Dimanche 29 janvier 2006
L'Amérique
Plusieurs personnes avisées m'ont déconseillé d'évoquer ici ma passion des courses de chevaux, jugée bien peu littéraire. Qu'importe. Le monde hippique me semble tout au contraire receler une poésie exemplaire, ne serait-ce qu'onomastique. Les chevaux sur lesquels je m'apprête à miser quelques sous aujourd'hui ont pour nom Joyau d'amour, Malabar Circle As, Echo dei Veltri, Kazire de Guetz, Mara Bourbon, et quelques autres, plus évocateurs encore, mais aux chances incertaines : Nijinski Blue, Ni ho ped d'Ombrée, Scarlet knight... Sans compter le favori, sur lequel on ne joue même pas tant il est peu spéculatif : Jag de Bellouet. Car l'univers mental du parieur tient aussi du théâtre de l'absurde : on sait, la plupart du temps, lequel des canassons va l'emporter, mais on n'engage pas son argent dessus, cherchant de meilleures cotes, dans l'espoir de remporter plus, on prend ainsi le risque sérieux de perdre. A tenter le miracle, pour se payer le luxe de quelques instants d'un espoir myrifique, on en oublie l'évidence et le PMU s'enrichit. Car le pari tient aussi du cynisme boursier jusqu'à l'indécence : ce que l'on gagne, c'est ce que les autres perdent, ce que les pauvres cons qui n'ont pas misé sur le bon cheval vous abandonnent à vous, clairvoyant pronostiqueur. Ce que j'aime aussi dans les courses, outre la beauté tranquille de l'hippodrome de Cagnes sur mer, son horizon maritime, ses vols d'étourneaux, c'est la magie urbaine désepérée, la pauvreté des parieurs prêts à tout, à miser leur RMI sur une course, pour cet espoir insensé de se sortir de la merde, quitte à s'y enfoncer jusqu'au cou. Rêver à l'Amérique. Et le mois de Février sera difficile pour beaucoup, de s'être payé cette frénétique tranche de rêve. A l'heure qu'il est, qu'importe, les parieurs fous sont riches de cette euphorie déraisonnable. Jusqu'à 15h45, le rêve américain opère.
Jeudi 26 janvier 2006
Reprise
C'est très curieux de sortir un livre. Il se passe plein de choses, on voit des gens, on parle, on fume, on boit (enfin, ça, on n'est pas obligé) on a du mal à manger, à dormir, du coup on maigrit (ça c'est le bon côté des choses) on est sur les nerfs, fatigué, et parfois, si on a un moment de répit, au lieu d'en profiter on trouve ça insupportable, on a l'impression de se perdre, de se dissoudre. C'est une vraie drogue, ce truc. Etre dans le livre, tout entier consacré à ça. Emmerder tout le monde avec ça. Après deux jours de répit un rien morose, les affaires du livre reprennent donc, et l'euphorie fébrile qui va avec. Ce matin La méthode Stanislavski se fait écharper dans le Nouvel Obs, par le même Jean-Louis E. qui n'avait pas lu le livre il y a dix jours sur France Inter. (puisqu'il récidive, je vais y aller de son nom en entier: Ezine, et la prochaine fois ce sera une photo de l'homme encasquetté, bleu de travail Chanel, bricolant une soudure autogène sous un lavabo fuyant... oui, l'homme aime à se vanter de ses connaissances en soudures) Eh bien il ne l'a toujours pas lu, ce livre. Outre sa haine des metteurs en scène, il met cette fois en exergue une épidermique allergie aux trains. Et se hasarde à évoquer les scènes d'amour, trop peu érotiques à son goût... J''ai passé trois ans de ma vie avec La méthode Stanislavski, et même en y revenant, je suis bien en peine de les trouver, ces scènes. A moins qu'il ne s'agisse du baiser chaste et néanmoins brûlant de la page 294... Si Monsieur Ezine avait consacré le quart de l'énergie qu'il met à m'enfoncer (oui, oui, j'y tiens) à me lire, peut-être aurait-il retenu (p. 222) que "C'est l'unique supériorité de l'écrivain sur ses interlocuteurs: être capable de déceler s'ils ont lu ou non ses livres". L'entreprise de décèlement a été parfois bien plus ardue... Bref si Monsieur Ezine, dont il m'arrive d'écouter les brillantes chroniques à la radio, voulait bien avoir la correction de lire mes livres avant d'en dire n'importe quoi de désagréable en s'inspirant de la 4ème de couverture... il me semble que c'est le minimum qu'on puisse exiger d'un critique littéraire.
