Vendredi 27 juin 2008

Mourir sur scène II

Semaine étrange tambour battant coincée entre l'avenir impalpable et le présent. Aux tarots je tire 12 fois la maison-dieu et la roue de la fortune. Linda Blanchet (qui va mettre en scène Making-of au TNN en mars prochain) avait parlé de mes textes à Frédéric de Golfiem (qui va probablement jouer dedans) et Fred avait décidé de lire premier chapitre de Viande pendant la séance d'hier consacrée aux "auteurs niçois", en ouverture du Festival du Livre. J'ai passé une soirée à tenter de l'en dissuader : ce n'est pas le bon endroit, le bon contexte. Les gens vont se sentir agressés.  Il faut croire que je suis trop douce dans l'argumentation. Le jour-même, Daniel Benoin (le directeur du Théâtre) a décroché son téléphone pour me convaincre. Vous ne pouvez pas faire ça. C'était génial en répétition. Je me suis sentie comme une conne avec mon autocensure et j'ai dit banco, seulement, moi, entendre le texte de Viande en public (niçois, de surcroît) c'est au-dessus de mes forces. J'ai dit je viens mais je ne resterai pas. Je me mettrai à côté de la porte, je sortirai discrètement, ça vaut mieux que la syncope, ça dérangera moins. C'est ce que j'ai fait, et je suis allée acheter des clopes, un coca au Mac Do, discuté avec l'ouvreur en regardant le mec qui fait du break dance sur le parvis du Théâtre. J'ai même écouté un bout du match à la radio. J'ai vu deux personnes sortir et traverser le parvis, je savais qu'ils avaient fui mon texte, et je les scrutais méchamment, même si j'avais fait comme eux. A la fin on me raconte, on me dit c'était bien. On me dit : les 3/4 de la salle a applaudi. Pas les autres, c'est normal. Je les comprends en plus. Je connais leurs critères de valeur, même si je ne les partage pas. Il y a ceux qui disent que c'est bien, mais ça se voit qu'ils pensent le contraire très très fort. J'apprécie l'effort qu'ils font pour rester polis. La politesse, c'est une vertu civilisatrice. Voyez notre président, il l'a pas, ben c'est un signe de recul. Ca m'inquiète. Mais je dois dire que c'est aussi la chose qui m'inquiète le moins chez notre président. Hier soir c'était spécial de rester sur la parvis pendant que Fred lisait Viande à tous ces braves gens qui n'en demandaient pas tant.

 

Vendredi 20 juin

Ni oui ni non

Après la procastination, qui a eu quelque succès, et la litost, qui devrait bientôt entrer dans le dictionnaire français tant son écho est immense, j'attire votre attention sur un symptôme névrotique plus terrible encore : la velléité.
La velléité est encore plus douloureuse à assumer que la procrastination, car elle ne relève pas seulement de la pathologie, mais elle a une dimension morale. Le velléitaire est connoté lâche, veule. Incapable de s'affirmer. Il hésite. Il n'en finit pas de se torturer dans cette indécidabilité où il s'est pourtant englué tout seul. Une fois qu'il a usé jusqu'à la corde le vieux truc des plus et des moins, il rêve de consulter Alexandro Jodorowsky qui résoudrait tout en un tour de psychomagie.
 (Lire dans Le Théâtre de la guérison, la formidable histoire de ce type dépressif pour cause de calvitie, à qui la guérisseuse ordonne de confectionner une pommade à base d'excréments de rats et de sa propre urine : s'en appliquer sur le crâne tous les jours pendant un mois et les cheveux repousseront. Le type réussit à se procurer un kilo de merde de rats dans un labo, il pisse dedans et au moment d'y plonger les mains, magiquement il se résigne à sa calvitie, et la dépression s'envole. Ou cet autre type incapable de trouver un emploi : la guérisseuse lui ordonne de pisser chaque jour dans une bassine qu'il gardera pleine sous son lit un mois durant. Au bout de quelques jours l'odeur est si infâme qu'il remue ciel et terre et se dégote un job.)   
Le velléitaire ordianaire, n'ayant pas de psychomagicien sous la main, va voir des trucs dans ce genre,  voire carrément dans ce genre  (là, il s'interroge sérieusement sur les capacités intellectuelles qu'il lui reste, grosse remise en question). Il appelle ses potes (comme au procrastinateur, cette étape lui fait autant de bien que de mal), les presse jusqu'à la moëlle pour obtenir un avis qui ne le satisfait jamais, et pour cause, il se fait systématiquement l'avocat du diable, par principe et par peur. Quand la nuit tombe, le velléitaire en arrive à de douloureuses extrémités  et plus l'échéance approche où la décision sera inéluctable, plus l'ampleur du désastre se lit sur son visage, dans chacun de ses gestes, plus il est infiniment soûlant pour son entourage et plus il se maudit lui-même de ne pas savoir se décider. Car le velléitaire est lucide (enfin, les velléitaires intelligents le sont) : il a parfaitement conscience de son impuissance crasse et sa lâcheté qui lui tord le ventre. Il faut dire que la plupart du temps, le vellitaire hésite, comme le héros cornélien, entre la passion et la raison, entre l'honneur et le plaisir, etc. Il sait ce qu'il désire, le velléitaire, mais il craint de ne pas savoir assumer les conséquences de ce désir primaire, et comme il est profondément "secondaire", il ne se laisse jamais aller à ce désir primaire qu'il conçoit si clairement, mais dont il est incapable de prendre le risque. Le lundi matin, pourtant, le velléitaire n'échappera pas à la formulation de la décision, qu'il prendra probablement a minima, lâchement et raisonnablement. Il sera ensuite tout penaud et se sentira comme une merde de n'avoir pas su, une fois de plus, décider pour lui-même. En laissant l'honneur et la raison l'emporter, il aura laissé faire les autres, et une fois de plus, sans se le dire, sans l'assumer vraiment, il aura fini par décider quand-même.

