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Jouer au criminel ?
Le cinquième roman de la jeune Claire Legendre est bâti selon un procédé similaire : la narratrice, une romancière en séjour à la Villa Médicis, écrit une pièce de théâtre dont le héros est le jeune tueur des trains, Sid Ahmed Rezala, qui défraya la chronique, on s'en souvient. Le metteur en scène du spectacle est un adepte de La Méthode Stanislavski qui veut qu'un acteur joue avec son propre « matériau émotionnel ». CQFD : pour jouer un assassin, il faut réveiller ses pulsions meurtrières. Les répétitions dégénèrent. Le sang de la fiction coule dans le réel. Et la narratrice, joli personnage un peu bêcheur mais suffisamment détaché et lucide sur soi pour ne pas être irritant, découvre qu'elle a été le jouet d'une machination. D'auteur, la voilà transformée en personnage ! Ce roman bien troussé, servi par une écriture rythmée et pleine d'allant, met en scène et démonte astucieusement les rapports intimes qu'entretiennent l'art et la réalité. Un livre déroutant qui considère le jeu des passions sans susciter d'émotions. Un récit à suspens où la logique prime sur la vraisemblance. Qu'importe ! L'habilité et le regard décalé de la romancière, dont le lecteur se sent complice, suffisent à son plaisir.
ASTRID DE LARMINAT
Le Figaro littéraire 02/02/06