Lundi 24 septembre 2007

Harcèlement

Je l'ai dit : je ne regarde plus le JT, autant que possible (faut bien meubler pendant la pub après les Guignols) et je m'en tiens aux radios (France Inter de préférence) et aux infos Yahoo. Mon père comble mes lacunes à coup de comptes-rendus du Canard, LCI et JDD. Malgré ces précautions, je me suis aperçue du sentiment négatif qui me grignotte les nerfs ces derniers temps, et j'ai mis une petite semaine à l'identifier. Je souffre de harcèlement moral. Comme, je pense, la plupart de français éveillés, il ne se passe pas un jour sans que mon petit chef, ou "petit père du peuple" ne m'assène une réforme antisociale, une phrase assassine, une perspective effrayante. Chaque jour. Et je me dis qu'à ce régime, les gens qui pensent comme moi, ceux qui n'ont pas encore compris que l'économie de marché allait faire leur bonheur en filant 15 milliards aux riches et en faisant payer leurs médicaments aux pauvres, ceux-là, dans cinq ans, cinq fois 365 petits poignards dans le dos, ils vont avoir une sacrée sale gueule. Je me demande comment on fait pour entrer en résistance contre ce type de harcèlement légal, médiatique, "démocratique"... Je n'ai pas encore trouvé, à part le caisson d'isolement. Mais ce soir, miracle, je suis au moins heureuse de voir que je ne suis pas la seule à chercher... Les journalistes syndiqués sont allés réveiller l'opposition endormie. Pas encore relayée par les chaînes publiques, cette initiative, mais un petit espoir qui se lève au pays du 4ème pouvoir. Enfin!

 

Mercredi 20 septembre 2007

Révolution culturelle

J'avoue, j'ai du mal à suivre, l'écoeurement fait place à la fatigue, il y aurait chaque jour une bonne dizaine de raisons de s'indigner, et puis c'est la rentrée, premiers cours, concentrés tous en une même journée. A la fin, plus de voix. Reprendre le rythme. Je ne sais pas comment font ceux qui discourent et courent toute la semaine, euphon ou amphètes, va savoir. Hier, j'avais presque les larmes aux yeux en entendant Axel Kahn dire à Thierry Mariani : en philosophie morale, Kant dit que "si la maxime de ton acte n'est pas valide universellement, alors ton acte n'est pas valide." Et l'autre, le député, répond : "je ne me place pas sur le plan de la philosophie morale, mais sur le plan du cas pratique". J'imaginais un élève de terminale répondre ça à son prof de philo, et le prof, navré, pousser un soupir de découragement. Je me disais : ils bradent tout. Toutes les valeurs chèrement apprises à l'école. Et ils sont en train de convaincre tout le monde. Ces vieillies valeurs qui exigeaient qu'on réfléchisse, qu'on fasse attention, balayons-les une fois pour toutes et simplifions-nous la vie. Aujourd'hui, expulsion en catimini de clandestins zaïrois recrutés en hâte, sur avion privé affrêté pour l'occase, encadrés par 25 flics... Manque de bol, zaïrois pas assez nombreux pour rentabiliser l'opération, il fallait donc aller écumer les centres de détention à la recherche de zaïrois immédiatement expulsables... Tout ça pour la modique somme de 185 000 euros (info exclu Europe 1, relayée nulle part à l'heure où j'écris).
Hier matin, sur France Inter, une émission consacrée à la politique culturelle de notre président. A l'arrêt du bus, dans mon mp3, je tends l'oreille. J'entends : mécénat, patrimoine, subventions. Quelque chose attire mon attention, alors en rentrant je vais lire la fameuse Lettre de Mission à la Ministre de la Culture. Il y a beaucoup de choses, outre le ton comminatoire dont on ne s'étonne plus. Il y a l'étrange justification des ordres, la légitimité du suffrage universel, mise en avant, comme en campagne. Il y a la volonté de donner un enseignement artistique aux jeunes, et un enseignement d'histoire de l'art depuis l'école jusqu'au lycée. Soit. Mais en supprimant un poste sur deux départs à la retraite, ça va pas être facile de recruter des profs... Il y a la gratuité des musées, et cette phrase un peu cavalière, qui tranche étonnamment avec le reste de la missive : "Si elle est possible et réussie ailleurs, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas en France." Il y a, surtout, le passage qui concerne les subventions aux artistes et organismes artistiques : La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous réformerez à cette fin les conditions d'attribution des aides en créant des commissions indépendantes d'attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions.
Je vais me fendre ici d'une petite explication de texte : actuellement, les commissions d'attribution des aides, notamment le CNC (cinéma) et CNL (littérature) sont composées de professionnels de la profession, qui tournent régulièrement, et attribuent les subventions en toute indépendance (je précise que je n'ai jamais reçu d'aide de l'un ni de l'autre). Leur mission, en général, consiste à aider les artistes à produire une oeuvre - que ce soit pour financer un film ou pour se dégager du temps afin d'écrire un livre. Les aides ainsi distribuées sont censées garantir une certaine liberté de création, pendant le temps de réalisation d'un projet. Elles s'adressent donc à des artistes qui n'ont pas, a priori, ce temps, cette liberté, cet argent. Le fait de vouloir distribuer ces aides en fonction de la popularité des bénéficiaires est un non-sens, une aberration en matière de politique culturelle : un artiste très populaire vit de son art. Si l'on demande l'avis du public pour attribuer les suventions de l'Etat, on va "aider" Marc Lévy, Amélie Nothomb et Anna Gavalda. Les "aides" ainsi glanées suffiront tout juste à leur payer une semaine de vacances aux Baléares, un stylo Mont-Blanc ou un nouveau chapeau. Ce n'est pas une question de goût personnel : le principe est absurde. On pourrait aussi bien décider de subventionner TF1 qui est très populaire et arrêter d'aider Arte qui ne fait pas assez d'audience. On pourrait donner l'avance sur recette aux Bronzés 4, et la refuser à Philippe Garrel ou à Desplechin.... Un petit jeu à poursuivre pendant les longues soirées d'hiver.
Ce qui est assez extraordinaire aussi, c'est la conclusion, qui récapitule l'ensemble des priorités, et qui précise : "Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier"
Autrement dit : cocotte, va falloir serrer la ceinture, pas question d'augmenter le budget, et même si t'arrives à le baisser, t'auras un bon point, titularisée au prochain match...(la gratuité des musées, l'enseignement de l'histoire de l'art... effectivement, va y avoir intérêt à trouver des mécènes).
Mais tout ça n'est rien en regard de la "révolution culturelle" promise aujourd'hui aux fonctionnaires. Aucun mot n'est tabou, on vous aura prévenus.

