30 octobre 2009
Banc d'essai musique en streaming
La dernière fois que j'ai acheté un cd, ce devait être le dernier Nick Cave, par tradition, par réflexe, par collection. A peine écouté, je n'étais pas de l'humeur adéquate. Sinon, de cd, plus. Ou par coquetterie, from time to time, ou par solidarité financière avec l'artiste. Là, failli acheté le dernier Miossec, et David a eu l'excellente idée de me le copier. A Prague, les cd, plutôt ceux des années 80-90. Sinon, des tchèques, on commence à en connaître quelques uns, bien bien, respect, mais moyennement ma came : Karel Krill ressemble à Brassens mais je ne comprends pas les textes, Bitova me rend très irritable, en dépit de la grande considération que j'ai pour elle. Encore quelques efforts.
Ici no Hadopi. On regarde des films gratuits. Pour la musique, le téléchargement me semble encore trop long et laborieux, j'écoute en streaming, comme tout le monde.
Deezer, depuis la restriction - peut-être géographique, car comme beaucoup de sites de chaînes de télé, les sites de streaming sont un peu xénophobes, "désolé on ne diffuse pas dans ton pays, ô toi citoyen européen de seconde zone", même Arte je vous jure - Deezer a donc complètement avalé mes playlists, ou plutôt, elles ne sont plus désormais que des listes injouables où surnagent deux trois titres (dont Carla Bruni qui tient beaucoup à ce qu'on puisse l'écouter gratuitement). Tout le reste a mystérieusement disparu dans les tréfonds des tiroirs des avocats de la SACEM, EMI, UNIVERSAL, etc.
Avec Deezer Premium, je pourrais retrouver l'intégralité de mes listes, en payant 4,99 euros /mois. Mais je peux aussi écouter les mêmes titres sur Grooveshark ou MusicMe. Les titres censurés sur Deezer, on les trouve facilement ailleurs. Si j'étais prête à payer 9, 99 euros/ mois, Deezer Prémium m'offrirait en prime le téléchargement illimité. Ce même bijou est déjà accessible sur Jiwa (dont l'interface me semble lente et pas pratique, peut-être, là encore, pour des raisons géographiques) et Grooveshark, sur lequel en plus, toutes les fonctionnalités gratuites sont encore en état de marche. Avec pas mal de musique en stock. Tout n'est pas disponible : trois pauvres titres de Bashung, deux de Kevin Coyne, ça m'énerve. Les américains sont bien mieux représentés sur Grooveshark que le reste du monde. Mais depuis que Grooveshark a lancé son forfait VIP à 3 dollars/ mois, qui promet entre autres de supprimer la pub, les écrans de pub sont de plus en plus écoeurants : des avant-après avec d'énormes ventres mous et des seins en forme de crème dessert périmée. Je ne sais même pas ce que vendent ces images si ce n'est le forfait Grooveshark qui les ferait disparaître. Mais elles sont ciblées en fonction de l'IP : seuls mes lecteurs pragois verront peut-être de quoi je parle. Fatiguée de ce panorama quotidien, j'ai fini par aller voir sur MusicMe et franchement, pour l'instant, c'est ce que j'ai trouvé de mieux : disponibilité des titres, efficacité du moteur de recherche, clarté. Le téléchargement se fait par forfait à 9,90 euros/mois en illimité, ou bien par titre ou par album, mais comme je ne télécharge pas, qu'importe. Ils ont les vieux Bashung et le titre de Kevin Coyne que je cherchais. Je n'ai pas encore trouvé comment faire un lecteur exportable, mais j'y travaille.
28 octobre 2009
Les scandales
Perles hors-classes cette semaine - mais on ne s'attarde même plus, on en a vu d'autres. Je ne détaille pas, vous savez déjà tout. Je souligne.
1) La re-votation des députés sur la question de la surtaxe des bénéfices bancaires, à cause de Jean-François Lamour (mais si) qui, après 2 ans et demi d'hémicycle, ne saurait toujours pas se servir du bouton... Vrai scandale démocratique. Je ne comprends même pas comment l'opposition peut laisser passer un truc pareil. C'est un nouveau concept de gouvernance, quand le vote de l'Assemblée ne convient pas, on le refait.
2) Le rapport de la Cour des comptes qui révèle le coût de la présidence française de l'Union Européenne. Vaclav Kaus disait en février dernier : "il n'est pas nécessaire d'être hyperactif et d'organiser un sommet européen tous les week-ends" pour être un bon président de l'Europe.
3) Le discours copié-collé du président aux agriculteurs. Avec la petite phrase comme quoi il ne sont pas venus écouter un discours qu'ils ont déjà entendu. A regarder sur le Petit Journal de ce jour pour ceux qui l'auraient manqué. Il faut croire que Guaino est trop occupé ces jours-ci.
