Mercredi 31 octobre 2007
Comment Brice Hortefeux a gaché mes vacances
C'est vrai ce titre est un peu abusif. Pour en comprendre les arcanes, on peut remonter dans la mémoire de ce journal jusqu'au 24 août dernier. Jérôme avait alors tenté de faire renouveler son passeport, et la dame de la Mairie lui avait demandé de monter un dossier, avec les actes de naissance de ses parents mais aussi leurs certificats de nationalité (ils ne sont pas nés en France) le tout devant passer devant le tribunal de grande instance, qui statuerait alors sur la nationalité de Jérôme, et lui délivrerait, si tout était conforme, un passeport électronique (le mot "biométrique" ayant été balayé pour cause d'anxiogénéité). Les démarches prendraient deux mois environ. Jérôme avait décidé de remettre cette démarche à plus tard, car il n'était pas certain d'avoir récupéré le nouveau passeport pour partir à Prague à la Toussaint. Je vous la fais courte, mais avec son passeport périmé, Jérôme a pu aller à Vienne, à Bratislava, et même à Zurich (hors Union Européenne) et là, nous étions persuadés que la République Tchèque, qui fait désormais partie de l'Europe, c'était pareil. Mais au bout d'une demi-heure de négociations avec les hôtesses de Swiss Airlines au sol, plusieurs coups de fil à l'Immigration, à la PAF, un fax de l'Ambassade de France à Prague certifiant que nous étions attendus et que nous n'en avions que pour 3 jours, toutes nos cartouches grillées, le cauchemar se referme : l'avion part sans nous, et nous prenons un bus pour rentrer à la maison. Il ne fait pas beau à Nice et ceux qui connaissent Nice savent combien Nice est absurde en gris. Une heure au pays de Kafka, que nous voulions toucher de plus près. Notre histoire avec la Républiqe Tchèque n'en est pas à ses premiers balbutiements. Déjà, au printemps dernier, nous avons cru pendant quinze jours que nous allions nous y exiler. C'était pendant les élections. Ca nous a aidé à passer le cap. Et puis non, finalement. On nous avait donné de faux espoirs. Ce sera pour une autre fois. Cette fois encore, partie remise. Partie kafkaïenne, jeu de patience.
Lundi 29 octobre 2007
Jet lag
Je n'ai pas écrit parce que je n'étais pas là. Trois jours à Paris un peu fous comme d'habitude. Le temps pour personne. En retard au déjeuner avec mon éditeur. En retard chez ma tante pour l'apéro, en retard avec Caroline pour les sushis, en retard avec Arlette ma directrice de thèse pour un chocolat chaud. En retard au colloque à l'université. Il faisait froid dans les couloirs du RER et mon sac était lourd. Les codes sociaux des universitaires parisiens, très différents des nôtres. Ovni au pays de la philologie. Appris beaucoup de choses. Impossible de raconter ici. Je pense à David Lodge : "le seul enjeu du roman universitaire c'est : le héros sera-t-il titularisé à la fin?" Essayer que la structure du raisonnement dialectique ne bave pas trop sur mes romans. Compartimenter le cerveau. Remercier Valérie et surtout Arlette d'être venues me supporter dans tous les sens du terme. En retard à l'aéroport. Chance indécente : j'ai réservé sur le bon vol. Le seul qui part. Je passe devant les quatre cents personnes qui attendent leur tour à Orly ouest depuis le matin. Sans me retourner, peur du lynchage. Inspirer, souffler, enlever la ceinture. Dans la salle d'embarquement, tenter de comprendre ce qui s'est passé. Donner du sens à toutes les rencontres, les mots, les échanges. En écoutant Thiéfaine "peu à peu, peu à peu, les mouches bleues, les mouches bleues reviennent". Les avions décollent en retard. A 23h15 à Nice, 15 degrés. Sudoku dans Libération. Fantômes aristotéliciens. Vitamine C. Dimanche au bord de la mer. Jérôme fait des photos. Bientôt Prague. Je rêvais d'un autre monde. De la Pilsner. Des toits rouges. Des cafés où l'on fume. Ciel blanc sur le Pont Charles en réfection.
