27 septembre 2009
La nature
Hier soir Biljana et Dragan nous racontaient que la politique anti-pigeons à Prague avait consisté à importer des prédateurs - des corbeaux si j'ai bien compris, mais il y avait déjà eu des faucons quelques années avant, qui avaient bouffé tous les moineaux sans toucher aux pigeons.
Ils disaient que durant leur dernière performance, ils avaient eu un bébé pigeon dans les combles de leur immeuble, et qu'ils l'avaient photographié chaque jour pendant 9 jours, il avait grandi très vite. Le dernier jour ils l'avaient retrouvé sans vie, l'oiseau prédateur ayant pénétré dans les combles par une vitre cassée, il s'était attaqué au pigeonneau pour lui prendre son coeur, laissant sa dépouille dans le nid. La pigeonne n'était pas revenue couver son second oeuf. Biljana et Dragan avaient enterré l'oiseau mort sur le mont Petrin. Je trouvais cela horrible, je me félicitais que chez nous, le prédateur ait emporté l'oisillon tout entier et qu'il ait laissé un petit sur les deux.
Ce matin en ouvrant la fenêtre, j'ai mis 20 secondes à comprendre ce que voulait dire la tâche rouge dans notre goutière : la pigeonne couvait désormais un oisillon mort et sans coeur.
27 septembre 2009
Feu de tout bois
Le peuple tchèque est un des moins croyants d'Europe, paraît-il. 40% d'athées. Contrairement aux voisins polonais, et malgré une densité d'églises assez élevée. Bref, je me suis déjà tapé les JMJ à Rome en 2000, là je me croyais à l'abri. Benoît XVI a débarqué ce week-end. Histoire de mettre un peu l'ambiance, il a fait un discours. Comme tous les hommes d'Etat qui foulent le sol pragois, il est revenu sur le triste passé communiste et il a trouvé un argument tout neuf : si les communistes ont fait tant de mal aux Tchèques, c'est parce qu'ils les ont privé de Dieu. Ben oui, les Tchèques, ils n'ont pas manqué de liberté, non non, ils ont manqué de Dieu. Ils n'ont pas manqué de denrées alimentaires, de littérature étrangère, de solidarité internationale, de liberté d'expression, de mouvement, de pensée. Non, je vous dis : de Dieu. Voilà. C'est tout de même révolutionnaire, ça. Et je vais vous dire : les Tchèques devaient être vachement plus heureux sous l'occupation allemande, puisque les gentils Allemands leur ont construit plein d'églises baroques. Mais c'est vrai, j'avais oublié : le pape est allemand. Là où ça pue la récupération démagogique, c'est quand on essaie de faire croire aux Tchèques que être catholique aujourd'hui, ce serait un ultime acte de résistance (anachronique) contre le régime. "Les ravages de l'idéologie athée", ça craint. Parce que ça sous-entend deux choses. 1) Athée = communiste. 2) Haïr l'occupation soviétique = aimer Dieu. Clientélisme de bas étage.
26 septembre 2009
Welcome
Hier soir on a regardé Welcome. Ce matin une bagarre d'oiseaux sur le toit nous a réveillés tôt. En ouvrant la fenêtre, la pigeonne n'avait plus qu'un seul bébé pigeon à couver.
24 septembre 2009
Le problème avec les auvergnats
Ce long et poignant article du Monde qui est seulement un témoignage et qui rappelle les fondamentaux. On l'oublie presque à force de prendre le contrepied, que le racisme ordinaire est toujours là, bien ancré dans la France profonde, au point d'en faire de l'humour, second degré sur le bruit, l'odeur, la bière et le porc.
Le problème avec les Auvergnats c'est qu'ils sont partout, stigmatisés "coupables" avec de sérieux problèmes de sémantique, comme notre président, des problèmes de décence et de mesure, de problèmes d'humour. Le problème avec les Auvergnats c'est qu'ils ont tendance à s'accommoder de vivre dans la "jungle" si on les en déloge pas avec "délicatesse". Le problème avec les Auvergnats c'est qu'à force qu'on les stigmatise, parfois ils deviennent agressifs, il y a de quoi en même temps j'aimerais bien vous y voir. Je peux le dire, hein, je viens de me souvenir que j'ai un quart d'Auvergne dans mon sang qui légitime, qui désamorce tout. Autodérision alors. Le problème avec les Auvergnats c'est qu'ils se serrent les coudes se renvoient les ascenseurs, il y a toujours dix Auvergnats pour défendre l'Auvergnat qui a fait un lapsus ou une mauvaise blague. Les Auvergnats sont magiques, ils sont partout, c'est comme le blond de Gad Elmaleh, les Auvergnats, c'est pas une couleur de cheveux, c'est pas une origine géographique, c'est un concept.
23 septembre 2009
Animals can't laugh
Emilie Simon a annulé son concert à Prague.
Sarkozy a encore confondu "accusé" et "coupable" (Colonna et Villepin ont finalement un truc en commun). Je suis en train de devenir accro aux chroniques judiciaires de Pascale Robert-Diard.
Le Zoo de Saint Jean Cap-Ferrat va fermer parce qu'un promoteur veut construire un complexe hôtelier de luxe pour milliardaires russes. Que vont-ils faire de mes loutres et de mon ours brun? La pétition est ici. Je sais, les niçois l'ont déjà signée et les autres s'en foutent. Chacun son enfance, chacun sa madeleine. Papa ne m'emmènera plus au Zoo de Saint-Jean, mais on continuera à aller voir les films de Woody Allen. Jusqu'à ce que Woody Allen ne fasse plus de films.
Ce matin les pigeons ont eu deux bébés pigeons. C'est assez moche, un bébé pigeon. N'empêche, ça en impose. On les respecte beaucoup plus, nos pigeons sur le toit, depuis qu'ils ont des bébés.
