Lundi 26 novembre 2007
Le pouvoir d'achat
Ecouter la chronique de Philippe Val tant qu'il est encore temps. Comme disait Attali, l'économie française est saine, il n'est pas besoin d'augmenter le pouvoir d'achat des pauvres, sinon ces enfoirés, c'est sûr, vont se précipiter pour acheter chinois. Economiquement, donc, il vaut mieux donner aux riches si l'on veut doper la croissance, parce qu'ils ont les moyens d'acheter français, eux.
Vendredi 23 novembre 2007
Esprits Libres
Chez Guillaume Durand, l'esprit est peut-être libre, mais la parole doit tout de même entrer dans les cases de la télévision, fut-elle de service public. Depuis de nombreuses semaines, je peste contre cette émission qui refuse systématiquement de creuser le thèmes qu'elle aborde, et même si Durand m'a fait faire ma première télé - sur Canal à l'époque, il y a presque dix ans - sa manie de sauter du coq à l'âne, d'interrompre ses interlocuteurs au moment où le débat se corse, je la supporte quand il s'agit de littérature, parce que la littérature je la lirai seule dans l'intimité de ma chambre - mais elle est insupportable quand elle concerne la vie même. Inviter des étudiants à dialoguer avec Valérie Pécresse, très bien, à condition qu'on les laisse parler. Que la distribution de parole ne soit pas à l'image de la distribution économique, de la distribution du pouvoir. Une doctorante en droit à Nanterre a-t-elle le droit de relancer une ministre qui ne répond pas à la question posée? Que vaut la parole d'une " maîtrise de Lettres Classiques" face à la parole gouvernementale? Question d'Ethos. L'une dans la lumière, assurée, bien habillée. Les autres à la course au micro, rouges d'émotion de parler en public. Alors l'Ethos, c'est Philippe Sollers qui a bien voulu prêter le sien pour défendre la cause. Pour une fois, Sollers dont la parole publique agace habituellement par sa roublardise (et décourage parfois, à tort, de lire ses livres), Sollers a gueulé, sans nuance, sans cynisme, un Sollers entier et je n'en doute pas, sincère, pour attaquer la démocratie du fric, méprisante et clinquante, de la gouvernance Sarkozy. Je ne lui connaissais pas cette fougue débarrassée d'équivoques. Pas à la télévision, en tous cas. Sollers applaudi par un public d'étudiants militants, redevenu jeune et fou, mais avec la carrure que lui confère l'âge et le CV. Valérie Pécresse réduite au respect. A l'écoute. Pourtant, Sollers ne résiste pas à son enthousiasme, il tente un coup : prendre la ministre en défaut de lecture des Bienveillantes, qu'elle prétend avoir lu. Manque de bol : elle l'a lu. C'est probablement la seule, au gouvenement, qui ait eu le temps et la patience de se farcir le pavé. Sollers contraint de la féliciter de sa lecture attentive. Pécresse n'a séché que sur un "détail" de la sexualité du héros : un homosexuel actif, dit-elle, et non passif. Elle se défend : ce n'est pas ce genre de détail qui m'intéresse.
Mercredi 21 novembre 2007
Photocopillage
On ne peut vraiment pas compter sur les gauchistes vénézueliens pour aider le président... Le président va donc devoir s'en sortir sans otage à libérer, sans diversion médiatique, tout seul comme un grand (!) Rappelons-lui au passage que chez les fonctionnaires, point de 13ème mois, ni brut ni net, rien, niet.
Sinon, Henri Guaino poursuit son travail d'archiviste du PCF... Après Guy Moquet, hier c'était Maurice Thorez qui était réquisitionné pour ornementer la rhétorique présidentielle... L'ouverture, en matière de rhétorique, est sans limite. Les morts sont encore plus faciles à débaucher que les vivants : nul besoin de leur demander la permission. Les archives politiques sont une grande bibliothèque de Babel, qu'on peut piller et citer indéfiniment à toutes les sauces, à l'envi, selon les circonstances, quitte à changer le sens des phrases en changeant leur contexte. Je propose donc un concours de citations de gauche réutilisables dans un discours du président (on a droit aux contre-sens, c'est même recommandé). Quelques exemples pour vous mettre en train :
"un élu, c'est un homme que le doigt de Dieu coince contre un mur" (Sartre, Le Diable et le bon Dieu) - pour défendre Chirac dans l'affaire des chargés de mission.
"il n'y a pas de mauvais riches. Il y a des riches et c'est tout." (idem) - pour justifier le paquet fiscal.
"la modestie est la vertu des tièdes" (idem) - en toutes occasions.
"C'est par la violence que nous nous éduquerons" (idem) - pour encourager les CRS qui débloquent les facs.
"Que voulez-vous, je ne m'intéresse pas aux idées, moi, je m'intéresse aux personnes."(Camus, Les Justes) - urgent de la reprendre illico pour stigmatiser toutes idéologies - en subtance, je l'ai déjà entendue par Thierry Mariani.
"comprendre c'est avant tout unifier" (Camus, Le mythe de Sysiphe) - juste après une citation du Général : je vous ai compris.