Dimanche 21 octobre 2007
Manif de droite
Quelques heures à dialoguer sur internet avec mes compatriotes de droite. Pour oublier Cécilia, les usagers qui ne comprennent plus qu'une grêve, par définition, ça emmerde tout le monde, sinon, ça n'a aucune chance d'aboutir, pour oublier Laporte et ses déboires rugbystico-fiscaux, pour oublier que demain Pierre Salviac laisse tomber son blog, pour oublier que notre président récupère les reliques communistes pour faire passer le bouclier fiscal, et décompresser par avance de la semaine qui m'attend (travailler plus pour travailler plus). De ces quelques heures de conversation acharnée avec des types de droite (qui finissent toujours par vous insulter vaillamment), j'ai ramené quelques perles, assez proches des merveilleux slogans du site "manif de droite", que je vous livre ici, rions un peu avec Guy Moquet :
(il faut scander, bien-sûr)
"68 c'est fini ! rentrez chez vous !
La gauche est foutue, c'est la droite qu'est dans la rue !
Les fonctionnaires, à la frontière !
Soyons réalistes, demandons l'élitisme !
Beau! Grand! Notre Président !
Etre riche, c'est inné, pas acquis !
Bigard Bigard ah ah ah ah ah !
Des cartes de crédit pour les tout petits !
ARTE, c'est pas bien, on n'y comprend rien !
Le bouclier fiscal, c'est vraiment pas mal !
Afrique paye ta dette aux pays occidentaux !
Le droit du travail, c'est pour la racaille !
On aime, on aime les OGM !
Ecologie, démagogie !
Il est interdit d'interdire d'interdire !
Artistes, fermez-la !
Plus de banques, moins de saltimbanques !
Travail, famille, travail !
La culture, ça fait mal à la tête !
Taisez-vous les pauvres !
TF1 sur toutes les chaînes
Courage, Fillon !
Mireille Matthieu, c'est pas que pour les vieux !
Moins de hash et plus de DRH !
La grossesse à 6 mois, le travail ça n'attend pas !
Des escaliers, pour les handicapés !
La défiscalisation, c'est pour les bons !
Monsieur Bush, priez pour nous !
Pas d'allocs pour les dreadlocks !
A bas les colonnes de Buren !
SDF, rentrez chez vous !
Michel Sardou un peu partout !
Le Puy du Fou dans toutes les villes !
Le Bigdil c'est pas si facile !
Moins de fonctionnaires, plus de milliardaires !
Moins de Hippies, et plus de képis !
Moins de solidarité, plus d'écrans à coins carrés !
Non, non, non, la sécurité n'est pas que sociale !
Nous sommes tous des américains !
Sur les pavés, nos beaux souliers !
Travail, Famille, Poterie !
Un vrai statut pour les majorettes !
Viens danser avec Gilbert Montagné ! "
Dimanche 14 octobre 2007
Sans les mains...
Comme disait Bernard Laporte la semaine dernière, "les bleus ont été grands comme leur Président" (authentique). Gros débuts en politique, donc. A part ça, je veux bien qu'on tente de justifier le jeu au pied par les récentes règles qui avantagent la défense, mais contre les Anglais, on savait bien (depuis au moins 4 ans) qu'à ce jeu-là ils sont plus forts que nous. Il y a quatre ans le coach de la Rose (Clive Woodward à l'époque) avait déclaré avant la demi-finale : "si vous trouvez que notre jeu est chaint, vous n'avez encore rien vu". Laporte a dû mal le vivre : maintenant, on a le même. J'ai l'impression que Galthié a l'intention de poursuivre dans cette voie s'il prend la relève. J'espère me tromper.
...mais avec la langue!
Une initiative originale pour dire notre désaccord avec les conditions de regroupement familial, notamment les tests ADN et l'imposition d'un niveau minimal de langue française pour les nouveaux arrivants. Que vous soyez artiste, étudiant, retraité, pdg, chômeur ou totalement hors-classes, tirez la langue et rejoignez-nous ici.