 

17 juin 2008

Contre-feux

Finalement, le président avait raison quand il comparait la fonction présidentielle avec le coaching footballistique. La place est exposée, les français enclins à contester l'action... Et le sélectionneur impuissant imite le président : quand il se plante dans les grandes largeurs, il reconnaît du bout des lèvres une erreur de communication, s'étonne qu'on lui reproche d'avoir eu "un brin d'humanité" (si c'est pas de la rhétorique présidentielle, ça) et pointe du doigt l'horizon de 2012, pardon, 2010. Réformer dans la douleur pour s'assurer de beaux lendemains... ou sur-lendemains. Enfin, quand le grand chef se met le pays à dos, pour faire diversion il demande publiquement la main de sa femme. Opération réussie : les journalistes ne parlent que de ça, et moi aussi.

Une différence majeure : l'un peut être débarqué, l'autre pas.

 

14 juin 2008

J'admire le talent, l'abnégation, l'endurance de David Astorga.

 

10 juin 2008

A quoi ça tient

Long silence imposé par l'agonie du vieil ordinateur qui n'en finit pas de convulser, régurgitant Macromedia, battements de paupières anarchiques, sommeil paradoxal en rouge et bleu, sauvons les plus précieux souvenirs, quelques images, quelques vieilles lettres d'amour. Fin de l'acharnement thérapeutique. Et maintenant, démerde toi avec Vista, les générations se suivent et ne se ressemblent pas.

Frédéric Taddei reçevait mon maître Fernando Arrabal. Il faut écouter sa voix pour comprendre le labyrinthe, entre Ionesco, Borges et Bobby Fischer, la panique et l'histoire littéraire.  Il sera au Rond-Point le 28 juin pour incarner l'ultime rire de résistance.

 

9 juin 2008

La société du spectacle

La coïncidence de l'éviction de PPDA - sur suggestion du président si j'en crois ce qu'on dit - au profit d'une journaliste que la rumeur a donné comme intime du président, et de la désagrégation du budget de France Télévsion. Un petit espoir que Demorand s'occupe de la culture sur France 2. Quant à Vol de Nuit, dont les 20 ans se fêtent le 16 juin... J'espère que son géniteur lui trouvera une autre case, une autre chaîne, un espace. Qu'il ne se laissera pas intimer l'ordre de baisser les bras. Les espaces littéraires sont précieux.

 

1er juin 2008

Mourir sur scène

Le petit nuage Vienne a encore marché, comme chaque fois, mon petit eldorado d'Europe centrale exhale la quiétude et la liberté. On m'opposera le conservatisme et le poids de l'histoire, je les connais, je les reconnais à chaque coin de rue dans la culpabilité, dans la noirceur de l'expressionnisme, dans le gris du fleuve. Entendre le texte de Viande dans une salle de théâtre aurait été impossible en français. En allemand, étrange, je guette les épisodes, je devine une phrase à sa syntaxe, aux rires qu'elle suscite dans la salle. Heureuse que Veronika, la metteure en scène, ait souligné quelques points d'autodérision, heureuse qu'elle ait tamisé le sulfure de la scène finale, que j'attendais le coeur battant, avec appréhension, limite apnée, apoplexie. Mes amis germanophones ne me pardonneront peut-être pas de les avoir envoyés là, dans cette salle incroyable au coeur de Vienne, pour entendre un texte dur à encaisser. Je regardais les photos de Günter Brus, pape de l'actionnisme viennois, et je me disais ils en ont vu d'autres... Pas de nouvelles depuis.
Le dernier jour, Sarkozy en visite, fait chier, suivie à la trace. Ne me laissera pas oublier la réalité que je fuis ici, dans les parcs, dans les musées, à humer l'été déjà bien installé ici tandis qu'à Nice, le gris continue de nous plomber. Rentrer à pieds à 2 h du matin, toute seule devant l'opéra je regarde un jeune type qui dort dans l'herbe, son sac à ses pieds. Je l'envie presque.  Jusqu'à la salle d'embarquement où je fume ma clope en buvant une pression, connectée au w-fi gratuit de l'aéroport... A Nice, la connection est à 5 euros la demi-heure dans la partie la plus glauque de l'aéroport, sur 4 ordis pourris. Au retour, retrouvé la fac, quelques oraux de rattrapage à faire passer, un colloque sur Adamov qui me donne envie de lire Adamov. Le jour où j'aurai le temps de lire, je ne saurai pas par où commencer. La liste déborde. Le jour où je ne ferai plus qu'une chose à la fois, est-ce qu'elle me paraîtra suffisamment excitante pour renoncer au reste?