Lundi 23 janvier 2006
Madame U.
Madame U. est une petite vieille que j'ai rencontrée il y a un peu plus d'un mois. Elle a 91 ans, elle est en fauteuil roulant, elle a le visage fin et des yeux tristes, et quand elle me voit il lui vient un sourire qui donne du sens à ma journée. Sa vie est une longue suite de malheurs : elle est née en 1914, à l'assistance publique à neuf ans, elle a travaillé jeune dans les champs de coton. Elle a connu la misère de la guerre en Italie, s'est mariée, est venue en France. Elle a eu un fils qui est mort à l'âge de 28 ans, puis elle a perdu son mari, puis son petit-fils. Elle n'a plus de famille, plus de raison de vivre et seulement deux dents. Elle me dit souvent que j'ai de belles dents. Elle souffre, mais elle ne se plaint pas. Elle a de l'humour. Et un sourire espiègle qui me rappelle celui de ma grand-mère. Je vais la voir deux fois par semaine, pas par altruisme, mais parce qu'elle me fait du bien. Je me souhaite que sa vie soit encore longue.
Dimanche 22 janvier 2006
Journée au club de tir; après une semaine mouvementée, rien de tel que d'assassiner virtuellement vos ennemis sur une cible fixe à 25 mètres, en pleine campagne, avec des gens sympathiques. Quelques bonnes séries. Sinon, Jag de Bellouet a gagné le Cornullier contre toute attente, ce qui augure bien du Prix d'Amérique. Michel Sardou refuse de "travailler gratuitement" et qualifie sa musique de "bien public". Un jeune corse s'est fait exploser à Aix en Provence, kamikaze involontaire définitivement tragiquement absurde. Pas eu le temps d'aller voir Vêtir ceux qui sont nus, la plus belle pièce de Pirandello, à l'Alphabet -ce sera pour la semaine prochaine. Ni d'aller à la manif contre la soupe identitaire infâme qui sévit à Nice. Jérôme travaille une Gnossienne de Satie que je fredonne du coup toute la journée. Lu le Ravel d'Echenoz, qui est un grand livre.
Jeudi 19 janvier 2006
I was on mars
A Paris deux jours, pour enregistrer une émission toute nouvelle de France 4 dans une boîte branchouille, avec six cameras, deux travelos, un Jean-Pierre Daroussin hirsute et Stéphane Guillon en retard (et non moins hirsute). Parlé chiffons en attendant le maquillage. Bu alternativement du vin, du Coca Light, de l'eau, du café, perdu un parapluie, fumé 450 cigarettes. Stéphane Blakowski parle du livre avec un enthousiasme et un débit incroyables. Un type d'Act Up sommé de justifier sa campagne de pub assure qu'il n'a "rien contre Sarkozy". Un jeune de l'UMP répond qu'il n'a "rien contre Act Up". Un taxi gratuit, l'avenue Montaigne, des gens de cinéma, trois bouteilles de Château-Margaux, des tueurs en série jusqu'au gosier, des coups de fil jusqu'à deux heures du matin après le diffusion de Vol de Nuit, un rendez-vous manqué, un autre réussi, des gobelets en plastique, de la grande musique, un avion retour modifié trois fois, des nouvelles de Jodorowsky, Polly Jean Harvey dans mon MP3.