"Le comportement borné des hommes en face de la nature conditionne leur comportement borné entre eux." (Marx, L'idéologie allemande) - pour justifier la nouvelle taxe écologique sur les voitures polluantes.
"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre." (idem) - pour la prochaine virée à Dakar.
"Dans la famille, l'homme est le bourgeois, la femme joue le rôle du prolétariat." (Marx, L'origine de la famille, de la propriété privée et du prolétariat) - non non, là je déconne.
Lundi 19 novembre 2007
Merci les amis
D'abord, mon post du 21 octobre dernier est devenu réalité, extraordinaire, j'ai écouté Mermet (France Inter, 15h), il y a un mois, c'était une fiction, aujourd'hui, c'est du vrai, les alternatifs libéraux reprennent en choeur et au premier degré les slogans dérisoires de Coluche : "Syndicats caca", et ceux des intermittents de la géniale "Manif de droite" précédemment citée "Fillon tiens bon", etc. Ce qui était fait pour dénoncer l'abjection est désormais endossé par ceux-là mêmes qui étaient visés. Splendide.
Mais surtout, grand coup de chapeau aux cheminots qui auront réussi (c'est toujours mieux que rien) à faire taire le président pendant 5 jours, ce qui, vous en conviendrez, relève de l'exploit par les temps qui courent. Je sais, demain, ce précieux silence prendra fin et probablement la déclaration tonitruante qui le cloturera aura de quoi nous embrumer les tympans un sacré bout de temps, n'empêche, ça fait du bien, ça respire, ce silence de 5 jours - historique. Pour fêter ça, Renaud est même allé chanter Hexagone sur Canal, histoire de se prendre une dernière fois pour Dylan, avant que le président aille chercher Ingrid Bettancourt en falcone avec Chavez, pour écraser les grévistes d'un coup de com extraordinaire.
Dimanche 18 novembre 2007
Les belles histoires
Je n'ai pas lu le livre Storytelling dont on parle beaucoup. Pas le temps de lire, de toute manière, hors cours, hors thèse, hors écriture. Mais je me rends compte ces jours-ci que je participe sans le vouloir à la cohorte des narrations, à l'élaboration des mythes qui concourrent à la monarchisation du régime. En me délectant des petites histoires qui montrent notre président sous son plus mauvais jour (face aux pêcheurs, face aux bretons, face à Bush...) en relayant les anecdotes du Canard Enchaîné, celles du Petit Journal, je participe à mon corps défendant, comme les Guignols, comme Didier Porte, comme tous ces gens de gauche qui voudraient bien se marrer un peu avec la peopolisation des politiques, à leur édification en personnages. Je participe à l'acclimatation générale. Quand je ris de la rhétorique virile du président, quand je tourne en ridicule ses mots, ses attitudes, son physique, ses déboires conjugaux, j'oublie sa politique, je rentre dans son jeu. Je rends supportable sa fréquentation quotidienne. Ai-je le choix? Y a-t-il un autre système de défense, plus efficace, qui me permettrait de rendre le pouvoir supportable sans le relayer du même coup? Je ne crois pas. Il faudrait sans doute n'en parler que sérieusement, et se laisser miner le moral par les dangers encourus. Je ne suis pas de constitution assez solide pour supporter d'avoir, pendant 5 ans, le moral à zéro. La limite du militantisme, c'est la dépression. Pourtant, il y a quelque chose de pire que ces petites histoires qui construisent les héros. Il y a les sentences de l'opposition, dont les représentants consacrent la quasi-totalité de leur parole publique à s'auto-détruire. Le PS en particulier n'apparaît plus à la télévision que pour dire du mal du PS, quand il y en aurait tant à dire sur la politique du gouvernement. Une opposition nombriliste qui n'est plus capable que de commenter en boucle ses échecs pour en "tirer les conséquences", et cela dure depuis près de 6 ans. Là encore, en dénonçant, je relaye. Parole piégeuse performative. Quelqu'un a-t-il une idée pour un moyen d'action innovant et efficace? Il y aurait bien ça, mais je n'ai pas envie de payer les frais d'envoi.
Jeudi 16 novembre 2007
Lent glissement sémantique vers le pénible
Si vous avez envie de comprendre un peu mieux le financement du système de retraites, vous pouvez regarder ici. Je retiens l'information essentielle que l'âge moyen du départ en retraite des salariés du privé est 57,5 ans. (A deux mois près, le même que dans le public, eh eh...) Ce n'est donc pas en allongeant indéfiniment la durée de cotisation qu'on sauvera le système par répartition, puisque les patrons continuent à licencier des séniors qui partent du coup en pré-retraite. Et puis il y a cette merveilleuse démonstration que Sarkozy confond, dans une rhétorique hasardeuse mais bigrement efficace car merveilleusement relayée par les médias, équité et égalité. L'égalité, bizarre, on n'en parle plus, poubelle. L'équité, en revanche, très à la mode. Or l'équité, si on regarde Platon, le dictionnaire et notre ami économiste, c'est précisément le fait de corriger l'égalité afin de la rendre juste (le principe de l'impôt par tranches, par exemple). L'alignement des régimes spéciaux sur les autres relève d'un principe d'égalité inéquitable, puisque les circonstances particulières (salaires, cotisations, pénibilité) ne seraient pas prises en compte. Seule compte cette égalité de façade : public et privé travaillent autant (ce qui, dans les faits, est déjà le cas). Le concept fashion d'équité semble né d'une manipulation rhétorique visant à lui faire dire le contraire de ce qu'il dit. Ceux qui s'intéressent aux sophismes gouvernementaux pourront aller voir ici et ici les excellents décryptages de Judith Bernard.