 

Lundi 10 septembre 2007

Stigmatisation, piège à cons

J'ai encore écouté Europe 1 (je sais, faut que j'arrête... au moins cette tranche horaire où on débat avec les auditeurs). Aujourd'hui, le chauffeur de salle s'appelait Jacques Marseille, un type qui réapparaît périodiquement quand les retraites des cheminots sont à l'ordre du jour. Depuis des années, je ne sais que ça de lui : sa haine du cheminot et de ses privilèges honteux. Parce que c'est bien ça, la question : les privilèges du cheminot. Qu'on ne vienne pas nous parler du régime social des clercs de notaires qui sont 500 à se courir après ou de celui des sociétaires de la Comédie-Française, ceux-là, ils peuvent bien les faire travailler jusqu'à 70 piges, ils ne trouveront pas de pièce au répertoire pour employer tous leurs vieillards à la fois. Donc, les cheminots. Qui, il faut bien l'avouer, sont la caste la plus privilégiée de France, d'ailleurs tout le monde rêve de leur piquer leur place au soleil, hein, z'avez pas remarqué comme vos gamins les regardent en bavant d'envie, des étoiles plein les yeux, Maman, moi quand j's'rai grand j'veux être cheminot... Les cheminots qui se dorent la pilule au soleil dans leurs tongs Prada de plaisanciers paresseux... J'irai plus loin : ces salauds de cheminots qui se feront payer leur retraite (mirobolante) par nos enfants, tandis que nous travaillerons comme des bêtes dix ans de plus. Et là, Jacques Marseille a un argument de poids : les statistiques. Les statistiques disent (n'ayant pas pu vérifier, je suis obligée, ici, de faire confiance à Jacques Marseille) que ces enfoirés de cheminots ont une espérance de vie supérieure à la moyenne. Et ça, précisément, c'est intolérable. Qu'une partie de la population vive plus longtemps, ça, horreur, il faut à tout prix y mettre fin, et sans traîner. Il faut, par souci d'équité, leur enlever leurs quelques semaines de vie en plus, à ces sangsues de syndicalistes nos enfants engraissent. Argument imparable, même Guillaume Durand est d'accord! Un porte-parole de la CGT fait remarquer que peut-être, il faudrait mieux essayer de rallonger la vie de tout le monde. Monstruosité! Vous allez à l'encontre de la marche du monde! (entre-temps, vous aurez remarqué qu'on a prouvé, incidemment, que le travail tue) La marche du monde! La fatalité : dans le monde entier, on fait travailler les gens plus longtemps. Doit bien y avoir une raison. Mais on ne l'appelle pas "libéralisme", la raison. On ne l'appelle pas "dumping social". On l'appelle "fatalité". Qu'une heure de travail soit plus productive qu'il y a cinquante ans, qu'elle soit même plus productive en France qu'en Grande-Bretagne (dixit Thomas Picketty, économiste, mais de gauche, car ça existe), on n'en parle même pas, on ne l'entend pas. La parole audible, c'est : on vit plus longtemps, donc on doit travailler plus longtemps. (Et le chômage des seniors, on en parlera une autre fois, ça n'a rien à voir).
Si vous avez poursuivi jusque là, vous pouvez bien patienter le temps de la conclusion : si le système de retraite par répartition est en danger, c'est la faute aux cheminots (et aussi aux agents EDF, que j'ai inexplicablement oubliés jusqu'ici). Ces gauchistes de la CGT, ce sont eux qui mettent notre équilibre en péril. Solution : supprimons leurs privilèges indûs. Et finançons plutôt les 8 milliards du bouclier fiscal. Parce que les riches, au moins, ils l'ont mérité, leur argent. Et pis y vont le réinvestir pour faire augmenter la croissance, c'est sûr.

