Mercredi 28 juin 2006
Pourquoi pas le Brésil
Oui, les français adorent ces revirements, idolâtrer ce sur quoi on crachait hier, et on est d'autant plus heureux qu'on n'y croyait plus, c'est comme ça, et peut-être que dans quinze jours Raymond Domenech sera l'homme le plus populaire de France. Mmmouais. Son sourire d'hier soir, son tapotement amical sur la joue de Zizou, et le rayonnement de sa chère épouse sur la chaîne concurrente en font déjà la moitié d'une icône. On commence à se souvenir qu'il a appelé sa fille Victoire et ses gros sourcils toujours prêts à se lever dédaigneusement à la moindre question convenue du journaliste de TF1 semblent commencer à se discipliner. Ah Raymond, Mon-Mond, homme providentiel qui seul contre soixante millions a eu le culot de maintenir son 4-2-3-1 visionnaire... Quitte à décevoir notre président, ce ne sera pas en finale qu'on rencontrera le Brésil (quelqu'un pourrait-il regarder le tableau pour éviter à notre président de dire des conneries?) mais en quarts, et c'est déjà pas mal, je ressens déjà les effets bienfaisants de la victoire. Les questions existentielles d'hier sont balayées par un flot d'inspiration optimiste. Hyperactivité et surconsommation, youpi jusqu'à samedi. Evidemment, je dois encore aller traîner ma gueule improbable du jour devant les flashes d'un photographe du Figaro qui ne pouvait pas attendre demain. J'espère qu'il est doué. La rançon de la gloire, on va dire. Après, je me mettrai au travail.
Samedi 24 juin 2006
"Je me dédis de tout ce que je disais hier"
Puisque l'humeur générale est à la joie, ne boudons pas notre plaisir, jusqu'à mardi on a le droit d'être optimiste, et j'ai pour principe de ne jamais refuser les raisons de se réjouir, même convenues ou poussives (même noël, les anniversaires, finales de coupe de la Ligue, etc). Jusqu'à mardi donc, soyons chauvins et réjouissons-nous, qui sait, on n'en aura peut-être plus de si tôt l'occasion.
David Lodge est un petit monsieur tout imprégné de flegme à l'anglaise et d'humour pince-sans-rire, sa conférence d'hier n'était pas transcendante mais elle avait le mérite d'être claire et drôle. Le "roman universitaire" (qui se passe exclusivement sur un campus, souvent à clefs, écrit par des universitaires et lu essentiellement par d'autres universitaires) est certes un genre mineur, l'enjeu de son action se réduit le plus souvent à la sécurité de l'emploi : le héros va-t-il ou non obtenir sa titularisation à la fin de l'histoire? Le genre de choses que je pourrais écrire pour rire, si j'avais un an à perdre, histoire de me venger des quelques requins d'eau douce que j'ai eu à croiser à l'université depuis huit ans que j'y gravite. Mais mon temps est précieux, et je ne suis pas Nabokov. Je crois que les motivations essentielles du roman universitaire sont le défoulement, la justice et la vengeance. Rien de tout cela, hélas, ne saurait faire une oeuvre estimable. Et c'est le début des vacances. Je vais donc essayer d'écrire un roman non-universitaire, ce qui me permettra, j'espère, de survivre à la rédaction de ma thèse. Et de ne pas finir transformée en scribe tout plein de rancune et d'aigreur.
Vendredi 23 juin 2006
Rififi niçois, littérature et SAMU
Je suis obligée de m'en remettre aux infos de Nice-Matin concernant le camarade Xavier, sorry, il n'est pas parti en Uruguay mais à l'hôpital (too bad) ce qui n'a pas empêché les flics d'aller l'interroger. Notre quotidien préféré proposait hier une sorte de biographie de Xav', notant l'hypothèse probable de sa mythomanie et citant certaines des nombreuses lettres de recommandation qui l'ont conduit jusqu'au cabinet du Maire. L'une d'elles le présentait comme un "universitaire sachant écrire" comme en cherchait le Général de Gaulle avant de rencontrer Pompidou. Le propre d'un bienfaiteur n'est-il pas d'être bienveillant? Certes, Xav' a du faire des progrès depuis son devoir d'hypokhâgne sur Staline...Il écrivait en tout cas assez bien pour imiter la syntaxe du Maire qui comme, chacun sait, est un grand lettré (il suffisait d'écouter son discours de remise du prix "Baie des Anges" à Jean-Paul Enthoven il y a quinze jours pour s'en convaincre...) Bref, comme disait Françoise Giroud on ne tire pas sur une ambulance, et puisque la santé de Xav' est fragilisée, je vais m'arrêter là. Cet après-midi, l'immense David Lodge donne une conférence au CUM sur Nabokov, avant de signer son dernier livre. Personne n'en parle, c'était inscrit en tout petit sur une affiche monochrome à la fac, tant mieux, je pourrai le voir de plus près. Evidemment, à Nice, on se fout bien que le plus grand romancier anglais contemporain vienne nous charabiater dans la langue de Shakespeare... La seule chose qui compte vraiment, en cette fin de semaine caniculaire, c'est le score de France-Togo, l'équipe de France est-elle juste médiocre ou complètement nulle? Les Bleus gagneront-ils le droit de se faire humilier en huitièmes par l'Espagne, ou décrocheront-ils seulement la timbale du ridicule et un billet retour pour Saint-Tropez? Le pire, c'est que je suis comme vous, j'y crois encore, et puis comme disait Françoise Giroud...
