26 décembre 2008
Retour au pays natal
Au début il y a quand même beaucoup ce genre de choses dans ma tête. J'avais oublié que le soleil réchauffe. J'avais oublié le confort de connaître chaque coin de rue comme sa poche. Puis j'ai commencé à prendre des photos, dans l'anticipation de perdre chaque chose, n'en voir aucune.
17 décembre 2008
Salade niçoise - recette traditionnelle
Me suis précipitée ce matin pour regarder en différé la prestation du Maire de Nice au Grand Journal. J'attendais que Jean-Michel Aphatie lui balance son cumul de mandats (il a finalement réussi à caser son bras droit à sa place au Conseil Général), et son affaire de logement de fonction... Mais ce fut très tranquille. Une ou deux phrases définititves, du genre "les jeunes sont le plus bel avenir de notre pays" (sur les manifs lycéennes) et aussi "Nice est à 25 minutes de Vintimille" (sur le travail dominical). Je laisse à mes lecteurs niçois le soin d'apprécier la vitesse des voitures officielles. Tout ça était très revigorant, à la veille des vacances, Nice est délicieusement égale à elle-même. Personne ne lui a demandé pourquoi il avait augmenté les impôts locaux de 15% après avoir promis qu'il ne les augmenterait pas... Mais évidemment, ce doit être la faute de son prédécesseur. As usual.
La bonne nouvelle, c'est que le Procureur de Montgolfier risque fort d'être acquitté dans l'affaire qui l'oppose au directeur de la prison. Je ne sais pas comment il fait pour tenir à Nice depuis si longtemps, gros mystère pour moi. Toujours est-il qu'il faut avoir une carapace en acier et une conviction "chevillée au corps" comme dit l'autre, pour endosser le rôle de poil à gratter et le tenir ainsi contre vents et marrées. Je me souviens d'un documentaire où il racontait son arrivée à Nice : dès le premier soir il est invité à un Loto dont il gagne étrangement le gros lot : un voyage en Corse - qu'il s'empresse de refuser. Puis on lui propose de l'aide pour se loger, il refuse encore. On offre un beau foulard à sa femme. Les stratégies sont devenues moins amicales par la suite. Ca fera bientôt dix ans.
15 décembre 2008
Bravo les petits!
Ce n'est pas une manière condescendante de traîter les lycéens qui s'affairent à faire reculer le gouvernement, mais plutôt une marque d'affection que j'emprunte au commentaire rugbystique. Ce matin, la nouvelle du recul de Darcos à la radio a éclairé ma journée (et il en faut, au delà de 15h30). Ca m'a rappelé de bons souvenirs aussi (1993, 95) et même si je sais que le recul est seulement temporaire (ils la feront passer cet été leur réforme de merde) toujours ça de gagné, et surtout l'occasion de vérifier que le Président est capable de reculer, en temps de crise, avec la Grèce qui flambe à l'horizon, il a beau être têtu, il est pas suicidaire. A Prague on a vaguement entendu des bruits de manifs depuis notre mansarde. Assez rare ici pour attirer l'attention. Lu ensuite sur Radio Prague que 200 manifestants anti-racistes avaient protesté contre les récentes échauffourrées de groupuscules néo-nazis.
13 décembre 2008
La maman et la putain
Ca faisait bien vingt ans que je n'avais pas mis les pieds au rayons des jouets, et j'en entendais parler tous les ans, chez la very correct Isabelle Giordano de France Inter, il y avait les jouets pour les filles et ceux pour les garçons et on essayait vaguement de combler le fossé qui existait entre les poupées pétasses et les armes de destruction massives, mais rien n'y faisait, les petits garçons se sentaient moqués quand on leur donnait du rose, et les filles faisaient la gueule devant les sous-marins nucléaires. Je m'étais dit qu'en Tchéquie ce serait peut-être différent, et qu'on aurait peut-être fait des progrès depuis le temps, mais non, les rayons étaient justes un peu moins vastes, au moins dans le magasin que j'avais choisi, et le choix plus restreint. J'étais en train de maudire ce monstre de société qui proposait aux fillettes des ombres à paupières et du vernis à ongles, me demandant à quel âge la nouvelle miss France avait avait commencé à rêver d'être miss France un jour, et je suis tombée nez à nez avec un seau miniature, sa mini-balayette et sa mini-serpillère, et je me suis enfuie en courant. Il y avait aussi deux trois poupons qui semblaient à tout prendre l'alternative la moins dégradante. Je me demandais comment j'avais fait, comment on avait fait, mes copines et moi, pour échapper, pour n'être ni pétasses ni femmes de ménage et même pas mères de famille, alors que la société avait insisté si fort. A bien y réfléchir, on devait être un peu les trois selon les jours, mais pas que ça, dieu merci, pas que ça.
8 décembre 2008
Passant de Prague
Les cafés sont des lieux littéraires, ma fréquentation des cafés a toujours été doublée d'une quête étrange d'intertextualité, comme dit mon père après Cocteau, "il faut faire chanter son arbre généalogique" et s'asseoir dans un café a souvent été la manière la plus commode, et peut-être aussi la plus voluptueuse, de se chercher des aïeux littéraires. A Vienne j'ai mis les pieds la première fois au Hawelka dans les traces de Miller (H.), au Braünerhof dans celles de Bernhard, au Landtmann dans celles de Freud. Entrer dans un antre adoubé par d'autres est une manière de postuler à leur adoubement. A Prague les vieux cafés ont tous été plus ou moins fréquentés par Kafka, plus récemment par Havel, et le Café Cubiste était un peu à part du fait de sa longue fermeture (en gros, de 1920 à 2002). Pourtant, en tapant "Kubista Kavarna" sur Google je suis tombée sur l'introduction de Vila-Matas à ses Explorateurs de l'abîme, ça m'a fait bizarre. Je n'ai jamais lu Vila-Matas et son texte résonne en moi comme un hasard objectif. Un adoubement que je ne suis pas venue chercher, mais qui me colle sacrément aux talons, et jusqu'aux fesses enfoncées dans une des banquettes qui donnent sur la rue Ovocny.
7 décembre 2008
Politik kills
Les députés européens ont rendu visite à Vaclav Klaus cette semaine au Château de Prague, et on a eu un petit aperçu de la rhétorique du Président tchèque. Je vous conseille vivement l'altercation avec Cohn-Bendit, assez drôle, enfin drôle-jaune. Le type qui dit :" la dernière fois qu'on m'a parlé comme ça, c'étaient les communistes" (ça c'est son argument phare, de Sarkozy à Cohn-Bendit, tous ses contradicteurs ont quelque chose en eux de soviétique). Et en même temps : "ici vous n'êtes pas à Paris sur les barricades", comme si la liberté d'expression s'était arrêtée à Paris en 68. Vraiment tordu comme rhétorique, surtout pour un Tchèque qui devrait savoir ce que ça veut dire, la liberté d'expression, et combien elle est précieuse. Je commence à comprendre ce qu'il y a à redouter de la présidence tchèque de l'Union. On va rigoler, mais pas seulement. Et ça n'a rien à voir avec la taille du pays. Je n'étais pas une fervente supportrice du Traité de Lisbonne, mais disons, pour des raisons opposées à celles que brandit le Président tchèque. En France, les libéraux soutenaient la Constitution européenne parce qu'elle allait favoriser le marché. Ici, la moindre règlementation passe pour une réminiscicence soviétique, dans la bouche de Klaus tout spécialement.