Vendredi 12 octobre 2007
Vous avez remarqué, hier, pas une image, pas une actu sur notre président! Un miracle? Un complot de journalistes? Ou simplement le jet-lag au retour de Russie?
Jeudi 11 octobre 2007
Mythologie niçoise (suite et fin)
Ca y est, Jean-Maurice Agnelet a fini par être condamné à 20 ans de réclusion, pour le meurtre d'Agnès Leroux, en octobre 1977. Si vous n'êtes pas niçois, vous ne pouvez pas comprendre la portée de l'événement. Agnès Leroux, héritière des chicorées Leroux, avait disparu à l'âge de 29 ans, après avoir trahi le clan familial sur les conseils d'Agnelet, son amant et avocat, en cédant ses parts du Palais de la Méditerranée, l'un des plus grands casino de Nice, à Jean-Dominique Fratoni, patron du casino rival Le Ruhl et figure (supposée) de la pègre locale. Agnelet était un des fleurons de la période Médecin, avec son lot de magouilles mafieuses. Le meurtre n'a jamais été prouvé pour cause de défaut de cadavre. Les rumeurs les plus folles ont couru. Depuis trente ans, les Niçois soupçonnent chaque chantier des années 70 de renfermer le corps de la belle Agnès, coulé dans du béton. "Tu vois ce pont?" "Tu vois cet immeuble?" etc... Agnès Leroux fait partie de notre mythologie, figure de la jeunesse dorée et naïve, sacrifiée sur l'autel d'une mafia insaisissable... Pas de preuve, donc, mais un faisceau de présomptions suffisant pour que le parquet fasse appel de l'acquittement, l'an dernier, de Jean-Maurice Agnelet, après son procès de Nice. Si la justice niçoise n'était pas parvenue à condamner Agnelet, l'opinion publique l'avait fait depuis longtemps. Je ne suis pas souvent du côté de l'opinion, mais l'omerta a si longtemps règné dans nos contrées que je me réjouis aujourd'hui que le tribunal d'Aix ait fini par mettre un terme à 30 ans d'impunité. La mère d'Agnès, Rénée Leroux, n'aura pas passé sa vie à se battre en vain contre des moulins niçois bien affûtés.
A part ça, Doris Lessing a eu le Nobel, et ça n'a rien à voir, mais ça me fait plaisir. Même si RMC continue à l'appeler Boris.... Mais ça ne devrait pas durer.
Dimanche 7 octobre 2007
"Humilité et travail" (Jo Maso)
Il y avait bien un en-avant, sur cette passe de Traille à Michalak qui déboucha sur le 2ème essai. Mais l'arbitre n'a rien vu, notre téléviseur a fait de la neige quelques secondes, et quand il a retrouvé ses esprits, Jauzion était à plat ventre dans l'en-but, ballon dans les mains, un oeuf dans l'oeil. On s'en fout, que l'arbitre n'ait rien vu, la mauvaise foi chauvine fait bon ménage avec l'amour du sport. On est très contents. On retrouve notre insolence crâne de supporters niçois, premières années de Ligue 1 : "ils nous dominent, tant mieux, on va leur mettre un contre" (l'OGC Nice a tenu deux ans sur cette formule miraculeuse). Alors je sais, aujourd'hui, c'est la fête, Sarko et Dati hilares vont pouvoir s'étreindre de joie devant les caméras de TF1 (qui ne loupent pas une occasion de nous les montrer, qu'est-ce qu'elle fout Rachida dans les vestiaires des bleus? Non mais!), la croissance va peut-être faire un bond de 0,2 %, Fillon est un "détail", la faillite balayée, les couacs gouvernementaux oubliés. EADS à la cave. Et TF1 commence enfin à diffuser des matchs de rugby (l'était temps). J'veux bien profiter de la joie collective, mais y a un truc qui me chiffonne : possession de balle 77% pour les blacks. Touches perdues : France 6, N-Z 1. Plaquages : France 176, N-Z 31. Ok, ça prouve qu'on a une bonne défense. Mais quand Laporte se flatte que tout ait fonctionné comme prévu, là, j'ai envie de hurler. Alzheimer ou bien quoi? Etre mené 13-0 à 40mn, c'était prévu? Vendanger chaque ballon au pied pendant toute une mi-temps, c'était prévu? C'est comme ça qu'ils vont jouer contre l'Angleterre? Parce que la demi-finale d'il y a 4 ans, je m'en souviens bien. C'était un cauchemar, sous la pluie, ballon glissant, de la boue et des larmes. Les Anglais sont moins bons que les blacks, mais ils savent nous emmerder. Donc, pas temps encore de pavoiser. Humilité et travail. Et Chabal titulaire!