Lundi 20 juin 2006
L'adversaire
Non, je ne vais pas parler du match nul et de ses dix dernières minutes cauchemardesques, ni épiloguer sur l'arbitrage aléatoire ou l'âge des joueurs. Revenons plutôt à ma chère ville de Nice, où le monde est décidément petit. Ces derniers temps notre maire se débat avec ses lieutenants véreux. Après un certain nombre d'"affaires" impliquant des proches ou des subordonnés de notre premier magistrat, la dernière escroquerie en date ne peut lui être imputée, non non, il n'y est pour rien c'est promis, d'ailleurs, je connais le coupable (enfin le coupable présumé, comme il convient de dire). Xavier P., agent municipal ayant vendu pour un million d'euros à des particuliers des appartements qui n'étaient pas à vendre, en imitant la signature du maire sur le papier en-tête de la mairie était en effet en classe avec moi. En classe prépa, pour être précis, où il était déjà soupçonné de pratiquer la mythomanie à outrage, prétendant avoir eu le bac avec mention alors qu'il était passé au rattrapage, se rendant chaque week-end par monts et par vaux en hélicoptère pour arbitrer des matches de foot, connaissant comme sa poche la classe politique de notre beau pays (Strauss Kahn devait même descendre à Nice pour assister à sa soutenance de maîtrise...). Xavier avait une voix forte, un accent corse prononcé et des accessoires siglés. Le goût du luxe affiché, il était, paraît-il, allé s'inscrire à la fac en taxi, demandant au chauffeur de l'attendre devant le campus le temps des formalités. Pour qui connaît un peu notre campus de lettres, nul doute qu'il n'a pas du passer inaperçu. Les rumeurs allaient bon train sur Xavier, et je crois qu'il aimait ça, il était à la source de la plupart d'entre elles. Tout tournait autour de l'argent, de la politique, des relations, de la carrière. Jusqu'à ce que j'apprenne que Xavier était l'auteur (présumé) de l'escroquerie qui fait la une de Nice-Matin, il restait pour moi l'auteur d'une perle relevée gentiment par notre prof d'histoire, Emile LLorca, mort prématurément et ô combien regretté (surtout en ce moment, je pense qu'il aurait trouvé l'aventure savoureuse): en conclusion d'une dissertation il avait écrit "en 1953, Staline meurt et l'URSS se soulage". A l'époque nous avions ri cruellement, nous ne savions pas que le garçon dissimulait une graine de Jean-Paul Roman. J'espère pour Xavier qu'il s'est enfui avec la caisse en Uruguay ou dans le maquis corse, je ne l'imagine pas en prison.
Jeudi 15 juin 2006
Paradise
L'équipe de France se fait moquer dans toute l'Europe, les dirigeants du plus gros groupe européen sont sur le point de se faire coffrer pour délit d'initiés (et ce sera bien fait pour eux), Villepin est une fois de plus humilié par sa majorité qui refuse la fusion Suez-GDF (et pour une fois elle a bien raison) etc... mais aujourd'hui je m'en fous: je joue à Paradise. Quelques semaines que je reluquais dans les rayons de ma Fnac le dernier petit bijou de Benoît Sokal, et ça y est, je suis quasiment en vacances alors le voici enfin sur mon ordinateur. Je n'ai pas voulu le télécharger, White Birds Production est une entreprise indépendante qui fait un sublime boulot et mérite qu'on l'encourage. Je ne suis pas dingue des jeux vidéos, mais depuis que Jérôme m'a offert, il y a un an, Sybéria I et II, je suis tombée amoureuse de l'univers, du graphisme, de la poésie de Benoît Sokal et franchement, une semaine de périple en Mauranie vaut bien le prix d'un resto même pas terrible à deux encâblures de la plage. Sokal me donne envie de travailler pour lui. C'est une déclaration publique. C'est le seul type qui soit capable de mettre en image mes rêves (nocturnes, je veux dire). Vous savez, ce sentiment qu'on a parfois en se réveillant d'un songe enchanteur que jamais on ne sera capable de dessiner ces vues incroyables que le sommeil nous offre... Ca m'a fait ça plusieurs mois en rentrant de Rome. En jouant à Sybéria, c'est un peu revenu, et là, ça revient doucement... Allez, j'y retourne. J'ai imprimé les soluces au cas où le point&clic serait vraiment trop hasardeux (ce qui peut arriver). Do not disturb je m'appelle Ann Smith je suis au paradis.
