Vendredi 29 juin 2007

Off

C'est formidable internet. On a les images et leurs conséquences immédiates. Tout ça en deux clics.

 

Jeudi 28 juin 2007

Mon cerveau disponible

Il est de plus en plus probable, quasiment certain, que je ne travaillerai plus à l'université l'an prochain. Ca me donne à la fois un grand vertige, comme un cordon coupé net, et beaucoup d'excitante liberté. Au début (c'est encore le début) le vertige est si intense qu'on a bien du mal à profiter de la liberté. Toutefois, j'essaie de bien l'utiliser. J'écris le soir à l'heure où les honnêtes salariés sont couchés. Je lis, feuillette, me documente, me promène, m'attèle à ce travail minutieux qui consiste à remplacer les fantasmes consuméristes qui squattent mon cerveau en ce début d'été (et chez nous ce n'est pas encore les soldes) par des motifs littéraires, des émotions artistiques, une carte postale de Klimt, un livre de photographies, un débat passionné sur le Retour au désert, la Lady Chatterley de Pascale Ferrand, dont je craignais le pire et qui fut un long moment de grâce. J'ai repris le livre de DH Lawrence, lu et adoré à 15 ans, mais je n'ai pas la bonne version, la mienne c'est la troisième, moins épurée, moins idyllique. Et puis, peut-être que je vais finir par lire Love (j'ai déjà essayé trois fois, sans doute trop jeune).
Le week-end dernier c'était la Fête du Château, la dernière fête populaire "de gauche" de la Côte d'Azur. La colline du Château (où il n'y a plus le moindre château depuis des lustres) grouillait de jeunes bohêmes et de vieux militants, des associations d'amitié entre les peuples, associations humanistes, parents d'élèves, syndicats, musiciens, artisans, des familles, enfants, ados à canettes, ça sentait la merguez et parfois le shit au coin d'un escalier, il y avait du raï et du rock et on pouvait s'asseoir sous un arbre pour boire de la bière en regardant de loin, de haut, la Baie des Anges et ses hôtels, ses réverbères, ses voitures grandes comme des fourmis. On se sentait vraiment heureux à la Fête du Château. Rien de cette jeunesse dorée façon Paris Hilton en marche vers la gagne, tête haute et poitrine tendue, assumant cynisme et ambition financière, le regard indéchiffrable derrière des Ray-Ban au mercure. On était "entre nous" et ça faisait du monde, mine de rien.
Je ne regarde plus du tout le JT, me contente du zapping et de la radio. Vais rater à midi En Aparté avec Schneidermann, espère me rattrapper plus tard sur Dailymotion. Dommage qu'il n'y ait pas d'ASI ce dimanche, Judith Bernard aurait pu nous expliquer l'expression euphémistique "hyper-président" néologisme destiné à cacher ce qu'il dit : à savoir que le président s'occupe de tout, législatif, exécutif ... Et la séparation des pouvoirs de se déliter joyeusement derrière l'invention verbale des journalistes. Le grille d'été de nos chaînes de télé va me laisser beaucoup de disponibilité, nul doute.

 

Mercredi 20 juin 2007

You cannot petition the Lord with prayer!

Pour soutenir Arrêt sur Images, on peut encore essayer une pétition à l'initiative des téléspectateurs internautes mécontents. Très successuful ces derniers jours, déjà presque 20 000! (27 juin : + de 100 000)

Rien à voir, petit cadeau concocté en famille (texte: moi / musique, voix: Primo Francoia / arrangements, instru: Michel Borla). Ca s'appelle Quitter les Anges.

 