26 octobre 2009
L'embrasement, suite et fin.
Non-lieu : qui n'a pas eu lieu. Qui ne s'est pas produit.
24 octobre 2009
Les éléments de langage
C'est apparu dans la bouche des journalistes cette semaine. A la suite de la triade Polanski-Mitterrand-Jean Sarkozy. On a eu l'occasion de jouer au jeu préféré du Petit Journal qui fait d'excellents montages montrant les ténors politiques répéter en boucle les mêmes phrases émaillées des mêmes bons mots, dans plusieurs émissions différentes. J'ai donc apprécié cette brillante explication de texte, avant de me réjouir des aveux passés ici. Et, évidemment, en matière d'"éléments de langage" le meilleur d'entre eux aura été le fils héroïque, le fils sacrifié, capable de reprendre docilement à son compte la "campagne de désinformation", la légendaire "passion de la politique" (et même celle, moins évidente, du département des Hauts-de-Seine) qui anime tout dirigeant digne de ce nom, et qui implique d'"aimer les gens". La judicieuse distincition père/président, qui marque la frontière entre l'intime et le public et qui semblait étrangement positionnée dans le flux de la conversation, réponse sans question, tombée comme un malencontreux cheveux blond sur la soupe Pujadas. Etc, je ne vous la refais pas in extenso, mais y du matos. De cette semaine un peu folle je tire deux interrogations :
1) combien ya-t-il de citoyens français assez naïfs pour se laisser prendre à un jeu aussi grossier - parce que là, pardon, mais c'est énorme le coup du fiston au 20heures, rhétorique paternelle affublée de lunettes (j'attends l'enquête de rue 89 chez l'ophtalmo familial, prouvant que le petit à bien 10 à chaque oeil), swatch au poignet, caricature blondasse juvénile du père, verbalisant lui-même l'enjeu de son passage télé : "peut-on faire preuve de maturité à 23 ans?". Combien de convaincus? Il paraît que le sondage du jour dit 23%.
2) Après cette mise au jour des méthodes de communication élyséennes, ces fameux "éléments de langages" diffusés simultanément aux ténors du parti et repris partout en 24h, comment va évoluer la communication politique? Comment sera-t-il encore possible de poser une question et d'en considérer la réponse? Si j'étais journaliste, il me semble que je me ferais un plaisir (et un devoir) de demander à Fred Lefèvre et à Nadine Morano ce qui, dans la soupe (polevkà, en tchèque, de saison) qu'ils nous servent, relève des "éléments de langage" que le parti a bien voulu leur servir. Il me semble que 90% du discours politique actuel est composé de cette ligne unique prérédigée par Guéant/Guaino.
Enfin, ce qui m'énerve le plus est la nomination de la chose, aussi vague et indéterminée que possible. Soyons clairs : éléments de langage ça ne veut rien dire. En linguistique en sémiologie, rien de rien. On dirait rhétorique de propagande, là ok, je m'inclinerais.
23 octobre 2009
La dépendance
J'avais admis le princpe de la dépendance assez facilement : j'étais dépendante de toute chose approchée d'un peu trop près, de toute personne aimée même un tout petit peu, de toute substance ingérée ou inhalée avec un tant soit peu de plaisir. L'addiction est une question de tempérament, certains font de l'autonomie une question d'orgueil, d'identité, pour d'autres l'attachement passe par cette sorte de soumission volontaire à ce qu'on aime, la relation ne peut se nouer qu'ainsi. Les dépendances s'accumulent alors et se relaient, s'entretiennent souvent. J'étais bien trop consciente du risque pour m'approcher des toxiques, on se protège comme on peut, mais la cigarette était devenue presque métonymiquement la béquille qui me sauvait de toutes les autres tentations biologiques affectives ou intellectuelles. La cigarette condensait mes dépendances en une et entretenait toutes les autres en un nuage obsessionnel plutôt agréable. Parfois pourtant la cigarette me rappelait à ma finitude, à grands renforts médiatiques elle me condamnait. Elle creusait dans ma poitrine une fragilité qui s'ancrait au fil des ans et qui deviendrait mortelle un jour. La toux s'approfondissait, la peur aussi, si bien que j'avais fini par éliminer toute cigarette en attendant qu'elle passe. Depuis une semaine je jonglais avec une armada d'erzats - du chocolat aux clous de girofle, aux abricots secs, en passant par le citron, miel, vin chaud, toutes ces choses qui ne sont pas mon truc en temps normal. On dit qu'il faut changer toutes ses habitudes pour en changer une. Rompre tous ses rituels pour casser une dépendance. Je savais que mon seul pouvoir était de substituer une dépendance à une autre. Je n'avais pas choisi d'arrêter de fumer mais j'avais conscience d'une opportunité. J'espérais reprendre bientôt, mais 3 cigarettes au lieu de 20, si c'était possible. Mon amie A. disait qu'il ne fallait rien s'interdire. Je ruminais sa phrase entre deux carrés ou deux tablettes de chocolat. Ca ne me dérangeait pas du tout d'être dépendante, j'en avais admis le principe comme un trait fondamental de mon caractère. L'important c'était de pouvoir choisir ses dépendances et les miennes me semblaient aimables. C'étaient leurs conséquences qui m'inquiétaient.
