presse

 

 

 

 

> La Croix,
12/01/06

> Le Monde des livres,
20/01/06

> Sud-Ouest, 29/01/06

> Le Figaro littéraire, 02/02/06

> Marie-France,
fev 2006

> Nice-Matin
19/02/06

> Atmosphères
mars 06

> Paris Match
30/03/06

> Le Magazine littéraire,
avril 06

> Glamour
avril 06

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monde des Livres 20/01/06

 

Les dangers de la vérité comme support de la fiction
L'art du tueur

 
 


LA METHODE
STANISLAVSKI

de Claire Legendre.
Grasset, 376 p. 18,50 €.


L'horreur fascine. Quoi qu'on en pense, le tueur en série est un personnage qui suscite autant d'aversion que de curiosité. Le placer au centre d'un récit, c'est le défi romanesque que Claire Legendre relève et réussit en utilisant les ingrédients d'un "polar" - viols, assassinats, chasse à l'homme - sans faire de son histoire un roman policier, mais une de ces oeuvres dites psychologiques, c'est-à-dire tout simplement humaines.
Pour ce, elle crée, avec Graziella Vaci, une narratrice qui, en résidence à la Villa Médicis, se passionne pour un "tueur des trains", relève tout ce que la presse en dit, en compose une pièce de théâtre que monte Vlad, un metteur en scène aussi séduisant que diabolique. Il dirige en cours d'art dramatique et pratique la méthode par laquelle Stanislavski rendit célèbre l'Actors Studio : se servir de souvenirs affectifs personnels pour créer le personnage qu'on interprète.
C'est dans cet esprit que les répétitions commencent, le rôle principal étant donné à Serena, une actrice choisie par Vlad et acceptée difficilement par Graziella. Le début du travail difficile est vite interrompu ; le corps de Serena est trouvé le long d'une voie ferrée. Elle a été poignardée. Léa, une élève de Vlad, la remplace.

Ingérence du vrai
Cependant qu'au drame de la pièce se superpose l'enquête sur la mort de Serena, il apparaît que bien des gens avaient une raison de la tuer, dont Vlad, un acteur, "tueur des trains" lui-même, voire l'acteur qui donnait la réplique à Léa quand elle mourut au cours d'une représentation dans des conditions étranges qui mêlent le jeu et le réel.
A qui entrera dans le roman, laissons le soin de découvrir le coupable. C'est intéressant, mais l'essentiel n'est pas là. Il est dans l'art avec lequel la romancière entrelace le fait divers du tueur en série et sa transposition dans la fiction par une oeuvre dramatique qui sera l'occasion d'un meurtre ramenant à la réalité.
Ce jeu entre ce qui fut, ce qui aurait pu être et ce qui est est d'autant mieux maîtrisé que Claire Legendre l'illustre par la "méthode Stanislavski" et les interférences qui naissent au "seuil du subconscient" ce que reconnaît Vlad disant à Graziella : "Toi, tu ne risques rien avec tes mots... Mais moi, les êtres humains, c'est comme jouer avec le feu." L'espèce d'ingérence du vrai pour donner au faux l'illusion de la vérité délite, chez l'interprète, la frontière entre son moi et celui du personnage qu'il incarne.
Toute la force et la noire beauté du roman tiennent à la simplicité du texte pour traduire les situations complexes qui conduisent aux conséquences du maniement du ce feu, ici, la mort.

PIERRE-ROBERT LECLERCQ

Le Monde des Livres 20/01/06