30 novembre 2008

Home

Le car Eurolines avait mis quatre heures, j'avais oublié de noter la station de métro qui desservait la pension miteuse où j'avais réservé faute de mieux. Il y avait du vent et nous avions dû porter le sac dans le froid du soir. Devant l'immeuble un groupe de jeunes gens se mettait sur la gueule et nous avions mis du temps à nous décider à entrer. La porte était close et à force de frapper elle s'était ouverte sur un petit homme bourru aux cheveux teints qui portait un pyjama de satin rouge déchiré à l'épaule et qui avait pris notre passeport en maugréant qu'on l'avait réveillé. La chambre était d'un kitsch abominable, mais elle était spacieuse et le matelas était bon, il fallait juste oublier la tête de lit en cuir avec radio incrustée et les rideaux rouges qui semblaient faits dans le même tissu que le pyjama du propriétaire. La douche donnait alternativement un jet froid ou un filet d'eau brûlante. Il avait fallu courir pour trouver des billets retour mais je m'en foutais, car Vienne depuis douze ans était mon second chez moi, il ne pouvait rien m'y arriver que de miraculeux, parce que ça avait été décidé une fois pour toutes et ça ne changerait jamais, le monde pouvait bien s'écrouler, le PS et Bombay, je pouvais bien m'offrir deux jours d'inconséquence de temps en temps, aller lire Libération au Braünerhof, et vérifier trente mètres plus loin que le vieux Herr Hawelka était toujours en vie. Entendre que personne n'avait ouvertement parlé, en Autriche, de l'homosexualité de Jorg Haider, lire l'ironie mordante de Thomas Bernhard à propos de la bourgeoisie autrichienne, vérifier qu'il est pratiquement impossible de voir l'expo Van Gogh, mais voir celle consacrée à Hopper qui me tient bien plus à coeur, et découvrir la façade de la Rathaus transformée en gigantesque calendrier de l'Avent (c'est vrai qu'ils y vont fort sur la déco de Noël). J'avais poussé les murs de Prague sur un coup de tête et j'avais voulu aller écrire au Café Hawelka. C'était rassurant d'avoir ce refuge là pour oublier le reste. De savoir que pour les jours d'infortune il y avait un plan B. J'avais au mur depuis douze ans une carte prémonitoire qui disait "Wenn das Ende der Erde kommt, gehe nach Wien. Denn dort passiert es erst 20 Jahre später!" j'étais maintenant à 4h de train de l'éternité.

 

22 novembre 2008

Baptême

Peanuts

 

19 novembre 2008

Se tenir chaud

Depuis trois jours, ça a commencé : il fait froid. Je ne sors plus dans la rue que pour aller d'un point à un autre. Demain, ça devrait aller, je ne sais pas, c'est peut-être la dernière fois que je peux mettre une jupe d'ici... mars? Samedi, on annonce une maximale de -1, avec de la neige. Depuis des mois que je me prépare à ça, l'hiver (le vrai, celui que je n'ai connu qu'en 1986, et on en parle encore) est finalement en train d'arriver. Alors, outre la bière, la slivovice et le chauffage, va bien falloir trouver des expédients.
Quelque chose me dit que la FRA-TER-NI-TE ne va pas marcher dans l'immédiat. Dans la bataille du PS, la seule chose qui pourrait me faire plaisir serait la victoire de Benoït Hamon, et comment dire, ce doit être encore mon vieux réflexe de midinette qui soutient le perdant?
Demain les profs de France vont manifester. Ceux d'ici ne font jamais ça, ils disent que ça ne sert à rien, et puis ça leur rappelle de mauvais souvenirs. Ici le prof fiévreux est vivement encouragé à aller bosser (les trois premiers jours de congé maladie sont retirés du salaire) quitte à contaminer ses petits élèves. Mais c'est ma francitude qui revient au galop.
Darcos a osé dire que les maternelles françaises avaient accueilli des élèves de 18 mois... Et que les nouvelles mesures permettraient à certains enseignants de gagner 4400 euros en combinant prime et heures sup (en fait c'était 4400 euros par an, et ne sont concernés que quelques profs en première année de carrière, comme son cabinet l'a expliqué plus tard). N'empêche, la bataille de la communication tape une fois de plus sur les mêmes. Pardon, je me répète : le ministre aussi. A force d'enfoncer le même clou, vont bien finir par briser la planche.
Donc, je souhaite aux profs de France qu'il fasse bien beau demain pour les accueillir dans la rue. Moi, j'irai écrire mes trois pages réglementaires au Café Cubiste qui est décidément le lieu le plus chaleureux dans mon périmètre immédiat (surtout quand les serveurs n'ouvrent pas la fenêtre). En attendant, rien de mieux que ces épisodes de Snoopy que je relis en m'endormant. Un vif élan de solidarité m'étreint soudain.