22 septembre 2009
Le héros de roman
Courir de Jean Echenoz sort en ce moment en Tchéquie. On pouvait s'y attendre : les héritiers de Zatopek pinaillent sur les détails biographiques. C'est compréhensible (les veuves n'aiment pas qu'on se trompe sur ce qui fut leur bonheur conjugal) et en même temps, c'est absurde : Courir est un roman. Et un sacrément bon. Pour le défendre j'ai écrit un petit texte, que Jovanka Šotolová a traduit en tchèque pour l'occasion. On peut le lire dans les deux langues ici.
21 septembre 2009
Front est
Le second genou en avait eu marre de me porter tout seul et avait commencé à donner des signes de fatigue puis d'usure puis il avait été douloureux de rester debout et j'avais décidé de ne pas me laisser décourager et d'accepter le mieux possible mon immobilité, il y avait des fois où l'appel du dehors était plus fort et je descendais les quatre étages en sachant qu'il allait falloir les remonter, c'était risqué mais je ne pouvais pas me résoudre à l'enfermement continu.
Il y avait l'empathie presque l'identification en découvrant ça et du coup en attendant le concert, pour chasser mes frayeurs j'écoutais ça. Parfois je sentais l'angoisse revenir et je filais à la piscine et j'essayais de nager le crawl, ça ne marchait pas très bien alors je me rabatais sur la brasse interdite (c'est mauvais pour les genoux).
Les élections n'auront pas lieu en Tchéquie, pas avant le printemps alors qu'elles étaient imminentes. Alors tout cet argent public dépensé pour la campagne, parti en fumée. L'assemblée qui devait se dissoudre reste finalement soudée jusqu'au printemps, et dieu sait qu'ici l'hiver est long. Mais pour l'instant, pas de quoi se plaindre : presque l'été indien. Miracle.
Je regarde le procès Clearstream tous les soirs sur Canal+ et je m'étonne qu'on ne parle pas davantage de Denis Robert. Parce que, si Villepin est accusé d'avoir commandité ou laissé faire la manipulation judiciaire à base de faux listings, à Denis Robert on reproche seulement de s'être procuré les vrais : d'avoir fait son travail de journaliste d'investigation. Alors, je me demandais ce qu'il pensait de la culpabilité de Villepin (ben oui, moi aussi je finis par me laisser absorber par la dimension people de l'histoire). Aujourd'hui, il a dit "il est impossible de ne pas se faire avoir par Imad Lahoud" et j'ai pensé : ça joue en faveur de Villepin, un truc comme ça. Je suppose que si c'est la seule phrase de son audition qui ait filtrée dans la presse (grand public) c'est que la journaliste s'est fait la même réflexion que moi. Bref, s'il y en a un dont j'espère sérieusement qu'il ressortira de ce procès "libre et blanchi" c'est Denis Robert. Pour le reste, comptons goulument les points.
13 septembre 2009
L'organe-obstacle
Après presque trois semaines d'euphorie sportive quotidienne - cela ne me ressemble guère il est vrai, mais quelle volupté - la réalité physiologique venue me rappeler à l'ordre, comme le souligne ma mère au téléphone chaque fois que tu as voulu faire du sport il t'est arrivé une merde, cette fois-ci la merde était prévisible, ménisque interne droit en déliquescence depuis un an et demi et maintenant je suis une vieille dame. Enfermée pour combien de temps à ne pas pouvoir gravir les quatre étages qui me séparent du monde. Le corps me remet à ma place : tu es un écrivain. Pas un être de chair de plaisir pas une épicurienne mais un cerveau greffé sur ordinateur. Fini les conneries, remets-toi au travail puisqu'il n'y a rien d'autre à faire. Voilà. Un peu de modestie et la bonne vieille capacité d'abstraction qui est encore la plus sûre manière de te distraire. Rien ne sert de haïr ce bon vieux déterminisme ligamentaire/cartilagineux qui m'oblige à faire ce que je suis capable de faire et rien d'autre. On peut programmer l'opération, prendre rendez-vous pour l'IRM en France. Il faut accepter comme un signe du ciel (laissez-moi rire) l'obstacle qui va me remettre sur le droit chemin. Grrr.
5 septembre 2009
Vacance
Ni le carbone, ni le Gabon, ni la communication pointue de Luc Chatel, je ne comprends plus grand chose à l'actualité française et encore moins pourquoi le moral des Français remonte, pourquoi le président gagne des points. Nicolas Demorand a beau être rentré de vacances. Et Denisot aussi... Je suis larguée avec la France, ça m'échappe, m'inquiète, d'autant que je ne suis pas davantage tchèque. Je suis de nulle part et ma bulle voudrait bien exploser. De temps à autres, des repères se font jour : le dernier album de Miossec, interviewé ici par Hubert Artus, le passage prochain par chez nous d'Emilie Simon et celui de Goran Bregovic, aujourd'hui l'expo de Robert Vano, il y a peu le rapatriement à Prague de la scandaleuse Enthropa de David Cerny, pas peu fière de l'avoir vue en vrai parce qu'elle a vraiment de la gueule. La rentrée ne me concerne plus que par personnes interposées. Je ne suis presque plus de ce monde et j'ai la charge, non moins écrasante, d'en inventer un en quelques pages. Pour l'instant, je me défoule dans une piscine et dans une salle de sport où l'expérience physiologique (mon coeur à 152 bpm en moyenne pendant l'effort) le dispute à l'étude anthropologique. Je recommence doucement à lire des livres. Mis à jour en case 21 les pages musique et théâtre. D'autres suivront dès qu'il n'y aura plus du tout de soleil pour me distraire.