 

Samedi 8 septembre 2007

Irrécupérables

La récup politique requiert un minimum de réussite. (On se console comme on peut).

 

Vendredi 7 septembre 2007

Les petits (allez)

La folie Rugby commence aujourd'hui. Les habitués de ce journal sur fond bleu savent mon amour de l'ovalie et du XV de France en particulier. Il y a quatre ans j'avais commis une nouvelle après la défaite. Cette année je redoute surtout le gâchage de la fête par voie de récupération politique. On nous a déjà demandé de nous habiller en bleu pour regarder la télé (tiens, ça me rappelle des souvenirs pas si vieux). J'aimais l'accent et la poigne de Laporte aux vestiaires, j'aime moins son avenir politique et sur le terrain, sa stratégie défensive qui semble parfois inspirée du pire Clive Woodward (on va finir par avoir un jeu aussi chiant que les Anglais, pour résumer). Certains m'opposeront que l'efficacité prime... Certes. Pourtant ce qu'il y a de plus excitant au Rugby, ce sont les phases d'attaque, construction patiente et presque géométrique d'un essai collectif. Evidemment, c'est encore mieux si on gagne à la fin. Mais cette année, si on gagne, ce sera la victoire de Sarkozy, et ça me fait vaciller d'avance, l'imaginer à la tribune VIP, comme Chirac en son temps, "et un, et deux, et trois... et 35-17!" Suit l'intronisation de Bernard au gouvernement, avec force accolades viriles... Bref, supportrice oui, mais pas dupe, autant que possible. Et puis, je demande à voir les commentateurs de TF1. Et je renvoie les passionnés au blog de Pierre Salviac. (Salut à vous, Pierrot!) Je vais finir par écouter RTL seulement pour profiter de sa sagacité.

 

Mercredi 5 septembre 2007

Vienne - dernière (jusqu'à la prochaine fois)

Avant de me laisser définitivement absorber par la rentrée, une dernière escapade rétrospective sur mes pérégrinations estivales. Le meilleur pour la fin, rencontre avec deux jeunes femmes, Tatiana et Veronika, respectivement comédienne et metteure en scène, qui ont le projet d'adapter Viande au théâtre. Je ne sais pas si elles arriveront à leurs fins, je l'espère, et même si je risque de me retrouver dans une salle de théâtre germanophone, à ne rien comprendre et à redouter de me faire dépecer par le public au salut, ce projet donne un sens à mes voyages répétés à Vienne. Quand j'ai reçu, il y a six mois, le premier mail de Veronika, j'osais à peine y croire. Les gens qui m'ont écrit à la suite de Viande étaient souvent des déséquilibrés, mais là c'était différent : une femme, artiste, viennoise. Ca sentait bon. Quand nous avons décidé, avec Jérôme, d'aller passer - une fois de plus - nos vacances à Vienne, nous n'étions pas sûr que Veronika serait disponible pour nous rencontrer. Le jour du rendez-vous, elle a eu un accident de voiture (sans gravité) et c'est Tatiana que nous avons vu arriver à sa place au café Hawelka (j'avais toujours rêvé de donner des rendez-vous de travail au Hawelka). Nous avons parlé pendant des heures, éprouvant notre "anglais international" et le lendemain, Tatiana a pu se libérer pour nous retrouver dans un autre café du centre. Là encore, anglais international, vraie connivence et passage en revue des questions existentielles qui nous brûlent les lèvres : elle m'interroge sur le personnage du roman. Je la questionne sur l'Autriche, ses artistes et son paradoxe culturel (les plus grands artistes autrichiens ont toujours haï l'Autriche, de Schiele à Thomas Bernhard, à Jelinek, à Hanneke, Handke...). Je me rends compte que les théories théâtrales enseignées à mes étudiants ont fait leur chemin dans ma tête : j'ai intériorisé la liberté toute puissante du metteur en scène contre l'auteur. Je pousse Veronika à se libérer de mon texte, à l'interpréter. Je suis curieuse d'en découvrir sa vision, sa version. J'appréhendais de rencontrer ces femmes qui avaient aimé Viande, je redoutais qu'elles soient agressives, viriles ou folles : elles sont belles et simples, elles ont compris le texte, dans une empathie rare, qui le justifie presque, qui le rend précieux. Il me reste à croiser les doigts, à espérer qu'au printemps prochain, dans une salle qui s'appelle "Anatomietheater", le projet prendra corps. Une manière d'exil, aussi, une respiration, échapper au climat, à ce qu'on fait aux théâtres français .