Peanuts

 

13 novembre 2008

Famille

Ce soir à Toulon et demain à Nice, le Corou de Berra assure la première partie de Francis Cabrel, avec qui ils ont enregistré un titre. C'est pas tous les jours que j'ai l'impression de rater des trucs en n'étant pas à Nice, mais là, j'aurais bien partagé ça avec eux.

 

12 novembre 2008 (bis)

Sombres héros

Noir désir revient.

 

12 novembre 2008

Le tabou

Hier soir, l'Institut Français recevait Bernard Noël, dont Le Château de Cène vient d'être traduit en tchèque. Petr Kràl était là pour lancer le débat, et nous, on sirotait un vin chaud. C'était étrange que Kràl commence par une question polémique, à propos d'un désaccord sur Eluard - défendu par Noël, pas par Kràl (les poètes communistes ne font pas l'affaire des tchèques, même les plus grands, on aurait du mal à le leur reprocher, en même temps) - toujours est-il que la question finissait à peu près comme ça : pourquoi est-ce que la poésie française n'est faite que de mots? (J'avais quand-même envie de demander à Kràl de quoi donc est faite la poésie tchèque, mais j'ai plutôt avalé une autre gorgée de vin chaud.) Finalement, c'était pas mal cette question, du coup Bernard Noël s'est un peu "déboutonné" : il a parlé de son projet, puis de son procès (Le Château de Cène lui a valu pas mal d'emmerdes avec la justice - défendu par Badinter, dont la défense le glaçait : un bon écrivain est inoffensif pour le réel, disait-il, si j'ai bien compris, ce qui donna envie à Noël d'être toujours, et en priorité, offensif). Offensif il a donc été hier soir, quand il a exposé son concept de SENSURE, en le comparant à la CENSURE dont ont été victimes, par exemple, les pays de l'Est. Je résume : la SENSURE est ce processus impalpable qu'insinue dans nos têtes l'ultra-libéralisme triomphant, et auquel on ne saurait résister parce qu'il n'est pas identifiable, mais très sournois. Exemple le temps de cerveau disponible pour Coca-cola, bien entendu. (On pourrait ajouter que l'ultra-libéralisme aboutit, ici en particulier, à la même uniformisation que l'économie communiste - j'exagère mais si vous essayez de faire du shopping à Prague, vous ne trouverez que du H&M, du Zara, du Bata (ça, c'est tchèque) et même les sex-shops qui fleurissent partout sont tous de la même enseigne, Erotic City je crois, ils doivent donc tous vendre la même camelote, et je ne parle pas de la musique qui passe à la radio...) Noël s'est donc retrouvé à dire à une salle à demi-tchèque, en substance (et plus de retenue, car Bernard Noël n'est pas adepte du raccourci comme je le suis ici) : ce que vous avez subi est atroce, parce que votre liberté d'expression a été muselée par la CENSURE, mais faites attention à ce que vous faites à présent de votre liberté, car il n'est pas impossible que cette nouvelle forme de SENSURE vienne un jour vous ôter carrément la faculté de penser. Diversement apprécié dans la salle, évidemment. Moi, je n'en menais pas large, parce que je commence à savoir qu'il y a des sujets qu'il ne vaut mieux pas aborder à Prague, et je respecte, un peu par compassion, et aussi à cause d'une sorte d'étrange culpabilité. Mais c'était tout de même libératoire, ces pieds dans le plat, la première fois que j'entends aborder la question en trois mois ici.

 

8 novembre 2008

Ici on a pas mal parlé de ça et de ça. Ca n'a pas fait rire tout le monde.

