14 juillet 2008

Pas de côté

Dix jours à Prague à courir et à prendre des métros, à visiter des appartements et à parler anglais (parce que le tchèque, c'est pas encore ça). Préparer ce que sera notre vie, passer de la vue sur la colline et la mer à la mansarde de Stare Mesto, avec poutres apparentes et velux. Organiser le déménagement. Rencontrer de nouveaux amis. S'émouvoir de leur incroyable solidarité, de leur aide spontanée et constante (on a certainement été mal habitués, dans le sud où c'est globalement chacun pour sa gueule, même si on y a aussi de vrais amis sur qui on peut compter). Apprendre à faire confiance, à se reposer sur des épaules nouvelles.
Voir la France de loin, anticiper le mal du pays. Somatiser mes angoisses par tous les pores. Découvrir sur le net la vidéo d'Ingrid Betancourt serrant ses enfants dans ses bras. En pleurer presque, puis maudire le cameraman de TF1 qui rend publiques ces images, qui interrompt les étreintes pour demander : Ingrid, comment vous sentez-vous? Comme dans un télé-réalité bien ficelée, au meilleur moment, on fait du méta-amour, on commente l'émotion ressentie et ce faisant, probablement, on la dénature, on la fait sonner faux.
Regarder le ciel de Prague depuis le dernier étage de l'Institut Français, guetter la pluie qui arrive vite, qui tourne et repart, comme à Rome. Etre réveillé à cinq heures du matin par des chants de touristes anglais qui exhalent la bière et l'été. Entendre les nouvelles chansons de la Première Dame et se rassurer de les trouver fades et niaises, pour une fois, c'est sûr sans Bertignac ce n'est plus la même chose, tant mieux, fin de la schizophrénie.
Aller voir un concert de Moriarty, les aimer passionnément. Remarquer que Rosemary ressemble à ma grand-mère qui était si belle. Ecouter Chocolate Jesus et apprendre que Tom Waits passe à Prague les 21 et 22 juillet, une semaine avant notre arrivée. Maudire le calendrier. Répondre en retard à des mails, mettre un terme au travail à la fac. Se souvenir comme disait un livre offert par ma mère, qu'il vaut parfois mieux être heureux que d'avoir le dernier mot. Regretter mes étudiants de cette année qui étaient si concentrés et brillants, si concernés parfois. Ceux des années précédentes aussi, le plaisir de les retrouver au hasard et la surprise de la tendresse qu'ils m'inspirent. 
Trier les livres, les bibelots, les vêtements. Cartons qui restent, cartons qui partent. Maman se marie. Ecrire une chanson. Ne pas écrire grand-chose d'autre, car les moments se précipitent. Serrer dans mes bras dix fois vingt fois tous ceux que je vais quitter. M'attendrir sur la mer sur le vin sur le fromage français. Ouvrir Le Monde et vérifier que l'abjection des nouvelles n'a pas reculé, c'est moi qui recule. Les discours du président. Les propositions de loi. Les interdictions successives. Les invités de marque du 14 juillet. Je ne prends même plus la peine ici de les détailler tant je l'ai fait déjà, je rabache, je radote. Peut-être de loin j'aurai plus de courage pour m'y atteler. Hier le maire de Nice est allé à la clinique Lenval faire signer les registres d'état civil à Brad et Angelina.