Vendredi 30 septembre 2005

Hier, j'ai rencontré la cousine Danielle. J'avais dû la rencontrer une fois, quand j'avais cinq ans. Je me souvenais seulement de sa piscine. Et que sa fille était sportive. En la voyant hier, ce qui m'a frappé c'est sa ressemblance avec ma grand-mère. Le même petit nez, la même finesse des traits, le sourire. Et surtout, quand elle s'est assise dans la voiture, ses jambes, ses chevilles toutes fines, c'étaient les mêmes. Comme si ce corps que j'ai perdu il y a six ans avait une réplique, des morceaux vivants, là devant moi. Un patrimoine génétique dont je n'ai pas hérité mais qui est là, présent quelque part au monde, ma grand-mère n'est plus là mais ses jambes dansent encore.

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mercredi 28 septembre 2005

Dio vi salvi Paoli

Je n'en parle pas souvent, mais j'ai un quart de sang corse. A l'enterrement de mon grand-père, on a chanté le Dio vi . Il y a bien des choses à redire, des attitudes à condamner, et surtout faire la part des choses entre la crapule et le nationaliste… mais hier, quand j'ai vu le Paoli quitter Marseille, je n'ai pas pu réfréner un élan du cœur, un truc irrationnel, qui a l'odeur de l'immortelle et le goût de l'huile d'olive. La stratégie du pire, qu'ils disent. Le pire pour qui ? De quel côté ? Le pire à combien de millions d'euros ? A combien de chômeurs ? Quand le bateau a jeté l'ancre, je suis sûre qu'ils ont débouché des bouteilles de Cap Corse et tranché le Figatelli en trinquant à la mort du capital. Ca fait partie des prérogatives corses. Comme les cigarettes détaxées et le littoral vierge. Tous les nationalistes corses ne sont pas des terroristes mafieux. Il y a aussi des gens simples qui ont quelques convictions et défendent leur coin de paradis. Quand on veut leur piquer leur job, il leur vient des idées romantiques, et ils engagent des actes inconsidérés, quitte à payer le lendemain, et en faisant attention à ne blesser personne. Comme tous les grévistes du monde, sauf que ça a un peu plus de gueule.

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Dimanche 27 septembre

Trouvé cette petite chose dans le hall de l'immeuble ce week-end, ai passé trois quarts d'heure avec elle, et puis son propriétaire est venu la chercher. Je commençais à espérer que de propriétaire, il n'y en ait point. Je les ai prévenus : la prochaine fois, je la garde. C'est fou comme un être minuscule et vulnérable peut vous rendre gaga en moins de deux. Pourtant je ne suis pas droguée à l'instinct maternel. Deux ronron trois miaou et le tour est joué, c'est infaillible. J'ai eu le temps de la photographier, mais pas de lui donner un nom. Juste à temps. 

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vendredi 23 septembre 2005

J'irai cracher sous vos couvertures

Ce soir c'est la première des Bâtisseurs d'Empire à l'Alphabet. J'ai le trac pour eux, et pour moi, parce qu'au son et lumières, si je me rate, je mets tout le monde dans la merde. Et puis je suis frustrée de ne pas voir la pièce. Envie de dire au monde entier d'aller la voir et de la lire, même si les éditions de l'Arche ont fait une 4 ème de couverture honteuse. Le type qui a torché ça ne connaît rien à l'absurde, ni à Vian. Et je sais de quoi je parle : j'ai passé un an à étudier cette pièce passionnément. Dans la vieille édition, il y avait un dossier de presse de 1959, qui montrait combien la pièce avait troublé, chaque critique proposant une interprétation différente. Ils ont supprimé ça – pourquoi, pour économiser du papier ? Et à la place, ils donnent leur vision de la chose, minimaliste, définitive, qui nie tout le mystère de la pièce. L'absurde, par définition, c'est ce qui se dérobe à l'interprétation, ce qui n'appelle pas de réponse. Pas une seule réponse, en tous cas. Que l'éditeur de Vian, Brecht, Strindberg… n'ait pas compris ça… ça me scie.

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Mercredi 21 septembre

Shame on me

C'est la rentrée. Tout plein de réunions qui durent longtemps. Je donne des cours à la fac, ça va faire la troisième année.

