14 juillet 2009
J'irai dormir chez vous
Ca fait presque trois semaines, on a dormi chez Hélène en centre-ville, chez Catherine sur le Port, chez Michel et Lise sur la colline, chez ma mère à la campagne, chez les parents de Jérôme près de St-Paul. Et la semaine prochaine on sera probablement chez Nico et Rachel qui, eux, dormiront chez nous. On a beaucoup de chance, on peut presque faire un homelink privé avec seulement des amis. On change de lit, de salle de bains, de point de vue sur la ville (ou sur le département), et de connexion wi-fi (ça c'est moins drôle) plusieurs fois par semaine. C'est un peu fatigant mais tellement riche et chaleureux. On ne s'est pas encore baigné - les méduses. On a humé l'air d'ici et mangé de vrais légumes du marché, on a fait le point sur la politique du gouvernement, celle de la mairie et celle du maire qui se consacre désormais "à 300%" à son ministère de l'Industrie, mais aussi à trois cents autres pour cent à sa ville, car il fonctionne 600% - eh oui, en bon disciple du Président qui a 6 cerveaux, le bougre ne peut se contenter de fonctionner à plein - ce sont tous des surhommes à l'UMP. En particulier, Fred Lefèvre qui a réussi à inverser la tendance démago à force de réactivisme anti-Ségolène, et qui est le premier UMP à défendre un chanteur de rap aux paroles douteuses. Pas sûr que ses petits copains le suivent. Sinon, on aimerait bien que notre nouvelle dame de la Justice laisse à la justice son indépendance, (et à Philippe Bilger, un peu de liberté) ... ah oui, et quand le nouveau monsieur de la Culture dit qu'il voudrait régler le problème des intermittents, on a froid dans le dos, une fois de plus. On va dire qu'en juillet, ça rafraîchit.
1er juillet 2009
Félicitations du jury
A l'aéroport de Prague Jérôme m'appelle pour me lire une lettre magnifique, une lettre d'un écrivain français que j'admire infiniment et qui a aimé mon dernier livre, et qui me confie quelques souvenirs de Prague, j'en ai les larmes aux yeux dans ce Dutty Free shop où je cherche des cigarillos pour Catherine qui nous fait la gentillesse de nous héberger à Nice. Dans l'avion j'essaie de relire la thèse, peine perdue, je dors, je me crispe à chaque secousse je me demande comment on meurt dans ces cas là est-ce qu'on est désintégré, explosé, asphixié ou est-ce que le coeur lâche en premier. Escale à Zurich. Un aquarium de luxe où fumer deux cigarettes. Sms de Jérôme qui dit c'est énorme, dans Le Monde, 3/4 de page, que du positif... J'essaie de l'appeler, d'en savoir plus mais impossible entre Prague et Zurich quelque chose fait que ça ne marche pas. Je grimpe dans le second avion en me disant que les avions ne sont pas si solides qu'on croit. Cinq petits garnements allemands me désespèrent je me dis je ne veux pas mourir avec eux. Impossible de relire ma thèse, impossible de relire Diderot, impossible de rédiger mon texte de soutenance, impossible de penser à autre chose qu'à toutes ces émotions des derniers jours. En arrivant à Nice il y a Papa, la mer et les odeurs de pin parasol. Il y a le très bel article du Magazine Littéraire qu'on achète au Relais H., et puis, déjà disponible sur Internet, cet article du Monde, tellement incroyable, avec une grande photo couleur où j'apparais surprise, presque gênée d'être là dans ces pages, sourire incrédule. On est jeudi soir et je voudrais faire la fête boire du champagne hurler ma joie au balcon. Je voudrais boire et crier profiter de la mer et du ciel bleu mais voilà je soutiens ma thèse dans deux jours et si ça ne se passe pas bien, en gros si je n'ai pas les félicitations du jury, ça risque de gâcher un peu mon bonheur et force est de reconnaître que je ne suis pas prête. Pas du tout. La presse je suis lucide j'ai tout eu la mitraille unanime le silence les éloges je sais qu'il n'y a pas de lien entre la qualité le travail la critique le succès. Je sais aussi que c'est rare, qu'il ne faut pas bouder son plaisir.
La thèse reste à soutenir, on peut même se planter et plus dure sera la chute. Jusqu'à samedi la fatigue est difficile à enrayer, le sommeil fragile, le trac ne passe pas. Il faut que je ravale mes envies de crier et que j'enfile ma robe stricte de doctorante sur le point d'être adoubée par l'institution. Après, seulement, après, je pourrai hurler si je veux. Mais il y a des chances pour que cette envie se soit un peu dissipée d'ici-là, ou que je n'aie plus de voix du tout.
Ils étaient sept dans mon jury, six présents, ça a duré presque cinq heures, ils ont été gentils, élogieux, ils m'ont un peu bousculée sur la fin, mais ils avaient absolument raison. Et puis le verdict. Maman qui pleure. J'ai tellement rêvé ce moment - six ans. Voilà, je suis docteure.
Mardi soir, faire la fête au Théâtre de l'Alphabet. Je sais que c'est le meilleur moment, me retrouver ici, avec les amis, la famille, et aussi des gens que je ne connais pas mais qui sont venus pour moi. Je n'ai le temps pour personne et c'est frustrant mais je sais que j'ai encore un mois ici pour voir tout le monde.
Je veux remercier tous ceux qui étaient là et demander pardon pour les courtes minutes accordées à chacun. Je ferai mieux la prochaine fois, promis. Question d'émotion et d'organisation. Merci pour les fleurs, les macarons, les Pensées persanes, les gentils mots, les cigarettes empruntées vite fait. Merci pour les sourires et la bienveillance où je me ressource et qu'est-ce que ça fait du bien. Maintenant je n'ai plus d'excuse : heureuse ou chieuse de tout premier ordre. Alors, heureuse, heureuse, promis.