parce qu'on les trouvera longs, et qu'il s'y passe assez peu de choses. Je goûte tous les plans de Gena Rowlands avec délice. Je guette Seymour Cassel et je me marre en me rappelant qu'on l'avait rencontré à Cannes, avec Caroline. Dans le hall du Noga Hilton, elle me montre un moustachu sur le retour, accoudé à la rambarde, au-dessus de nous : putain c'est Seymour Cassel. Il se retourne, nous fait signe de la main, s'approche un peu : "Do you like Cassavetes' movies?" -Yes, on a répondu. C'était il y a dix ans. Dans Faces, Cassel ressemble à un Claude François sous amphètes. Péroxydé, excellent et insupportable. Je lis Trois Femmes, petite oeuvre théâtro-poétique de Sylvia Plath, très joli livre offert par Laurent samedi soir. Sur la photo elle a l'air terriblement en bonne santé.