Mardi 19 juin 2007

Retour aux fondamentaux

Week-end fatiguant. Anniversaire maternel de chansons, de champagne et embrassades. Festival du Livre niçois, en repêchée de dernière minute par les organisteurs. Jérôme à mon côté pour la première fois. Complicité latérale qui allège et alourdit, selon les rencontres, la météo, la liberté de Jérôme, sa distance salutaire avec le rituel, mes repères qu'il faut bousculer... Les gens qui regardent l'auteur et pas le livre. Ceux qui regardent le livre et pas l'auteur. Ceux qui ressortent d'un passé lointain, qui vous propulsent des décennies en arrière, ceux qui viennent exprès, et qu'il ne faudrait pas décevoir. Les autres auteurs. Ceux qu'on rencontre. Ceux qu'on est content de retrouver. Et ceux qu'on évite scrupuleusement en se faufilant dans les allées. Nous sommes rentrés dimanche soir chez nous comme on revient de voyage, un peu fourbus après la pluie et les mains serrées. "Merenda électorale" annonce Jérôme à 19h30. (merenda en niçois : goûter, apéritif dînatoire) Je fonce sur le site de la RTBF pour découvrir que le bleu est plus clair que prévu. J'appelle mes parents : attention, c'est peut-être un canular, la RTBF maintenant, on se méfie... Jérôme me livre les insinuations des présentateurs nationaux qui rivalisent d'imagination pour gruger le CSA. Confirmation de l'hypothèse belge.
Lundi matin je retrouve mes petits vieux qui me paraissent étonnamment frais. L'après-midi, la fac. L'inextricable fac. J'ai surveillé ce matin mon dernier partiel de l'année, et je ne sais toujours pas si j'y travaillerai encore l'an prochain, ou si l'institution me rendra définitivement ma liberté. Mon vertige aussi. Tiens, cette situation me rappelle celle que décrivait lundi matin Daniel Schneidermann, à propos de France 5 et Arrêt sur Images. Depuis, la nouvelle est tombée : suppression de l'émission, décision irrévocable. Le 8 mai dernier, sur ce même fond bleu, je me demandais justement combien de temps tiendraient les quelques journalistes "couillus" qui avaient animé la campagne. J'avais cité le nom de Schneidermann. En lisant son Big Bang Blog tous les jours, je m'inquiétais pour lui. Je me disais qu'il jouait gros. Je ne savais pas que ce serait si rapide.
Et puis, enfin, je me suis remise à lire. Après une longue période Tom Sharpe qui avait la vertu de m'endormir détendue des zigomatiques, j'ai fini par acheter Les Jouets vivants, de Jean-Yves Cendrey, qui ne se contente pas de raconter un fait-divers glaçant, mais qui délie une écriture forte, vivante et ciselée, avant de la refermer comme une huître, pudiquement, devant l'objectivité monstrueuse des faits qui n'ont pas besoin de lyrisme, se suffisent à eux-mêmes. La force de l'écrivain qui se retire peu à peu, grave, pour laisser place à l'abjection du réel. Je me suis tant attachée aux personnages du livre, le couple d'écrivains tombés là par hasard, et qui affrontent l'intrusion de l'horreur, que j'ai poursuivi. J'ai ressorti Autoportrait en vert, de Marie NDiaye (l'épouse de Cendrey) acheté il y a longtemps. Et je l'ai lu. C'est très bien, très malin, d'une angoisse diffuse et d'une élégance, d'une sobriété, d'une précision... Je me reproche à présent de n'avoir pas lu plus tôt Marie NDiaye alors que tout m'y portait. Tous les signes. Maintenant, je ne sais pas pourquoi, je me sens libre de le faire. Découvrir ces auteurs que je me suis interdit longtemps, sans raison, sans me le dire. Ca tombe bien, je vais avoir un peu de temps, pour lire et pour écrire.

 

Jeudi 14 juin 2007

Narratologie

Quand on écrit un roman, souvent, on fait un plan. Les grandes lignes, les événements. Et puis on tisse. Comment relier un événement à un autre? Comment fonctionne la psychologie des personnages? Qu'est-ce qui déclenche leurs agissements? Il faut ménager la cohérence et le rythme du récit. Il paraît que tout récit se découpe en 5 actes (j'ai appris ça à la fac). Alors on a :
1- Situation initiale : Dimanche soir. Tout baigne. Bleu horizon. Un ministre, bonne bouille, un peu folichon, se fait interpeller par un adversaire malin sur le thème de la TVA. Pied du mur. Journaliste à l'appui. Le ministre craque et avoue travailler à l'hypothèse de son augmentation. En rentrant retrouver ses copains, le ministre se fait copieusement remonter les bretelles (selon les sources bien informées d'un hebdomadaire satirique).
2- Situation de déséquilibre ou Elément Perturbateur : Après 24h d'hésitation, les médias nationaux reprennent le thème de l'augmentation de l'impôt, sommant les responsables politiques de s'exprimer sur le sujet.
3- Transformations, Péripéties : Le premier ministre décide d'assumer publiquement son hypothèse de travail, et sur toutes les chaînes de télévision, envoie des amis pour défendre en choeur avec lui son projet.
4- Résolution. : mercredi sort le premier sondage d'opinion sur la hausse de la TVA. Verdict négatif de 60% des français. (on se demande un peu qui sont ces 40% qui rêvent de payer plus) 2ème tour des élections dans trois jours. Affiche du parti adverse incriminant la mesure impopulaire. Tension dramatique au plus haut.
5-Situation Finale : le Président désavoue son premier ministre et tous ses amis dans un communiqué officiel un quart-d'heure avant le JT. Il "n'acceptera pas" de hausse de la TVA "en l'état" (quel état?).
Brrrrr... on a eu chaud. Un vrai best-seller de l'été, ce truc. Suspense, sueurs froides, happy-end, bien ficelé...
Ok, c'est promis, à l'avenir, j'essaierai de parler davantage de littérature.

