jeudi 24 novembre 2005

A nous deux…

Pas de politique. Presque vacances. Week-end parisien. Du travail vendredi et je ne-sais-pas-quoi-mais-ce-sera-bien avec Jérôme samedi et dimanche. Demain donc à la première heure, décollage sur fond de mer et de lever de soleil, fermer les yeux dès le virage (après, on tourne le dos à la Méditerranée) me laisser tirer de ma torpeur par l'odeur du café à mi-parcours. Grignoter puis somnoler encore avec peut-être un bon gros Patricia Wentworth jusqu'à l'atterrissage. Après quoi, attente au son des téléphones portables dans l'avion, devant les tapis, puis devant le taxi ou le bus. Métro. Récupérer les clefs chez la voisine de Caroline (merci Caro). 4 étages. Poser les sacs. Ajuster fringues à la température ambiante. Re-métro. Premier RV à République à 12h30. Un autre à 16h dans le 6 ème . Ecouter un vieux Stones comme il y en a plein chez Caroline. Jouer ma petite provinciale perdue dans les grands boulevards. Si tout va bien, retrouver Jérôme à Saint-Germain vers 23h. Liberté.

Lundi 21 novembre 2005

Les nains aussi ont commencé petits

Je fais rarement des rêves politiques. L'autre nuit – c'était après l'annonce que Sarkozy a pris 11 points dans les sondages – j'ai fait ce cauchemar kafkaïen qui se passait dans un genre de camp de travail où l'on nous forçait à faire du mal à notre prochain. C'est assez flou, mais je me souviens d'un vieil homme attaqué par un chien, et que c'était normal, pour les vieux, de se faire bouffer par des chiens. Je fermais les yeux pour ne pas voir, et puis je me ravisais, et j'allais aider le vieux, je désinfectais ses plaies. Mes camarades de souffrance étaient voués au même sort, absorbés par un système industriel broyeur de compassion.

Le lendemain, il a été question de polygamie, de barbus et le surlendemain, Sarkozy a proposé le cumul des missions pour les fonctionnaires :

"Dans mon esprit, on peut très bien être secrétaire de mairie tout en étant receveur des impôts ou instituteur, être agent municipal et dans le même temps agent de la DDE" .

Les émeutes en banlieues sont bel et bien finies. Revenons-en donc à une sauvagerie moins ostentatoire. Les cauchemars seront moins violents, et au matin, je ne me souviendrai de rien.

 

Mercredi 15 novembre 2005

Maires indignes

A l'heure où notre président en appelle à la responsabilité (à l'humanité ?) de chacun, pour lutter contre les discriminations, les élus municipaux se distinguent en proposant des solutions « originales ». Un maire socialiste (ben ouais) appelle ses administrés à la délation (mais non c'est pas de la délation dit-il, il s'agit simplement de permettre aux citoyens de dénoncer leurs voisins fauteurs de troubles sous couvert de l'anonymat). Un autre, estampillé UMP, menace de supprimer les allocations aux familles des fauteurs de troubles qui seront condamnés par la justice. Cette mesure n'engage que les allocations provenant de fonds municipaux, puisque les allocations familiales, elles dépendent de l'Etat, et depuis 2002, une loi rend impossible leur suppression. Un troisième, le mien, celui de Nice, UMP (transfuge du FN puis du PR) lutte activement contre l'implantation d'une mosquée en centre-ville. Parce qu'il vaut sans doute mieux laisser nos copains musulmans se piétiner dans leurs caves de banlieue et laisser les riverains bon teint se fréquenter entre eux. La" possibilité d'une île", version azuréenne... Sos racisme a porté plainte.

 

Dimanche 13 novembre 2005

C'est moche Nice sous la pluie

Il y a des villes qui sont faites pour ça : Londres, Vienne, Bucarest, ça a de la gueule en gris. Même Paris. Mais Nice, les façades rouges délavées, palmiers dérisoires, les gens restent chez eux. Moral dans les chaussettes. On ferme les fenêtres on regarde la télé. Rugby-foot-tennis. Chauvinisme tout crin. Sueur glamour victorieuse. Mauresmo Michalak. Ce que j'aime, chez les sportifs français, c'est le doute éminemment humain qui les fait trébucher. Michalak semble enfin sortir de sa « crise du buteur » (cf en son temps Gérald Merceron). Amélie doit impérativement foirer le premier set pour trouver l'énergie de gagner le match. Un jour j'écrirai là-dessus, la peur de gagner, la nécessité pour gagner de n'avoir rien à perdre.