Depuis l'an dernier, pour s'aligner sur les Etats-Unis, le ministère a mis en place un système d'évaluation des enseignements par les étudiants. Attention, on a bien dit les ENSEIGNEMENTS et non les ENSEIGNANTS. Et démerdez-vous pour leur faire piger la nuance : s'ils ne peuvent pas encadrer le prof, auront-ils la sagesse de se poser honnêtement la question de sa compétence pédagogique ? Moi-même j'en suis incapable. Les profs que je n'aimais pas, je séchais leurs cours, et je me répandais en cancans de mauvaise foi sur leur compte, peu glorieux mais ô combien défoulatoires . Je pense à ma mère institutrice qui a refusé l'inspection toute sa vie parce que ça lui donnait mal au ventre, et parce qu'on ne peut pas noter des élèves si soi-même on est noté, on ne peut incarner l'autorité si soi-même on la subit. Ces convictions que je partageais quand j'avais sept ans. Et maintenant, je plie. Je donne à mes étudiants des feuilles sur lesquelles ils écrivent si je suis un bon prof. L'an dernier, ils étaient enthousiastes, alors je me suis fait avoir. C'était flatteur. Alors j'ai continué. Je participe à la démagogie gouvernementale. J'accepte en un même élan crétin d'incarner l'institution et l'objet de consommation.

Beurk.

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Mardi 20 septembre 2005

Au delà de six mois, votre ticket n'est plus valable.

Un texte qui m'a toujours mis les larmes aux yeux, d'une angoisse irrépressible un peu ridicule : le Héron. Je ne suis pas dingue des fables de La Fontaine, mais pour le coup, cette histoire d'oiseau qui laisse passer les poissons en espérant chaque fois mieux, et qui finit par se rabattre, mort de faim, sur un vermisseau, je m'y suis identifiée sans bornes, avec la boule au ventre de rater sa vie, les occasions, les portes… et là, en regardant le JT c'est pareil, pourtant je ne suis pas (encore) inscrite à l'ANPE, ben non, je suis étudiante pour la sécu, écrivain pour les impôts… Mais imaginons : demain je m'inscris au chômage. Une gentille secrétaire me fait remplir un questionnaire. Bac + 6 ou 7… Littérature comparée… Kezako ? Après quelques semaines de recherches acharnées, elle me propose de donner des cours dans le privé, une classe unique de la 6 ème à la terminale, payée au smic horaire, 35 heures par semaine. Je me dis que c'est de l'exploitation, que je ne vais pas m'en sortir à préparer les cours pour 7 niveaux différents, surveiller, corriger… bref, je refuse. Paf, je perds 20% de mon alloc, qui entre nous n'était déjà pas fameuse. La secrétaire est désolée, mais, c'est la loi. Elle me fait poireauter un peu, histoire de voir si toute seule, je suis capable de trouver chaussure à mon chômage, et puis, deux mois plus tard, re-convocation : cette fois elle me propose un poste de secrétaire-standardiste dans une grande société de la zone indus de Nice. J'ai pas de voiture. Pas le permis non plus. Je ne suis pas spécialement enthousiaste à l'idée de passer 2 heures dans le bus tous les jours pour un salaire de misère et un emploi ultra sous qualifié (d'ailleurs on a gommé de mon CV la mention DEA, plutôt handicapante tout compte fait). Je refuse donc, la mort dans l'âme, et mon allocation est divisée par deux. Attention, ça commence à chauffer. La secrétaire me soupçonne de mauvaise volonté. Par mesure de rétorsion, à la convocation suivante, elle me propose de faire le ménage dans les bureaux d'une banque, entre 5h et 8h du matin. Et là, je fais quoi ? J'accepte ? Ben sûrement, que j'accepte, parce qu'il faut bien payer le loyer. La secrétaire est navrée, mais le ministre est content : le ménage, c'est bon pour les statistiques.

Evidemment, l'épilogue de cette douce fiction, c'est que je me fais virer illico, parce que pour le ménage, je suis d'une incompétence crasse.

Mais le cœur y est.

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lundi 19 septembre 2005

Bien déçue par le film de Jarmush, plein de qualités et de longueurs, pas très touffu, bien dans la nuance mais une succession de jolies nuances ne suffit pas à faire un grand Jarmush. Et Bill Murray non plus. Casting féminin irréprochable, bonne musique, plans calqués sur Edward Hopper, bon moment, certes, mais pas top, comme on disait dans les 90's.