 

Mercredi 13 juin 2007

Le côté des winners

Ma mère me disait cet après-midi : plus on dit aux gens que quelqu'un va gagner, plus ils votent pour lui. La gagne attire la gagne. Ca me semblait incroyable, parce que moi, c'est le contraire. Vieil atavisme gauchiste ou midinette, dès que quelqu'un perd, je me mets à le soutenir de tout mon coeur. L'identification, chez moi, fonctionne sur le mode de la compassion, et je croyais que c'était tout le monde pareil. Maman me disait que non, ce n'est pas un sentiment naturel. La plupart des gens ne sont pas comme ça. Et je disais à Maman que j'en avais plein le cul, c'est usant à la longue, les présidentielles, Roland-Garros (j'étais contre Henin et pour Federer), les législatives (ma députée réélue à 54%...), même le bouclier de Brennus, j'étais pour Clermont, les challengers, et ils ont bien failli l'emporter, mais dans les dernières minutes le Stade Français a mis deux essais... La réalité c'est que, quand tu ne soutiens pas le favori, il faut savoir encaisser. Ce soir, petit miracle, Julien Doré est venu mettre fin à cette triste série de défaites. Pour la première fois depuis longtemps, je soutiens un mec qui gagne! Je précise qu'en matière de télévision, mon enthousiasme se cantonne à l'abstention. (Faudrait pas non plus prendre les midinettes pour des pigeons).
Ajout 14 mai : David Abiker est d'accord ! (et je suis d'accord avec lui) Mais lui pousse l'enthousiasme jusqu'à l'appel surtaxé.

 

Mardi 12 juin 2007

Rebattre la campagne

Ma maman fête ses soixante ans et le Président a décidé de venir à Nice visiter... mon collège. Le collège Port-Lympia, où j'ai passé quatre ans - pas les meilleures années, mais tout de même, ça me fait bizarre. Notre Président aime décidément beaucoup Nice. Il va souvent manger à la Petite Maison, un resto niçois qui s'est fait depuis une réputation internationale et où du coup je n'ai jamais mis les pieds (ok, j'assume ce côté réac primaire un peu absurde). Nous avons un certain nombre de potes qui vont participer à la table ronde des intervenants culturels avec notre Président. Et nous sommes assez soulagés que ça ne nous soit pas tombé dessus. Que faire? Y aller? Ne pas y aller? Faire bonne figure, genre je ne suis pas sectaire? Serrer la main? Ne pas serrer la main? Afficher son désaccord? Accepter le principe du représentant du peuple, démocratiquement élu? Forcément...
C'est quand-même bizarre, cette campagne qui s'éternise à Nice. Franchement, dans les Alpes-Maritimes, 7 députés UMP sur 9 ont été élus dès le premier tour (ah oui, pardon Rudy Salles est estampillé LNC, mais il n'avait pas de rival UMP). Les deux UMP restants sont en ballotage ultra-favorable. S'il y a un endroit en France où les électeurs de droite n'ont pas besoin d'être remobilisés, c'est bien ici. Mais Nice est une ville tellement agréable...

 

Jeudi 7 juin 2007

Help

Je vous le disais, ma télé va mal. Nouvelle inquiétude aujourd'hui en lisant le Big Bang Blog : Arrêt sur Images, la très salutaire émission de Daniel Schneidermann (le dimanche à 12h38 pour ceux qui l'ignoreraient encore) ne va peut-être pas passer l'été. Si le service public sacrifie sa meilleure émission, je flingue ma télé et j'écris aux impôts qu'ils cochent la case "no redevance". Avant d'en arriver à cette extrémité, j'ai écrit un mail à France 5, et qui sait, si on est plusieurs, ça finira peut-être par porter?... (s'adresser ici)
Info pour les niçois : nous serons finalement présents, Jérôme et moi, au Festival du Livre de Nice, les 16 et 17 juin.