Lundi 16 janvier 2006
Le goudron et les plumes
Se faire assasiner au "Masque et la Plume", émission légendaire pour sa cruauté et ses bonnes tranches de rigolade (on ne rit pas avec toi, mais bien de toi, chérie) c'est un peu le bizutage obligatoire de l'auteur qui tente, par d'honnêtes moyens, la plupart du temps, de se faire lire. Or, se faire lire, pour les joyeux drilles de France Inter, sonne un peu comme "se faire voir" ou dans les cas extrêmes "se faire mettre". Comme Sartre soulignait justement que "le rapport de l'auteur au lecteur est analogue à celui du mâle à la femelle", les critiques "mis" se sentent obligés, pour sauver leur dignité, de "mettre" à leur tour. Comme ils ne sont pas, hélas, généreusement pourvus, ils s'y mettent à plusieurs, organisant des "tournantes" - à qui met le plus profond. La palme revenait hier soir, pour ce qui me concerne, à la seule femme de la troupe, Olivia de L., dont le palmarès de journaliste à ELLE lui permet de mépriser ostensiblement, et même avec une étrange animosité, "l'étudiante appliquée" que je suis. Un brin de mesquinerie, peut-être, toute féminine, il est vrai. Ses collègues, plus francs du collier, me reprochèrent aimablement mon snobisme et ma vacuité. C'est c'uy qui dit qui est, avais-je envie de répondre, mais Jean-Louis E. qui n'avait pas lu le livre, en dénigra le sujet : un metteur en scène! Un metteur en scène, ah ça non, c'est détestable! Qu'on parle de l'auteur, ou de l'acteur, soit, mais le metteur en scène, beurk, pitié pas le metteur en scène. Ce qui prouve au passage que le monsieur ne s'intéresse guère au théâtre, car depuis le début du XX ème siècle il ne s'y passe rien qui ne passe par le metteur en scène. Et qu'il n'a pas lu le livre, l'héroïne y est bel et bien écrivain. J'ai donc rejoint le cortège des grands hommes - et femmes - qui ont eu l'honneur de se faire mettre un dimanche soir dans cette émission légendaire, et mes compagnons d'infortune n'ont rien, mais vraiment rien à envier à leurs détracteurs : Antoine Volodine, Jean Rouaud, Atom Egoyan, Abel Ferrara...
Samedi 14 janvier 2006
Derrière Laporte
J'ai déjà parlé ici de mon amour du rugby. Lorsqu'il m'arrive d'apprendre quelque chose de désagréable à propos de mes héros Fabien Galthié, Frédéric Michalak, Christophe Dominici, Serge Betsen ou notre cher sélectionneur Bernard Laporte, ça me fait du mal. Mais voilà, c'était inévitable que ça me revienne aux oreilles, un beau jour, même si je n'ose encore le croire il va bien falloir que je me rende à l'évidence : Bernard Laporte, l'homme au chewing-gum et à l'accent tonique, l'homme du Grand Chelem, soutient Nicolas Sarkozy. Et ça me pince le coeur de devoir l'écrire ici. Parce que Sardou, Barbelivien, Clavier, Reno tout ça, je m'en foutais pas mal, qu'ils confondent l'urne et l'urinoir, mais là, ça me fait l'effet d'un raffut bien placé. En attendant la coupe du monde de 2007 (qui tombera heureusement après la présidentielle), je lancerai bientôt une pétition pour la réintégration de Pierre Salviac au sein du service des sports de France 2, parce que je l'aime, Pierrot, il me manque, ses jeux de mots, ses vannes, son exigeance me manquent. Je ne comprends pas la haine dont il a fait l'objet, si Bilallian ne le reprend pas, j'espère qu'il sera à TF1 en 2007 pour nous commenter l'ascension de nos glorieux bleus. Et j'espère qu'il ne va pas se mettre, lui aussi, à porter à droite.
Jeudi 12 janvier 2006
Cadeau de Noël
Le 25 décembre dernier Fernando Arrabal m'a envoyé un mail qui devait demeurer "ultra-confidentiel". C'était mon plus beau cadeau de Noël. Le texte est publié aujourd'hui dans L'Express. La chronique du grand maître, dont j'ai l'honneur d'être ce jour l'héroïne.
ARRABAL
La romancière qui s'était assise sur mes genoux
Comme j'ai été intrigué que Claire Legendre, la romancière qui s'était assise sur mes genoux, écrive: "Papy croit que je suis encore vierge", comme moi-même je l'avais cru jusqu'à aujourd'hui. Comme j'ai été intrigué de constater que le personnage masculin (vivant) de son dernier roman habite précisément dans la chambre (le pavillon) où j'avais séjourné, à la Villa Médicis, lors de ma dernière visite à Rome. J'y avais disputé plusieurs parties d'échecs avec Enrico Baj. Le peintre avait d'ailleurs remarqué qu'il n'y restait aucun souvenir du tableau de Vélasquez inspiré des jardins, aucune trace non plus de la longue présence espagnole dans la Villa. Dans le roman défilent quelques-unes de mes connaissances, depuis les parents de l'auteur jusqu'à Boris Vian ou Doubrovsky. Quant au "fascinant tigre" et très jeune tueur en série, je ne l'ai jamais rencontré, mais deux de mes amis poètes galiciens (Rivela et Onan) s'étaient entretenus avec lui lors d'un long voyage en train. Claire (très éclairée sur la photo de couverture) perd son prénom sur le bandeau qui entoure le livre. J'ai toujours appelé son père Legendre tout court ; le metteur en scène plein de talent et d'intuition (bien qu'il n'ait « jamais aimé Simenon ») qui venait aux répétitions de mes pièces accompagné d'une délicieuse fillette. J'ai lu et relu le dernier roman de cette jeune surdouée, "La méthode Stanislavski" (Grasset 2006), qui m'a tenu en haleine. Je le dis clairement: Rome demeure l'unique objet de mon assentiment.
