26 octobre 2008

Blues stay away from me



22 octobre 2008

Grande purge

Ca sent mauvais. A l'instant je lis le titre des actus Yahoo : "le putsch de Sarkozy". Déjà, la formulation fait frémir, mais c'est vrai qu'il y a de ça, après tout, un type capable de balancer à l'Europe : élisez-moi président pour un an, passons par-dessus le règlement parce que c'est la crise et que je suis votre sauveur, ben, il est peut-être capable de nous annuler la prochaine présidentielle à cause d'un attentat, d'un krach boursier ou des jeux olympiques. Je le sentais venir, le type qui veut pas lâcher. Il arrive.
Ce qui me pose problème, égoistement, c'est que celui qui doit prendre la succession de notre président en janvier, c'est Vaclav Klaus, le président tchèque, un eurosceptique convaincu et ultralibéral tardif (avec la foi des convertis) qui n'aimait déjà pas beaucoup Sarkozy, et depuis aujourd'hui, vous imaginez, il l'adore... Ce n'est pas que j'aime, moi, Vaclav Klaus, non, jugez-plutôt : il vient d'écrire dans Dnes, le quotidien national, que Sarko est un dangereux communiste en puissance (et nous ici on sait ce que ça veut dire, hein les gars). Et ça, j'avoue, ça me fait flipper : parce que, même si depuis trois mois, j'ai bien compris que le mot "communiste" n'a pas le même sens en France et en République tchèque, ce qui est bien compréhensible, tout de même, un type capable de traîter Sarko de coco, ça fait pas sérieux... Il n'y en a pas un pour rattrapper l'autre, j'espère juste que Klaus vexé ne va pas décider de rompre avec la France, auquel cas, retour illico sur la Côte d'Azur, via la valise diplomatique. Ce serait dommage, on commence à bien aimer notre vie ici.Et bientôt sur le blog de Donatien, la traduction intégrale de la tribune de Klaus.

 

17 octobre 2008

Message de Fernando Arrabal

Jusqu'à quand la calomnie se haussera-t-elle, indélébile ?
Jusqu'à quand les charognards éclabousseront-ils de leur propre ignominie les solitaires?
Jusqu'à quand la frontière entre vie privée et domaine public sera-t-elle 'napalmisée'?
Jusqu'à quand les violeurs de l'indispensable secret de nos vies  se  rassasieront-ils dans les latrines de l'histoire?  
Jusqu'à quand les exterminateurs de la nuance entre l'œuvre et son auteur  continueront-ils de sévir?
Jusqu'à quand  la victime sera-t-elle couverte de crachats et clouée au pilori ?

Nous exprimons  notre amitié et notre vive admiration  pour Milan Kundera aujourd'hui, 16 octobre 2008, à Paris.

«Quousque tandem…» : F.Arrabal, Bernard Henri Lévy et Michel Houellebecq (premières signatures)

 

9 octobre 2008

Citation

"Avec Jean-Marie Le Clézio, c'est le retour de Nice dans le cercle des grands écrivains planétaires."

Christian Estrosi, France 3 Nice, le 9 octobre 2008.

 