 

Dimanche 3 juin 2007

Rhinocéros

Vous connaissez cette pièce de Ionesco... Le héros (anti-héros comme toujours chez Ionesco) voit tous les membres de son entourage devenir peu à peu des rhinocéros. Et puis, lui aussi, à la fin...
Il faudrait des trésors de patience et d'énergie pour résister activement, produire des analyses d'images et de discours. Expliquer longuement que la réforme des universités visant à leur indépendance va produire exactement l'inverse de ce que décrit en mots Valérie Pécresse : marginalisation du savoir, système hyper sélectif et accroissement des inégalités au sein même de l'université. Expliquer que la réduction d'impôts sur les intérets de l'emprunt immobilier risque de faire encore flamber des prix qui n'en ont pas besoin, et que ce que les propriétaires gagneront sur leur feuille d'impôts, ils le paieront quatre fois sur le prix de leur appartement. D'où augmentation des loyers et précarisation accrue des plus pauvres, qui ne seront jamais propriétaires. Expliquer la menace du droit de grève, expliquer les expulsions massives de sans-papiers, expliquer le mini-traîté européen ou comment Sarkozy va pouvoir passer pour un héros international. Expliquer tout ce que les journalistes n'expliquent pas, ou alors vraiment très tard le soir, au journal de la nuit, ou alors seulement sur des petites chaînes, ou sur Internet. Expliquer la carte scolaire et comment sa suppression va foutre une merde noire et créer des sélections à l'entrée des écoles, des collèges, des lycées. Mais voilà, je n'ai plus la patience, je ne supporte plus, je zappe. Dès qu'on nous annonce un discours, une image, je zappe. Pas seulement par fatigue, mais parce que j'ai peur d'y tomber aussi.
Je regarde les autres autour de moi, se laisser happer peu à peu par notre miraculeuse société de demain : ça commence par l'arrêt du tabac, dont ils se félicitent, dont je les félicite. Puis ils se mettent au footing. Ils ont alors l'impression d'être de meilleurs humains, mieux préparés pour la gagne. Ils regardent les petites annonces immobilières. Ils ont entendu que Cécilia faisait construire une piscine à Brégançon, qu'elle s'habille chez Prada. Ca leur fait envie, c'est joli, Prada. Et puis elle est belle, Cécilia. Un jour, au détour d'une conversation, ils disent que oui, quand-même, c'est vrai qu'on ne peut pas accueillir tous les sans-papiers. Puis qu'on ne peut pas tous les garder. Ils pleuraient sur Cachan il y a six mois, mais ils ont oublié, le lien entre les pauvres gens de Cachan, et ces sans-papiers indéfinis qu'on ne peut pas garder et qui, après tout, sont hors-la-loi. Ils se mettent à trouver normal qu'un type prenne trois mois ferme pour avoir jeté des cailloux dans une manif durement réprimée. Ils trouvent très bien qu'on supprime les droits de succession parce que, eux-mêmes, quand ils ont hérité... Et puis ils trouvent finalement pas mal cette idée de bouclier fiscal. Parce que, au nom du principe de réalité, il vaut mieux faire revenir les riches en France que de les laisser en Suisse. Ils disent que la carte scolaire, ben oui ce serait mieux de pouvoir mettre les gosses dans un super lycée. (qu'est-ce que tu crois, que tous les enfants de France vont se partager entre Henri IV et Louis Legrand?) Et puis il lachent : j'espère qu'il va les tenir, ses promesses (ben moi j'espère qu'il ne va surtout pas les tenir...) et ils concluent : après tout, faut lui laisser sa chance. Peut-être qu'il va faire quequ'chose de bien. On le jugera après, on peut pas dire pour l'instant... Et voilà un beau rhinocéros. Tout sain, tout plein de bon moral des ménages, participant de l'état de grâce. Tout imbibé du magnifique "quand on veut, on peut" sur quoi l'Amérique a construit le rêve qui tient en bon rangs ses classes moyennes pleines de paillettes dans les yeux, et le clodo du coin, tant pis pour sa gueule s'il n'a pas voulu. Ceux qui n'arrivent pas n'ont à s'en prendre qu'à soi-même. Quand on se sent un peu coupable, on calme ses accès de compassion en faisant un petit chèque à une ONG humanitaire, ou on donne deux euros au clodo peu volontaire du coin de la rue. Je ne me fais pas trop d'illusions sur la capacité de mon cerveau à résister longtemps à cette atmosphère festive. Voilà pourquoi je n'arrête pas de fumer, et j'éteins la télé.