NB : Comme dit Umberto Eco : parler de politique, c'est déjà faire de la politique, parler de sport, ce n'est en aucun cas faire du sport.
Vendredi 5 octobre 2007
Consanguinité du petit pois.
Pendant que les parlementaires UMP se font traîter sans broncher de petits pois sans saveur par leur grand chef ouverturophile, s'écoutant sermonner que "c'est la consanguinité qui tue les civilisations", les étrangers de France en mal de papiers radicalisent désespérément leurs actions. Après le gamin russe défenestré à Amiens, la chinoise morte à Paris suite à une perquisition, deux sans-papiers kurdes menaçant de se jeter du haut d'un acqueduc à Montpellier, ce matin un Egyptien a tenté de s'immoler par le feu devant la préfecture de police de Paris. A force de battage médiatique autour du regroupement familial, l'ADN, la politique du chiffre (25 000 avant la fin de l'année), on en oublierait presque la réalité des personnes. Leur désespoir, de plus en plus visible, rappelle qu'ils n'ont rien à perdre. Rien à opposer que leur vie, à un gouvernement qui prône la mixité soit, mais une mixité "choisie", avec des papiers en règle. On ne sait prendre en compte que la misère légale. L'autre, la misère clandestine, peut bien aller se faire rotir un oeuf d'autruche sur l'autel des médias. Le premier signe d'ouverture de Sarkozy avait pourtant été, jadis, de supprimer la double peine.
Mercredi 3 octobre 2007
Impact player
Un impact player, c'est le type qu'on garde au chaud pour la deuxième mi-temps. On use les adversaires, et bam, à la soixantième minute, on le sort du frigo, comme on lance les chiens, et les adversaires sont tout déboussolés, se prennent trois point(g)s dans la figure, voire plus si affinités. Sébastien Chabal en impact player, c'était drôle au début, et puis on a fini par s'apercevoir que peut-être, en première mi-temps, c'était encore mieux. Mais le sélectionneur a la tête dure. Contre les All Blacks, Chabal en impact player, c'est absurde, on imagine mal l'adversaire effrayé de trouver enfin un ennemi à sa mesure (physique) un quart d'heure avant la fin du match. L'impact player ne produit son effet que si l'adversaire est usé, ou exsangue. Il y a un truc que le sélectionneur ne peut pas faire, c'est choisir son impact player dans le camp d'en face. Un Jack Lang, un Julien Dray, ça c'est du bon impact player piqué à l'équipe adverse, déjà bien décimée. Ca vous raffute, ça vous dépasse, ça vous plaque bien haut, ça vous met le moral dans les chaussettes. Evidemment, certains diront, c'est de l'anti-jeu. Mais on s'en fout, on a l'arbitre dans la poche.
Cela dit, l'impact player a intérêt à avoir un mental hors du commun. Rictus d'Eric Besson hier soir chez Fogiel, quand on lui a demandé "Vous avez déjà acheté votre maillot des All Blacks?" puis "Comment fait-on pour lécher le cul du président quand il fait son jogging?". Un mental de ouf, je vous dis.
Autre chose, dans le genre tentative de corruption de l'arbitre, j'ai lu ça en croyant vraiment que c'était une parodie, mais non, il paraît que le dialogue est vrai, que ce sont les premières pages du prochain BHL.