Au tir, c'est pareil, si je fais une bonne série (5 cartouches bien placées dans la cible) la suivante sera minable, je paie l'euphorie de ma réussite. Ce qu'il y a d'extraordinaire sur un stand de tir, c'est la solidarité immédiate qui se noue entre les participants. Chacun est à la merci de tous les autres. Alors on n'a pas le choix, on fait confiance, on respecte à la lettre les consignes de sécurité. Crosse dirigée vers la cible. Samedi première frayeur : en chargeant l'arme, la première cartouche est partie toute seule. Elsa me dit de tirer tout de suite. Comme quand on tombe de cheval, remonter, même avec le cœur à 200 à l'heure. Ne pas trembler. Je tremble. Mon premier incident de tir.

 

Jeudi 10 novembre 2005

Banlieues bla bla 

Qui a osé comparer la crise actuelle des banlieues à mai 68 ? En mai 68, les étudiants et les ouvriers se révoltaient pour un monde plus juste. Ici, nulle utopie, nul idéalisme. Un évident désespoir, et la stratégie du pire de tous côtés : des « jeunes » qui brûlent la bagnole du voisin, un ministre qui insulte, soit par maladresse, soit plus cyniquement par manœuvre politicienne, des médias qui embauchent des « fixeurs » pour les intégrer au « milieu ». Et qui paient des cameramen amateurs pour filmer des incendies. Rappelez-vous vidéo gag, ces familles qui faisaient exprès de faire tomber leur gosse, leur chien, leur grand-mère pour passer à la télé et éventuellement toucher le jackpot. Quand on connaît la misère de certains, on imagine le bon plan : toi tu vas cramer la bagnole du voisin, moi je filme, et on se partage la thune. Les médias du monde entier s'arrachent les images de notre « guerre civile » qui leur permet à peu de frais de nous retourner nos leçons de morale. L'idéalisme de mai 68 a fait long feu. La télé, le gouvernement, et les casseurs tiennent le même discours du chacun pour soi. Les casseurs n'ont rien à perdre, c'est la seule différence, mais parce qu'ils sont pauvres, sont-ils de gauche ? Est-ce de gauche, de brûler la bagnole du voisin ? (Lequel voisin n'est pas plus riche, faut-il le rappeler, il ne viendrait pas à l'idée d'un riche d'aller gare sa bagnole dans une banlieue chaude). Le voisin pauvre est désormais juste un peu plus pauvre, et votera juste un peu plus à droite aux prochaines élections. Le gouvernement priait absurdement pour qu'il pleuve, parce que ça persuaderait peut-être les gamins de rester à la maison. Un match de foot (même pas glorieux) a suffi. Tant mieux pour les voisins.

 

Mardi 8 novembre 2005

Lydie

Dans la série félicitations (promis, après j'arrête) bravo à Lydie Violet et Marie Desplechin qui viennent de se voir attribuer le Prix Médicis de l'Essai pour  La vie sauve, livre écrit à deux, dans la joie, pour oublier la peur. Lydie a été ma première attachée de presse, en arrivant chez Grasset. Elle s'est occupée de moi, doucement, amicalement, généreusement. Elle m'a aidée à rester debout au moment de la sortie de Viande. Lydie est une grande humaine. Un jour, elle est tombée malade et n'a plus pu travailler. Une tumeur au cerveau, c'est brutal. Lydie est bien trop vivante pour ne rien faire, alors, avec son amie écrivain Marie Desplechin, elle a écrit un livre, sur sa maladie, sa vie, ce combat qu'elle doit mener. Loin des témoignages qui délayent la souffrance sur les étalages des librairies. Un livre pudique, optimiste, humain comme elle. J'espère qu'elle en écrira d'autres, des livres. Ce prix parviendra peut-être à la persuader qu'elle est douée pour ça.

 

Dimanche 6 novembre 2005

Système de la mode

Houellebecq c'est comme Sarkozy, à force d'en manger tous les jours, on a envie d'autre chose… Les provocateurs créent des vagues, et finissent souvent bouffés par le consensus au retour de la vague. Car les vagues, c'est bien connu, ça fonctionne en deux temps, ça avance et ça recule… Suffit d'un cocufiage médiatique ou d'un juré converti pour que revienne la marée basse. Et nous dénigrons de bon cœur ce que nous avons encensé hier. La mise au pilon est tout aussi moche que le matraquage qui l'avait précédée. En l'occurrence, ça nous arrange, nous applaudirons des deux mains – eh oui parce qu'avec une seule, de main, l'activité est réduite, faut l'admettre. Le peuple a ceci de bon que son esprit critique est aussi prompt à s'emballer que son enthousiasme. Suffit d'une étincelle. J'ai envie de féliciter Nina Bouraoui pour son Renaudot un peu discret sur les ondes. Comme quoi une jolie fille talentueuse fait toujours moins couler d'encre qu'une armada de puissants mâles moches. Mais on n'attaque pas le physique, on a dit, alors motus.