Vendredi 9 novembre 2007
Lettres arts et sciences humaines
L'intitulé des principaux campus en grève. Evidemment, à Nice, rien pour l'instant. Les derniers seront les premiers. Bizarre, ce mouvement qui part maintenant, laissant l'UNEF à la traîne, bec dans l'eau, Julliard ayant négocié avec le gouvernement en juin et laissé passé la fameuse autonomie des universités en échange de quelques aides sociales, si j'ai bien compris. Maintenant, la base se révolte, et l'UNEF suit piteusement, tentant de récupérer le mouvement mais sans appeler à l'abrogation de la loi (et pour cause, ils l'ont laissée passer). Sur le fond, l'autonomie est un truc assez grave, même si ça arrange beaucoup de monde : les universités ne brillaient déjà pas par l'équité territoriale, l'égalité des savoirs et des diplômes, et encore moins les perspectives de carrière. On sait très bien qu'un chercheur parisien (en Lettres par exemple, soyons fous) trouvera un poste bien plus aisément qu'un chercheur de province qui se fera ballader de province en province avec des contrats précaires, ou finira par enseigner la conjugaison à des élèves de 6ème dans une zep de banlieue (j'en connais) - ce qui n'est pas infamant en soi, pour peu qu'on l'ait choisi. Tout le monde le sait, tout le monde a enterriné le truc depuis longtemps et trouve ça parfaitement normal. Evidemment, l'autonomie des universités ne risque pas d'unifier tout ça. Il faudra trouver des budgets, et ça aura au moins deux conséquences négatives : en sciences, la recherche fondamentale reléguée dans les cartons au profit d'une recherche rentable pour les labos des entreprises qui financent. Et puis, on peut imaginer que les filières "rentables" (donc scientifiques) vont se dévélopper au détriment des autres, tombeaux pour aspirants-fonctionnaires courageux : les lettres, arts et sciences humaines, dont les recherches ne sont presque jamais financées par le privé, car presque jamais rentables. Voilà donc pourquoi ce sont ces campus là qui votent le blocage, et pas beaucoup les autres.
Mardi 6 novembre 2007
La terre vue du lit
Clouée au lit, voix off, médocs sur le chevet, j'écoute la radio en m'endormant, Feist, Amy Winehouse, en me réveillant, ceci, comme tous les ans ou presque, d'un classicisme époustouflant, ne lirai pas, me déprime. Demorand en vacances, en visite chez Denisot. Aujourd'hui Sarko passé au tutoiement charretier en Bretagne, à la diplomatie poker au Tchad. Phase d'intimidation, bizarre, phrase étrange dans sa bouche "je les ramènerai quoi qu'ils aient fait", car "les erreurs, ça peut arriver à tout le monde" et le Président doit s'occuper "de tous les français", y compris de ceux qui ont fauté. Ouaahh... D'où vient donc cette toute nouvelle ouverture d'esprit? Les erreurs ne sont donc pas génétiquement programmées? Les délinquants sont-ils rachetables? Récupérables? Quelle belle évolution philosophique depuis mars dernier! On était alors, systématiquement, "du côté des victimes" et pas "du côté des voyous". La démagogie peut donc (aussi) améliorer un homme... J'applaudis des deux mains! Sinon, je voudrais dire à Christine Lagarde que je porte déjà un grand nombre de pulls (et même une écharpe rose qui me sied moyen), pourtant à Nice, il fait encore bien chaud. Mon chauffage est à 17. Et bon, on veut bien faire des économies, de fric et d'énergie, mais Jérôme ne peut décidément pas faire à vélo ses 90 bornes d'autoroute quotidiennes pour aller bosser (pourtant il est top en vélo, souvenez-vous, l'an dernier il a fait Nice-Perpignan en 6 jours). Quoi encore? Je navigue entre Artaud, Doubrovsky et Hercule Poirot. Je repense à Bataille. Dix ans que je n'ai pas relu Bataille. Je me souviens qu'à dix-sept ans, j'étais persuadée d'être la seule personne sur terre à comprendre L'Histoire de l'oeil. Un jour, je me suis révoltée contre Michel Onfray qui m'avait dit que Le Bleu du ciel était un livre fasciste. Aujourd'hui je mettrais son jugement sur le compte de la provoc. En même temps, Bataille et les épicuriens, ça ne pouvait pas coller... Quand j'aurai terminé ma thèse, je prendrai le temps de relire Bataille. J'espère que je n'aurai pas trop vieilli.
Fogiel vient de demander à Luchini qui est Rolland Barthes. Une dernière tisane et au lit.