17 octobre 2009
15 octobre 2009 (bis)
Le 25ème
Hier les pompiers avaient sauvé de justesse un salarié de France Télécom qui tentait de se suicider. Aujourd'hui un autre n'a pas eu cette chance. Par pendaison, les deux.
Il neige à Prague et la neige fond.
15 octobre 2009
Pacte autobiographique et ordre moral
Je me fichais pas mal de ce que l'écrivain Frédéric Mitterrand faisait en vacances, et de l'âge de ses amants aussi, comme de ceux de Guibert, dont seule la grâce des textes m'importait, car dans un roman, comme dans un rêve, tout peut être beau même le mal et même le pire, on ne fait pas de la littérature avec de la morale. La seule chose que je connaissais de l'écrivain Frédéric Mitterrand c'était son sentiment de culpabilité qui imprégnait jusqu'au titre de l'ouvrage incriminé : La Mauvaise vie. Je trouve, un très beau titre.
Le problème dans un livre, ce n'est pas ce qu'a fait l'auteur, c'est ce qu'il a écrit. Le corps de l'auteur, c'est une convention, une abstraction, on n'y a pas accès. On ne va pas convoquer la robe de Monica Levinsky pour traquer la tache. Ce que l'auteur écrit, on le croit si l'auteur écrit que c'est vrai. Ca s'appelle le pacte autobiographique, ça a été théorisé par Philippe Lejeune en 1976 et tous les étudiants en lettres depuis en ont mangé un bout. En gros, s'il y a écrit "mémoires" ou "autobiographie" sur la couverture, ou si l'auteur dit en 4ème de couv : j'ai vécu cette histoire, je n'ai rien inventé... le lecteur, docile, se met en position de le croire. On s'en fiche un peu au fond de savoir si Sartre était un beau petit garçon avant qu'on lui coupe ses boucles, si Guibert prenait bien le bus n° 21, si Rousseau mentait dans ses Confessions, l'important, c'est que leurs écrits sont donnés pour vrais, et que ça change notre manière de les lire. Mais il faudrait être un juge bien naïf pour considérer ces écrits comme pièces à conviction tant leur véridicité est dérisoire. Ce n'est pas parce qu'on écrit sa vie qu'on dit la vérité. Bien au contraire.
Cette échelle de valeurs - l'esthétique avant le judiciaire - n'existe qu'entre auteurs et lecteurs, entre gens pour qui l'art vaut mieux (ou compte davantage, dans un contexte et à un moment donnés) que le réel. Mais voilà, lorsque l'écrivain s'aventure en politique, il découvre autour de lui que la plupart des gens accorde bien plus d'importance au réel qu'à la chose artistique. Et lorsque lui-même prétend s'occuper du réel, on lui renvoie son oeuvre à la figure non pas en tant qu'objet esthétique, mais pour ce qu'elle contient d'indices de ce réel trivial qu'il a tenté jadis de sublimer. Le contre-sens est infâme et pourtant, il est légitime. Les citoyens et les ministres ne peuvent se contenter d'un univers esthétique où projeter leur humanité imparfaite et rêveuse : ils ont le monde à s'occuper. Un ministre, ça doit pouvoir penser que si tout le monde faisait comme lui, la réalité serait meilleure. Ca ne peut pas se permettre de.
14 octobre 2009
L'Etoile manquante
J'oubliais Nice à force de ne pas y être, elle devenait une buée idéale, lumineuse et lointaine, où je me réfugiais lorsque le réel était trop gris. La distance défigurait et magnifiait Nice, l'étirait si bien qu'elle n'était plus qu'une courbe bleu et or, une étoile maternelle qui, par-delà les nuages, veillait vaguement sur mon sort. Tous les deux ou trois mois, Nice redevenait vraie, triviale, présente, et la retrouver était un soulagement en même temps qu'une torture. Je dis Nice - elle ne vaut que par ceux que j'y retrouve et la fête qui semble se mettre en marche quand j'arrive. Le soleil et la mer sont des ornements qu'on dirait disposés spécialement sur mon chemin. Les rencontres font mal, ensuite, à la mesure de ce qu'elles ont donné de joie sur l'instant. Le désir - absence d'une étoile - ne fonctionne qu'en dyptique avec la cruauté du manque. Je suis prise dans un dispositif géographique implacable qui aiguise les nerfs et l'âme avec la régularité d'un balancier aérien.
12 octobre 2009
Monsieur