26 mai 2010

Affinités électives

La campagne des législatives prend fin ici : demain et après demain, scrutin. Il est assez remarquable que parmi mes amis, mes connaissances, personne n'est enthousiaste à l'idée de voter, pour qui que ce soit. La plupart vont voter pour les verts, ce qui est plutôt le choix des intellectuels pragois - une affiche immense déployée sur Narodni, présente les portraits d'écrivains, acteurs, musiciens, etc, qui voteront vert. Je précise que les verts tchèques sont de droite. Une sorte d'exception culturelle tchèque... Mais ils sont quand même soutenus par Cohn-Bendit, venu hier à Prague. Selon les derniers sondages, ils ne sont pas sûrs de faire 5%.
La campagne fut compliquée à décrypter, à plus forte raison pour les non tchécophones, dont je suis inéluctablement. Comme aux Etats-Unis, ici la contre-publicité est une arme autorisée. Ce qui fait que les fausses affiches, cruelles ou parodiques, ont fleuri, avec copie du logo de l'équipe adverse, mais pas de signature officielle. Ce qui donne des affiches du genre (sur un banc, car à Prague les bancs aussi sont des supports publicitaires) : "Vous voulez dormir sur ce banc? Alors payez-le." Avec la photo grandeur nature d'un SDF endormi. Signé ODS (le parti de droite, libéral, majoritaire). Pour les pauvres expats qui peinent à comprendre trois mots de tchèque (avec les déclinaisons) ce genre de piège est terrible. Car, s'offrent à vous deux solutions : 1) vous avez mal compris la phrase (et vous la retrournez en tous sens, cherchant la négation que vous avez loupée, la nuance d'ironie, etc), 2) vous avez mal compris la politique tchèque - ce qui n'est pas tout à fait impossible. Et puis, au bout d'un mois que vous passez tous les jours devant cette affiche énigmatique (est-ce possible qu'un parti de gouvernement propose sérieusement de faire payer aux SDF la location de bancs pour dormir dessus), vous comprenez que l'affiche a beau être signé ODS, elle émane probablement de la CSSD (les socialistes, leurs adversaires politiques, apparemment encore plus déprimants que les libéraux, ici). Bref, les quelques vraies affiches sont absolument noyées par la déferlante des fausses. Un spot de pub a fait scandale ces dernières semaines, il encourageait les jeunes générations à convaincre leurs grands-parents (stigmatisés du coup comme complètement idiots et arriérés) d'aller voter libéral. Car les vieux votent plus à gauche que les jeunes en Tchéquie (autre exception culturelle).
Les lycéens, qui ont organisé de fausses élections témoin (à valeur pédagogique) dans certains établissements scolaires, ont voté en grande majorité à droite.
Pour le touriste lambda ou le tchèque pas concerné, le parti le plus visible dans les rues de Prague est TOP 09, porté par la figure médiatique et la fortune personnelle de l'ancien ministre Schwarzenberg. Ils ont des tentes dans tout Prague, organisent des concerts, mais ont apparamment bien du mal à mobiliser (concert vide, militants esseulés en ville).
Je regarde mes amis aller voter, et même avec ce choix restreint pour lequel j'aurais bien du mal à m'enthousiasmer, je les envie de faire ça, "mon bulletin dans ton urne" comme on disait...


23 mai 2010

Victoire

Les Tchèques sont dans la rue pour fêter leur victoire en finale de la Coupe du monde de hockey sur glace. Et contre les Russes, s'il vous plaît. Le hockey est le sport national ici. Ca nous rappelle des souvenirs. On s'est repassé les images de Chirac faisant du playback approximatif sur les noms des joueurs. Et on attend un sourire de Vaclav Klaus... pas gagné ça. Vous savez comment on rebouche une bouteille de Bohemia Sekt? Demandez à Medvedev.

 

21 mai 2010

Je suis allée voir Viva la Muerte à Prague. J'ai eu l'impression de retrouver toute la mythologie familiale, fondatrice probablement de névroses, rêves récurrents enfin décryptés, et enthousiasmes poétiques jamais démentis. C'était bizarre de regarder ici souffrir les "rouges" espagnols. Je ne sais pas comment les tchèques peuvent envisager cette symbolique catho et anti-catho, tellement à l'envers des thèmes d'ici. Je ne sais pas la Corrida, le désert, les lézards. Ce n'est pas leur imagerie. Mais la lumière, la tendresse, la cruauté, ces motifs hallucinatoires qui feraient passer Bunuel pour un louveteau, je me dis, ça touche forcément quelque chose d'universel. J'ai compris pourquoi j'aime Bataille. J'ai compris un peu mieux, d'où je viens. J'avais peur, mais ça ne m'a pas fait trop mal. Fernando Arrabal sera à Prague début juin, pour le Festival des écrivains.

 

20 mai 2010

C'est officiel, le Théâtre de l'Alphabet fermera ses portes en juillet. Ce n'est ni la crise, ni la conjoncture, même pas ça, c'est juste que mon père prend sa retraite. Ca me fait mal. Je ne suis pas la seule. Pour ceux que ça intéresse, les élèves, anciens, habitués ou amis ont décidé de se retrouver .

 

13 mai 2010

Je lis pour la première fois les paroles de "Suez" de Guy Béart, dont je n'ai connu jusque là que la version paternelle, en voiture, quand j'étais gosse : "Imagine qu'on ait de l'argent, et qu'on soit intelligents, on s'achèterait un théâtre, on inviterait Arrabal..." L'écart entre les deux versions, je me dis, c'est ça la poésie, c'est la place d'y mettre ce que l'on veut, ce que l'on a de meilleur. Et je sais que dans ces paroles fredonnées mon père mettait le meilleur de lui-même - son rêve avant même de le réaliser, pur de n'être pas encore vrai. Mais la pureté n'est sans doute qu'une pauvre chose, la réalité a ce mérite supérieur : elle a été tentée.