Mercredi 11 janvier 2006
Dans les bacs!
Ca y est, La Méthode Stanislavski est en librairie. Peut-être pas encore sur les tables, mais dans les cartons des libraires, c'est sûr, et déjà accessible sur Amazon et Fnac.com. Plusieurs signatures prévues à Nice. Ca me rend euphorique, et anxieuse aussi. Je n'ai pas le coeur à parler de la marche du monde, de la bivalence des profs judicieusement imaginée par Gilles de Robien (Jérôme refuse catégoriquement de passer un second CAPES en histoire), de la chute réjouissante de Sarkozy dans les sondages, du conservatisme de Ségolène, de l'interview de Mylène Farmer ou de la construction nucléaire en Iran. Je l'avoue, aujourd'hui j'ai juste envie de boire du Saint-Emilion en regardant les canards sauvages traverser le ciel (ils volent toujours vers le nord, pourquoi? quelqu'un peut m'éclairer?). Le 11 janvier 2000, Sid Ahmed Rezala a été arrêté par la police, après trois meurtres, une cavale de plusieurs mois, et une psychose généralisée parmi les usagères du réseau SNCF, dont je faisais partie. Le 11 janvier 2000, je m'en souviens, je prenais l'avion pour Rome - précisément pour éviter le train - et j'ai vu sa photo dans la presse, entre deux flics, les yeux rouges. Le roman a commencé là. Il m'aura fallu six ans, jour pour jour, pour lui donner forme.
Samedi 7 janvier 2006
Words
Voici un peu plus de quatre mois que ce site existe, et vous êtes de plus en plus nombreux à m'y rendre visite. Chaque matin, avec Jérôme, nous regardons les statistiques en buvant le café, et nous avons une attention particulière aux "referer words". Certains internautes connaissent déjà l'adresse du site, d'autres le cherchent sur Google. D'autres encore, et c'est là que ça devient drôle, tombent dessus par hasard. La "referer phrase" la plus répandue est "claire legendre". Jusque là, tout est normal. Ca commence à déraper avec la deuxième : "michalak nu", qui a depuis longtemps dépassé "stanislavski" et ça ne va pas s'arranger avec le tournoi des six nations qui commence le mois prochain. Eh oui, j'ai écrit une nouvelle, Les Fondamentaux, qui parle de rugby, on ne s'étonnera donc pas de retrouver Frédéric Michalak sous toutes ses formes, du jusqu'au boutiste "michalak tout nu" au mignon "michalak célibataire", au trop curieux "michalak et sa copine anaïs" en passant par le voyeur "pub nike michalak" et j'en passe, les rugbymen reviennent avec "les dieux du stade", "galthié", "dominici" ou le pointu "garbajosa nu". Le numéro 3, c'est Stanislavski, avec ou sans son prénom, sa "formation de l'acteur" son "système" ou sa "mémoire affective". On trouve ensuite "nina bouraoui" elle aussi accompagnée de ses déclinaisons "émission avec", "dédicaces" ou le plus indiscret "copine"... Puis "guillaume dustan", talonné de près par "jérôme bonnetto" ou encore "michel borla". Ca devient bizarre si l'on considère que trois internautes ont tapé "je suis une vraie salope", deux "biographie de jan-luc lagardère" (ils ont dû être déçus, ceux-là), deux "actiskénan" (un médicament à base de morphine). C'est franchement glauque avec "castration du chien photo", et plus loin dans le classement "pénétration chien sur femme" ou encore "éjaculation sur maman" (je jure que je n'ai écrit ça nulle part). Franchement pathétique le "changer la couche à un autiste de sept ans" en provenance du Liban. Je terminerai avec le laborieux "oh oui encore enfonce nike moi" qui nous a bien fait rire. Maintenant au moins, si vous tombez ici en ayant cherché tout ça, je saurai pourquoi.
