28 janvier 2009
Visité le Musée Kampa, coup de foudre pour Guttfreund qui illustrerait bien mon roman à venir, à moins que le oeuvres de Thierry Fontaine, ancien co-pensionnaire à la Villa Médicis, ne fassent mieux l'affaire encore. Vertige au-dessus de la Vltava, regret de ne pas être demain en France. On a regardé Ressources Humaines, et on a trouvé notre idole : Jean-Claude Vallod, ouvrier, pas comédien, mais le meilleur acteur du monde. Demain je serai obligée d'écouter Europe 1, comme à chaque fois que Radio France est en grève.
26 janvier 2009
La grève
David Cerny,
l'artiste tchèque qui emmerde les européens depuis le début du mois (et
qui est une institution à Prague) avait bien raison de représenter la
France en grève. Bernard Thibault avait l'air en pleine forme ce matin.
Vu d'ici la grève est délicieusement exotique et exaltée. Ici la grève
n'existe plus : elle dure une heure et réunit 50 personnes à tout péter
quand elle a lieu. Et pourtant les revendications ne manqueraient pas,
dans la fonction publique en particulier. Je note que pour une fois
même les profs d'université ont promis de s'y mettre, eux qui sont
habitués à laisser aux étudiants le soin d'organiser la fermeture des
cours (qu'on ne se méprenne pas, je place très haut le prof
d'université dans mon panthéon de la civilisation, quelque part entre
Robert Badinter et Daniel Schneiderman, mais il se trouve que j'ai eu à
maintes reprises l'occasion de remarquer cette particularité de son
comportement en temps de crise : quand son collègue du secondaire est
déjà dans la rue en train de se geler les miches, il regarde sa montre
en attendant le verdict d'une AG étudiante qui décidera de déserter ou
non ses cours. Mais toute généralité est abusive; pardon, donc, aux
exceptions qui confirment la règle. Dernière digression à l'usage de
mes anciens étudiants qui passeraient par ici, car je sais que ça leur
arrive : je n'ai jamais eu à la fac un statut me permettant de me
déclarer gréviste, sinon je l'aurais fait.) J'attends donc jeudi pour
mesurer le degré d'énervement des Français, avec une tendresse toute
particulière, car je continue de penser que la capacité d'indignation
d'un peuple est un signe de bonne santé, et seule garante, peut-être,
de la pérennité de sa démocratie. (C'est ce que je me disais la semaine
dernière en visitant l'exposition en commémoration de Jan Palach.)
Rien à voir, mais je me demande quand-même si c'est leur humour
terrifiant qui a poussé les météorologues allemands à baptiser "Klaus"
la tempête qui ouvre l'année 2009.
25 janvier 2009
Je lis les premières pages du prochain livre de Serge Doubrovsky, à haute voix, je suis si heureuse qu'elles existent. Ce qu'elles promettent et ce qu'elles disent : l'auteur est toujours vif et vivace. Le vrai punctum de l'autofiction est peut-être là : le lecteur est plus amoureux de l'auteur que de ses lignes, ou à travers les lignes, de l'auteur qui se cache/dévoile. Plus sincère ou mieux menti, peu importe. Serge Doubrovsky palpite toujours de son rythme effréné.
24 janvier 2009
éblouissement
Je commence à comprendre ce que je suis venue chercher ici. Je respire un peu mieux, du coup. Les jours de beau temps, je me poste debout Place de la République, face au soleil, et je ferme les yeux.
16 janvier 2009
Avant de partir en République tchèque, on m'avait dit : essaye juste de ne pas tomber malade là-bas (sous-entendu : ils ont un système de santé très en-dessous du nôtre). J'avais découvert en juillet que les pharmacies tchèques demandaient des ordonnances pour à peu près tout (y compris les anti-spasmodiques) et j'avais fait provision de tout (antibios, fervex, et même vitamines) pour le cas où mon organisme ne supporterait pas le dépaysement. Sur place, j'avais développé un nouveau syndrome hypocondriaque multi-facettes, qui sautait comme une puce d'organe en organe, à la faveur des circonstances, dont la source unique était le dépaysement, et dont le dernier avatar était un grain de beauté qui s'était mis à rougir et à démanger. J'avais profité des vacances françaises pour voir une dermato qui avait refusé de poser un diagnostic, mais qui voulait bien me prendre 100 euros pour l'enlever en urgence, en plus des 50 qu'elle avait encaissé pour me regarder enlever mon t-shirt. J'avais repoussé la proposition parce que le pansement me gâcherait les vacances et parce que la dermato était une connasse condescendante et son cabinet un musée à la gloire de la fortune qu'elle avait engrangé sur le dos de patients aussi pigeons que moi. En rentrant à Prague mes amis m'avaient conduite chez une dermatologue d'Hostivar qui avait dégainé sa loupe et examiné chacun de mes grains de beauté avant de donner un diagnostic détaillé qu'on m'avait gentiment traduit en anglais : mes grains de beauté n'étaient pas du genre à dégénérer, je pouvais les garder s'ils ne me gênaient pas. C'était dans leur nature de grossir et de se multiplier, mes parents devaient avoir les mêmes car ils étaient génétiques. Deux autres en revanche étaient des naevus intradermiques qu'il convenait de surveiller en consultant une fois l'an. Elle m'avait donné l'adresse d'une clinique qui pourrait me les enlever au laser si j'en éprouvais le besoin, ça m'avait coûté 12 euros.