Allumé TF1, surprise : Patrick Timsit a enfin mué.

Ouille, que de name-dropping ce soir. Ce doit être l'idée de la rentrée, et du travail sur la thèse, par compensation.

Répétition du troisième acte des Bâtisseurs d'Empire , je monte dans la salle après avoir envoyé le son, mon père seul en scène et là je suis son seul public. Il suffit d'être deux pour qu'il se passe quelque chose. Un acteur, un spectateur, un projecteur. Beau moment.

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samedi 17 septembre 2005

Etais partie à Aoste pour un séminaire de doctorants chercheurs sur le tragique au théâtre. En fait ça concernait seulement le 17 ème et 18 ème siècle, et puis d'après ce qu'on a vu, la critique en Italie, c'est pas comme en France, super classique et plus proche de la bibliographie commentée que de l'analyse. Conférences de trois heures en italien le matin et l'après-midi (j'ai pris des notes en français… c'est fou ce que j'ai progressé). On a fini par sécher et aller se balader, sur suggestion de ma prof qui est une petite maman adorable. Beaux moments de complicité autour d'un espresso ou d'une grappa à la terrasse des cafés (en Italie, les fumeurs sont relégués en terrasse).

Les italiens ne nous aiment pas, qu'on se le dise, et dans le Val d'Aoste, ils nous prennent carrément pour des impérialistes américains. La francophonie, c'est l'ennemi. Le dernier jour, en guise d'au-revoir, le gentil organisateur nous a parlé du « sentiment de race » que les français ont toujours mis en avant. ???!!! Je lui ai balancé Berlusconi dans les dents. Il a du comprendre qu'un tel spécimen d'arrogance était bien capable d'enchaîner sur Mussolini, il s'est calmé.

Le côté positif de la chose, c'est qu'à force de rester entre nous, avec Marc et Valérie, mes compagnons de galère, on est devenus amis. Compagnons thésards francophones dissidents, je vous aime.

La montagne est belle, mais ça fait quand même bien plaisir de revoir la mer. En mon absence, Michel a composé une nouvelle musique sur un de mes textes (j'espère pouvoir mettre tout ça en ligne d'ici peu). Jérôme a adopté le chat et progressé au piano. La lecture assidue de Thomas Bernard ne semble pas avoir complètement siphonné sa bonne humeur.

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dimanche 11 septembre 2005

Un Lion d'argent pour Philippe Garrel ! Et un prix de la meilleure contribution technique pour son chef op'. Le film « Les Amants réguliers » sera diffusé sur Arte en octobre et sortira en salles juste après.

Dès ce soir sur la Rai Tre.

Bravo.

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samedi 10 septembre 2005

Wait and see… Ce soir à 19 heures Palmares du Festival de Venise.

Tout s'enchaîne en septembre. Direction Aoste dès demain. De quoi écrire un giallo.

Ai quasiment fini le travail de correction sur le manuscrit. Rêve de mes personnages la nuit.

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jeudi 8 septembre 2005

Une chanson de mon adolescence, signée Benoît Blue Boy , le plus grand bluesman français. Ca a bien mis dix jours avant de me revenir.

Moi j'veux aller à New Orleans

J'ai d'jà mon ticket à la main

Quand j'vais arriver là-bas

J'vais pêcher le poisson-chat

Moi j'veux aller en Louisiana

Moi j'veux aller en Louisiana 

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Mercredi 7 septembre 2005

Jour de foot.

Je prie, parce que si on perd, Jérôme va être tout triste et de mauvaise humeur pendant quarante-huit heures. Jérôme, il est très fort au foot. Il était né pour être footballeur, il a fait dix ans de formation à l'OGCNice. Il a joué contre Thierry Henri en -17ans. Il a failli être pro, et puis sa cheville n'a pas résisté à la chasse aux tacles. Alors il est devenu poète. Et photographe, et webmaster, et prof de lettres. Il est très doué, Jérôme, pour plein de choses. Pour le commentaire sportif, aussi : il dit tout ce que dit Jean-Mimi, mais avec dix secondes d'avance, et vachement plus de classe. Quand on marque, il se lève et il est très heureux. Il a réussi à me transformer en supportrice en m'emmenant au stade juste avant que Nice monte en Ligue 1. Et à me faire comprendre le hors jeu en moins de deux. Evidemment, comme toutes les filles, je préfère le rugby. Mais ce soir, je prie. Parce que si on ne se qualifie pas, dans un an, Jérôme va passer toute la coupe du monde à bouder.