Jeudi 5 janvier 2006
La bête humaine
Quand on parle de ma jolie ville de Nice aux infos nationales, c'est toujours pour des trucs super funs, après la soupe au lard, le dernier fait de gloire en date c'est le train Nice-Lyon, ses agressions, son viol, son horreur, sa psychose nationalisée. Et moi je suis là à expliquer ma fascination pour un serial killer estampillé SNCF, c'est très génant, abject, évidemment. En même temps, c'est là-dessus que j'ai écrit, la réalité qui rattrape, qui dépasse la ficion, le boomerang du réel, qui fait qu'on ne peut plus écrire, qu'on est toujours coupable d'avoir écrit, d'avoir utilisé la laideur du monde pour en faire des livres, et le monde n'en est pas moins moche. C'est sûr, en dénonçant les choses on croit toujours un instant, on a cet orgueil démiurgique de croire qu'on va pouvoir les arrêter. On le sait, pourtant, que depuis Orange Mécanique et Soudain l'été dernier, la face du monde n'a pas changé. Le directeur de la SNCF parlait de rembourser les billets à 1,20 euros. Sarkozy de créer une police ferroviaire. Après l'épisode du tueur des trains, on avait déjà inventé les wagons-couchettes réservés aux femmes. La prochaine fois, on mettra des caméras. Nice, c'est tout près de Monaco.
Mercredi 4 janvier 2006
Public relations
Une journée à Paris. L'enregistrement de Vol de Nuit, je me mordille les doigts, les lèvres, je dors 3 heures la nuit qui précède et comme je prends l'avion tôt le matin, je ne suis pas flambarde en arrivant. Un café avec Caroline, qui travaille au montage-son de son film, Philippe Garrel a eu le prix Louis Deluc, Caro travaille comme assistante sur un film qui parle de théâtre. En partant, elle me dit merde et je saute dans un taxi. A la maison de la radio, il y a 5 portes. Ca me laisse le temps d'écouter un Morcheeba tout doux pour me calmer les nerfs. Long couloir tapissé de photos d'acteurs des 50's. Respire. Amuses-gueules, verre de rouge. Impossible de manger, j'ai l'estomac en boule. La maquilleuse, super sympa, me fait remarquer que j'ai des boutons, la vipère! au moment où je suis toute tremblante de trac, c'est toujours bon pour l'ego. Le coiffeur me raccommode - vous avez de beaux cheveux. Dans la salle de projection, des journalistes, des attachées de presse, des écrivains célèbres, je cherche une cigarette, une autre, une autre, je ne sais pas trop où m'asseoir. Mon attachée de presse est la fille la plus élégante du 6ème arrondissement, oui mais c'est moi qui passe à la télé, c'est à moi d'assurer, de sourire, de dire des choses intéressantes et pas trop de conneries. Et puis il y a Yves Simon qui a aimé mon livre, et aussi Catherine Clément, je dois rougir, c'est sûr, les compliments ça me donne des bouffées de chaleur, je ne sais pas quoi répondre, je dis que ça me fait plaisir - ils ne savent pas à quel point c'est vrai, que ça me fait plaisir. Là, c'est bon, le moral est tout regonflé - le compliment, c'est le collagène de l'ego. Ca va bien, ça va bien, je dois me le répéter plusieurs fois pour vérifier que ça marche. A chaque fois, comme avant de monter sur scène, je me dis comment ai-je pu me mettre dans cette situation? Et j'y vais, faut y aller. Un scotch sur la poitrine pour tenir le micro. La cohorte des photographes entre sur le plateau, un échantillon de Cannes : "Mademoiselle Legendre, regardez-moi s'il vous plaît, Mademoiselle, pour moi, ici, Mademoiselle Legendre, s'il vous plaît..." et moi je souris, je tourne la tête, je les regarde, je pose, c'est débile et c'est trop bon, ces quelques minutes à se prendre pour une starlette, j'avais oublié ça. La voix dans les hauts-parleurs nous souhaite une "bonne émission". 5 4 3 2 1... Le reste, les couche-tard le verront le 17 janvier, sur TF1.
Lundi 2 janvier 2006
Résurrections
Bonne année, bonne santé tout ça. Le cheval dont je parlais l'autre jour - Frère Lumière - n'est pas mort. Il a réussi à se relever et court encore.