Mardi 13 juin 2006
Pavoiser
Samedi soir étrange, dîner sur la plage avec Elena Lenina, cocktail exotique détonnant, d'une franchise désarmante, et contre toute attente, charmante. Cette fille représente absolument tout ce que je ne suis pas et que je ne serai jamais, et pourtant, dans la jungle diplomatique mielleuse des mondanités, elle est rafraîchissante. Après, j'ai fait l'expérience du jeune beur de banlieue refoulé à l'entrée des boîtes de nuit, essayé d'expliquer à un videur niçois borné qui est Nicolas Rey, et failli me fraquer avec lui, avant qu'un fan de Nicolas vienne nous chercher à l'entrée, contraignant le molosse à ouvrir la porte et aligner les courbettes. A l'intérieur de la boîte, on est plutôt plus mal que sur le trottoir. Je me demandais pourquoi je ne fréquentais pas les endroits branchés de ma chère ville de Nice. Maintenant, je sais. Dimanche sympathique. Toujours en vitrine au Festival du Livre, un peu comme une pute à Amsterdam, mais en plus habillé. Allez, soyons pas bégueule, en plus confortable aussi. Quelques rencontres cocasses que je ne peux hélas pas rapporter ici, pas grave, je transposerai ailleurs dans un roman. Fait des rêves psychédéliques en spirale. Aujourd'hui, attendu toute la journée qu'il soit 18 heures. La France s'est arrêtée paraît-il, les joueurs aussi. Joué comme les Suisses à 30 bpm. Pas de quoi pavoiser, vraiment. Louis m'a appelée de Vienne où il joue "Viol" au Museumsquarter. Je suis jalouse. Lui ai conseillé d'aller au Café Hawelka. Suis impatiente d'y aller moi-même.
Samedi 10 juin 2006
Le petit chat est mort
Hier c'était l'ouverture du Festival du Livre de Nice et mon chat est mort. Il s'appelait Tabou, je l'avais obtenu de haute lutte pour mes treize ans, laissé à ma mère après mon départ de la maison, et depuis quelques temps, il était malade, amaigri, sale et fragile. Je suis allé le voir vendredi pour la dernière fois et hier, Maman l'a amené chez le vétérinaire. L'a enterré sur la colline en face de sa maison, et en rentrant de cette étrange sorte de mondanités que réclame le Festival de Livre (ceux qui ont lu La Méthode Stanislavski se souviennent peut-être du chapitre 10), Maman me l'a dit, voilà, c'est fini. Tabou avait cette particularité de faire ses besoins comme les hommes, dans les toilettes, accroupi sur la cuvette. Il avait aussi un gros ours en peluche qui lui servait de compagnon de jeu et de partenaire sexuel (j'avais toujours refusé de le faire castrer). C'était bizarre hier soir, de se retrouver sur la plage, entre Franz-Olivier Giesbert, Jean-Pierre Pernaud et sa femme, et puis au Habana Club avec Nicolas Rey, et de rire et de danser sur du Shakira (...) avec cette image du chat tout faible dans la tête, en se disant oui, il valait mieux en finir, voilà, c'est fini. Même plus l'énergie de ronronner. La mort du chat c'est seulement la mort. On ne peut pas se dire voilà ce qu'il me laisse, comme un parent proche, voilà ce que j'ai de lui en moi, juste quelques griffures, au bras et à la cuisse.
Lundi 5 juin 2006
Da Vinci bis
La semaine dernière Antoine Zacharias, patron du groupe Vinci, était forcé par son conseil d'administration de remettre sa démission, accusé de s'être "enrichi au-delà de toute mesure" sur le dos de l'entreprise. Après les nombreux scandales concernant les salaires et les "golden parachutes" des grands patrons, c'était le premier camouflet, la première fois que la gourmandise, irrationnelle, indécente, était punie. Ce qu'on a moins dit, moins commenté, c'est la goutte d'eau, la nature de ce qui a fait débordé le vase. Zacharias s'était constitué un capital de 250 millions d'euros, notamment en titres de son propre groupe, mais la goutte, c'est la prime de huit millions d'Euros (cash) qu'il demandait à son conseil d'administration pour avoir mené l'opération de rachat des autoroutes ASF, privatisées l'an dernier par l'Etat français. Une opération juteuse, imagine-t-on, puisqu'elle est censée justifier cette prime mirobolante. On se souvient qu'à l'époque, la privatisation avait été quelque peu contestée, mais on ne savait pas bien , néophytes que nous sommes, à quel point le contribuable se faisait niquer. Le débarquement de Zacharias aura eu le double mérite de donner l'exemple et de mettre au jour le scandale d'une privatisation ultra bénéficiaire pour les acheteurs... trop tard, et bien discrètement commentée sur les ondes. Ironie de l'histoire, le titre Vinci a grimpé depuis le débarquement du patron, contribuant à augmenter son propre capital. Une nouvelle espèce de "golden parachute".