8 octobre 2008

L'ironie tragique

Je poursuis mon dictionnaire des névroses patibulaires quotidiennes : après la litost, la procrastination et la velléité, explorons aujourd'hui l'hypocondrie. L'hypocondrie est une maladie souterraine qui passe inaperçue à force d'être reléguée par des symptômes horribles qu'elle emprunte à toutes les maladies mortelles. L'hypocondriaque a mal dans la poitrine. Essentiellement (c'est d'ailleurs de là que vient son nom : littéralement : sous les cartilages des côtes). Il a d'autres choses tout aussi embêtantes, mais celle-ci est de loin la plus étourdissante. Parce que, l'hypocondriaque sait bien que dans la poitrine il y a les poumons et qu'à gauche un peu plus bas il y a le coeur, et bien-sûr, toutes ces aiguilles qui semblent s'enfoncer entre ses côtes, tous ces étaux qui semblent enserrer son thorax et qui l'empêchent d'inspirer à fond, c'est évidemment le début d'une fin certaine et imminente. L'hypocondriaque traîtera avec le plus grand mépris ses maux de ventre, parce que le ventre n'est pas mortel (enfin, pas à courte échéance), il dédaignera aussi toutes les irrégularités mécaniques de ses bras, jambes, ses douleurs dorsales, etc. Mais le moindre chatouillis dans la poitrine lui donnera des vertiges à coloration morbide. Il le sait, tout va bien : l'électrocardiogramme de la dernière fois était formel. L'auscultation de sa respiration a tous les aspects de la normalité la plus sécurisante, malgré le paquet de clopes quotidien qu'il s'enfile en culpabilisant. Mais il y a quelque chose de plus fort, de plus profond : son inquiétude est comme la garantie de réchapper in fine à tous les maux du monde. Le jour où, habitué à s'inquiéter pour rien, il cessera de s'inquiéter, ce jour-là, la tumeur sera bel et bien infiltrée dans sa poitrine, c'est certain. Cette tumeur, ou cette artère bouchée, ou cet anévrisme imaginaire, a quelque chose d'insoutenable dans sa virtualité même : il serait insoutenable d'être colonisé de l'intérieur sans le savoir. Les phobiques savent cela : la présence de l'araignée dans votre chambre est bien plus abjecte que l'araignée elle-même. Maintenant que je vis dans un pays où les araignées sont plus sacrées que les vaches en Inde parce qu'elles sont censées porter bonheur, je peux bien vous le dire : ce qui est infâme dans l'araignée, c'est qu'elle était là, alors qu'on se croyait seul. On se croyait en sécurité lové dans son lit, ou l'esprit vagabondant librement entre les quatre murs du bureau, et voilà que cette chienne d'araignée vous lorgnait d'un oeil malicieux, comme une webcam bien planquée elle s'était introduite dans votre intimité et vous l'ignoriez. La panique devant l'araignée vous conduit, une fois que vous l'avez écrabouillée contre un mur blanc, à chercher frénétiquement si par hasard ses consoeurs ne continueraient pas à vous narguer dans un coin. Parce qu'il y a pire que d'être colonisé par une araignée -ou une tumeur- c'est d'être colonisé en ignorant qu'on l'est. Etre, finalement, le dindon de la farce. Cette araignée, cette tumeur, c'est l'oeil de Dieu. C'est ainsi qu'on appelle, dans la tragédie antique, l'ironie tragique : vous savez, ce pauvre Oedipe qui promet de tuer l'assassin de son père... Les spectateurs savent bien que c'est lui-même qui a tué Laïos... Il n'y a que lui, le pauvre con, pour l'ignorer de bonne foi. L'hypocondriaque, comme le phobique des araignées, craint plus que tout le piège de l'ironie tragique, et la vexation ultime que ressent Oedipe quand le piège se referme sur lui. Alors, plutôt que de profiter des moments de sérénité qui lui restent avant que s'introduise une araignée dans sa chambre, ou une tumeur dans sa poitrine, il préfère anticiper la présence du parasite, afin de n'être pas surpris le jour où parasite il y aura. L'hypocondriaque ne craint rien tant que d'être le dindon de la farce. A vouloir à toute force maîtriser son destin, il paie sans doute son péché d'orgueil. Dans ses moments de lucidité, car il en a, l'hypocondriaque reconnaît volontiers que, tant qu'il peut passer son temps à inspecter ses murs en se tenant les côtes, c'est qu'il n'a pas d'autre souci que l'anticipation des soucis futurs. L'hypocondrie serait donc, ironiquement, le probable symptôme d'une quiétude objective.

 

7 octobrez 2008

Figures de style

J'ai parlé ici à plusieurs reprises de la parole performative, vous savez, ce vieux truc qui fait que lorsque le maire dit : "je vous déclare mari et femme" , hop, vous voilà marié... et quand le prêtre dit : "je te baptise", un peu d'eau et paf, le tour est joué. C'est en général ces deux exemples qu'on donne aux étudiants pour leur faire sentir la magie de la parole performative. Un exemple plus littéraire, chez Musset "si le curé de votre paroisse soufflait sur vous et me disait que vous m'aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire?" (Camille à Perdican, On ne badine pas avec l'amour). Bref, jusqu'ici, on enseignait la parole performative à coups d'amour, de religion et de loi. Il y a deux ans environ, j'avais pointé ici même la dimension performative des sondages : "Royal baisse" en une du JT faisait baisser Royal.
Il est temps de réviser nos exemples : la spéculation boursière a démodé tous les autres. Nul doute que dans quelques mois, nos manuels se mettront au goût du jour et diront : quand le directeur du FMI dit :"c'est la crise", cela fait augmenter la crise. Les médias disent : "le CAC40 ouvre à la baisse" et hop, le CAC40 se prend 3% dans les dents. (On peut ici remarquer la singularité du lien performatif signifiant-signifié, l'un provoquant l'autre, et non l'inverse.) De cela découle une prudence proche de la panique : on marche sur des oeufs. N'importe quel dépositaire de la parole publique se fait dessus de trouille à l'idée de sa responsabilité monumentale : dès lors qu'il a entre les mains un micro, il a le pouvoir de faire chuter le Dow Jones la nuit, le CAC le jour. L'homme public responsable se tait donc, ou rassure. Car il espère que l'effet inverse sera tout aussi valide : si je vous dis n'ayez pas peur, alors vous n'aurez pas peur. Mais c'est sans compter la dimension anxiogène des protestations de quiétude. N'importe quel enfant de cinq ans sait bien que "je reviens" veut bel et bien dire : je m'en vais. Et que "tout va bien" ne se dit que quand manifestement quelque chose cloche. Le mensonge responsable frôle donc l'antiphrase. Et l'homme du peuple en a pleinement conscience. Le trader, encore bien plus. Nous assistons donc, depuis quelques jours, à un nouveau genre d'antiphrase performative : quand Sarkozy dit "nous garantirons tous les capitaux des particuliers", l'homme du peuple a tendance à courir à la banque changer son plomb en or (valeur refuge, toujours). Et quand Christine Lagarde dit : "le gros de la crise est derrière nous", l'homme du peuple se marre (jaune, mais à gorge déployée). Parce que la parole performative dépend quand-même considérablement de celui qui parle. Si moi je vous dis : "je vous déclare mari et femme", vous ne serez pas davantage marié.