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Mardi 6 septembre 2005

Répétition des Bâtisseurs d'Empire au théâtre, où je fais la régie. C'est dommage, du coup je ne verrai pas la pièce. J'adore cette pièce. Mon père l'a montée plusieurs fois quand j'étais gosse. Plus tard, j'ai fait ma maîtrise dessus. C'est la plus belle pièce de Vian. Une grande œuvre absurde, et une tragédie. J'aime bien participer au spectacle, sans pour autant monter sur scène. Y être pour quelque chose, sans subir la souffrance et le risque de la rampe.

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Lundi 5 septembre 2005

Il faut lire ceci pour se convaincre que j'avais raison sur le film de Philippe Garrel. Caroline, envoyée spéciale à Venise pour l'occasion confirme que là-bas « c'est la folie ». J'ai depuis quelques mois sur ma table de travail une photo du tournage. Evidemment celle que publie Libé, tirée du film, est plus belle encore.

Je voudrais m'excuser ici auprès des représentants que j'ai abusivement photographié aujourd'hui lors de notre réunion chez Gallimard, et à qui j'ai promis de mettre la photo sur mon site : sous le coup de l'émotion j'ai malencontreusement bougé, et les photos sont désespérément floues. Elles ne seront donc tristement pas dans Photobiographies 2 , et je m'en mordille les doigts de désespérance.

Maintenant je dois aussi m'excuser auprès de Christophe pour cette profusion d'adverbes en « ment » absolument intolérable.

Journée parisienne donc, bien agréable, si l'on oublie la partie aéroportuaire de la chose. J'ai quand-même réussi le coup de deux : les deux G dans la même journée… Pas mal. Croisé quelques figures du 6è arrondissement. Pour la petite provinciale que je suis, ça dépayse. Ai noté enfin le formidable blanc des yeux du chauffeur de taxi black. Là encore, j'ai trop bougé pour la photo. Donc pas de photo aujourd'hui.

J'ai bien peur que le chat ait tué la salamandre. Trois jours qu'elle n'a pas bougé.

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Samedi 3 septembre 2005

Présentation du dernier film de Philippe Garrel au Festival de Venise aujourd'hui : "Les Amants réguliers". Vivement le Palmarès.

Il est pas beau mon club de tir ?

On a cueilli des figues.
J'ai joué Verbeeck et Lévesque dans le quinté.
Ce soir foot.
Un vrai samedi

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Vendredi 2 sept. 2005

Une lumière incroyable sur le balcon ce soir, ça me rappelle l'été humide de Dix heures et demie du soir en été , un de mes Duras préférés.

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Jeudi 1er septembre 2005

Rendez-vous au commissariat Auvare avec Elsa pour l'autorisation de détention d'arme. Pour info, je fais du tir sportif depuis un an, j'ai fait dernière aux départementaux l'an dernier, mais je compte bien m'améliorer et j'en ai marre d'emprunter le 22L rifle de mon instructeur… Je veux le mien !!! Du petit lait pour mes détracteurs : je vois déjà le complexe de castration pointer le bout de son gros nez viril… Bref, on s'est retrouvées dans le bureau de Monsieur Dalton (authentique) qui ne nous a pas adressé un mot et qui s'est débrouillé pour ne pas croiser une fois notre regard pendant la demi-heure passée ensemble. Du coup ça nous a laissé le temps d'observer son décor : une affiche de la Joconde avec un gros joint, un automatique 9mm accroché à un clou, une collection de petites voitures, une affiche de la brigade cynophile faisant la promo de « Fifi » le nouveau chien détecteur d'armes… Monsieur Dalton écoute du bon vieux blues (de Robert Johnson à Paul Personne en passant par Creedance) ça m'a rappelé mon adolescence. Du coup, j'ai plutôt de la sympathie pour Dalton et ça m'a embêtée de ne pas croiser son regard. J'ai du signer un truc du genre : « je soussigné moi-même déclare sur l'honneur n'avoir jamais été en hôpital psychiatrique ». Ca m'a fait bizarre. On recevra les papiers d'ici un mois, donc probablement pas d'arme avant Noël.