 

4 novembre 2008

La nuit américaine

Il y a quatre ans, il y a huit ans, j'ai déjà vécu ça : remontée à bloc par les médias français très démocrates, France Info tournant en boucle, je me couche tard en croyant que Bush a perdu. Je me réveille à quatre heures du matin, merde il aurait gagné. A six heures il a re-perdu, je cauchemarde, les voix de France Info se mélangent à mon rêve, à huit heures j'ouvre un oeil et je suis aux anges, un autre swing-state a swingué, Bush enterré, puis après le petit déjeuner finalement non, putain quel mauvais hitchcock cette présidentielle.
Je dois dire que la deuxième fois, en 2004, c'est incrédule qu'au bout de plusieurs jours j'apprends la véritable victoire de Bush, parce que quand-même ça fait déjà quatre ans qu'il déblatère ses conneries, et Michael Moore m'a convaincue qu'il faut vraiment être débile maso ou du dernier réac pour réélire un mec pareil, qui a réussi à faire croire aux étatsuniens que Sadam Hussein a bombardé le World Trade Center (ils l'ont cru un petit bout de temps mine de rien). Mais je sais, depuis l'an 2000, que les américains peuvent élire leur président à la minorité des voix.
C'est sûr cette fois ils vont nous débarrasser de W. Je me sens un peu vieillie, un peu blasée, un peu désolée de ne pas partager le fol enthousiasme mondial, putain quelle rabat-joie je fais, si Obama gagne, bien sûr je me réjouirai, bien-sûr ce sera un fait de civilisation, parce qu'il est métis, et que c'est une vraie révolution, parce qu'il mobilise les foules et redonne de l'espoir aux plus déshérités. Mais le jour où les américains éliront un type qui est contre la peine de mort, alors là oui, ça commencera à avoir vraiment de la gueule.

A deux heures du matin : gagné la Pennsylvanie. Je m'endors avec RFI coincé dans les oreilles. Au réveil je suis quand-même vachement contente, ça y est, ils l'ont fait, tous les immigrés du monde pourront dire ça à leurs gosses.

 

2 novembre 2008

Le volontariat

On n'obligera pas les gens à travailler le dimanche. On n'obligera pas les profs à faire des heures sup. On n'obligera pas les gens à travailler jusqu'à 70 ans. Non, on ouvrira les magasins, on repoussera l'âge légal du travail, on généralisera les heures sup y compris dans le service public, mais on le fera "sur la base du volontariat". Parce que vous verrez, ils se précipiteront pour le faire, au bout de 10 ans sans revalorisation salariale, ces pauvres cons qui s'essouflent à courir derrière l'inflation, ils étaient déjà assez essouflés pour trouver séduisant le slogan d'un mec qui leur proposait de "travailler plus pour gagner plus". Maintenant qu'ils sont affamés par la crise, ils vont nous supplier de les laisser travailler plus pour gagner autant, voire moins. Au bout d'un certain temps que tout le monde fera des heures sup, on finira par dire : ces heures, vous pouvez les faire, on ne voit donc pas très bien pourquoi elles seraient "sup" : on va les rendre obligatoires (ça, c'est pour le service public). Ces branleurs de profs sont tout à fait capables d'assurer 2h sup par semaine, ils le prouvent sans problème depuis qu'ils n'ont plus le choix (parce qu'on a supprimé tellement de postes qu'il faut bien se partager les heures veuves). Donc, on ne voit pas très bien pourquoi on continuerait à leur payer plus cher ces deux heures de plus qu'ils font sans broncher, systématiquement. Dans le privé, les conditions de travail ne se négocient plus branche par branche, mais entreprise par entreprise, c'est-à-dire directement entre patron et employés. On ne voit pas très bien comment un employé pourrait refuser à son patron qui le lui demande expressément de travailler le dimanche. Et puis, ça fait toujours du beurre dans les épinards. Mais quand l'employé ne sera plus très enthousiaste, comment va-t-il s'y prendre pour dire à son patron, désolé y a ma famille qui me réclame, dimanche prochain je viens pas. On ne voit pas très bien comment, à l'entretien d'embauche, le DRH recruterait la caissière qui veut pas bosser le dimanche plutôt que celle qui veut bien. Le volontaire est un crétin de croire qu'il est volontaire. En Tchéquie, les supermarchés sont ouverts le dimanche, et même la nuit pour certains. C'est juste que, le dimanche, ils ouvrent à 9h au lieu de 8. Parce que les caissières volontaires ont quand même le droit de se bourrer la gueule le samedi soir.
Pour me consoler, il m'arrive aussi d'écouter le gauchiste qui cache la forêt sur Europe1, et je vous conseille vivement cette petite perle.