15 janvier 2009
Culture présidentielle
Lire le compte-rendu de Pierre Assouline, sur les voeux culturels du président.
11 janvier 2009
56% des français désapprouvent le retour rapide au travail de Rachida Dati. 63 % désapprouvent la suppression du juge d'instruction. L'honneur est sauf, ai-je envie de dire, ne serait-ce le volume de papier consacré au congé de maternité le plus court de France - mais en la matière, le pouvoir de couvrance est inversement proportitonnel à la longueur de la chose. Un détenu s'est (encore) suicidé à Mulhouse. Les détenues qui ont reçu un lapin en peluche ont sûrement apprécié. Rachida et Zohra peuvent bien faire leur vie à leur guise je m'en contrefous autant que des chaussures de Suri Cruise. Combien de fois ai-je recopié ici mon cours d'instruction civique de sixième : la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire (et vous serez d'accord pour ajouter : médiatique) préserve seule la démocratie.
10 janvier 2009
Je me disais, en écoutant un couple français commenter le Canard Enchaîné de la semaine au Café Cubiste, que les Français parlent décidément beaucoup plus de politique que les Tchèques. On m'a expliqué qu'avec leur histoire, c'était un peu normal, mais on pourrait aussi s'attendre à la conséquence contraire : parler de politique était assez dangereux sous le régime communiste, alors j'imaginais que l'usage de la parole libre semblerait séduisant... Mais le taux de participation aux élections culmine à 40% les bons jours, et le désenchantement semble le disputer à l'indifférence absolue. Pour la première fois j'ai eu l'impression que Topolanek, le premier ministre, avait fait un truc pour moi : négocier avec Poutine, ce qui fait qu'on devrait avoir du gaz au-delà du 17 février (alléluia). Il est vrai que, depuis Havel, les politiques tchèques n'ont pas l'air très enthousiasmants. Mais, comme chez nous, j'ai toujours refusé par principe le "tous pourris" qui a conduit pas mal de gens à voter Le Pen en desespoir de cause, je me dis qu'en République tchèque aussi, il doit y avoir quelques politiques honnêtes. Je vais essayer de dégoter la perle. En attendant, on peut rire un peu avec le dossier de Bakchich sur le nouveau président de l'Europe (et surtout l'illustration, dont je ne me lasse pas).
7 janvier 2009
Le degré kilométrique
A la télé française il y avait des flashes spéciaux pour dire qu'il allait faire -10° à Paris, que les autoroutes du sud étaient bloquées par la neige, que les avions ne décollaient plus, que la consommation d'électricité explosait et qu'il fallait mettre une écharpe aux enfants. Même Demorand nous racontait les gros pulls de l'équipe de France Inter et Jean-Michel Aphatie évoquait la guerre du gaz russe en disant que la France allait se les geler, mais que dans les pays de l'Est, là-bas, il y avait des -20°, il roulait de gros yeux en disant ça, et ça nous faisait bien marrer parce que, à -15° ici les gens avaient l'air de s'en foutre royalement, on avait sorti les gants, le bonnet et la doudoune, on avait acheté des godasses à crampons et globalement on n'était pas glamour mais on avait vite compris que la vie ne s'arrêterait pas pour si peu. Les immeubles et les tramways étaient surchauffés. Tous les matins les trottoirs étaient sablés et le sol des magasins nettoyé. On avait enfin compris l'utilité de se déchausser en arrivant chez les amis, et aussi un peu pourquoi l'écologie passait aux yeux de certains pour un souci d'occidentaux privilégiés, et les Français pour d'arrogants donneurs de leçons. Si dans 40 jours Poutine (pardon, Gazprom) n'avait pas changé d'avis, on pourrait bien se les geler aussi à la maison.
4 janvier 2009
Sense of snow... and so on
Les Français commencent à connaître un peu Vaclav Klaus, le président tchèque eurosceptique de l'UE, c'était assez sympathique de s'en rendre compte les derniers jours de notre séjour dans le sud. On n'est jamais aussi content que lorsqu'on trouve pire que chez soi - souvenez-vous de Bush, il faisait presque passer Chirac pour un intellectuel - là quelque chose me dit que Klaus va nous servir d'airbag anti-Sarko, lequel passerait presque pour un humaniste de gauche en comparaison. Pour ce qui est du Proche-orient, après un premier incident diplomatique on ne voit pas très bien ce que pourrait faire notre jolie délégation européenne. Le premier janvier un cortège défilait à Nice en scandant "Israël assassin" et ça me faisait froid dans le dos, le décompte des morts palestiniens à la télé, et cette réponse dérisoire dans la rue. Juste de quoi remettre un peu la merde ici, par solidarité. Le spectacle de Dieudonné, dans son genre, roi de la récup, cynisme au carré, vraiment les palestiniens n'ont pas besoin de la compassion de Faurisson. Besoin de tout sauf des récups gerbantes qu'on veut bien leur servir. (J'ai regardé la vidéo, mais pas envie de mettre un lien, les motivés chercheront).
Tout change, rien ne change : au tarot je tire la tempérance. C'était bon de se dorer au soleil niçois, à la chaleur familiale/amicale. Deux mois à tenir avant la prochaine excursion. Comme vous imaginez, j'ai froid. Je marche lentement dans la rue pour ne pas m'étaler sur les pavés gelés. Je m'habitue un peu. Je vous souhaite le meilleur. A vous de voir. A part ça, mon prochain opus sort en mai.