La Méthode Stanislavski
« Les hommes se réjouissent moins de leurs crimes que de leur faiblesse et de leur vanité », dit Jean de La Bruyère dans Caractères . Et nombre de femmes rougissent moins de leur vanité que de leur faiblesse vis-à-vis de certains criminels. Graziella, jeune romancière pensionnaire de la Villa Médicis, n'y échappe pas. Alanguie par l'atmosphère ronronnante des lieux, elle ne semble reprendre vie qu'au cours de sa lecture quasi rituelle de la presse et des faits divers. Graziella s'entiche ainsi d'un tueur en série qui sévit dans les trains et se met à collectionner les articles le concernant ; elle tâche de comprendre le jeune homme, suit passionnément sa cavale et sa capture, s'en inspire pour écrire une pièce de théâtre. Les complications surgissent : l'actrice principale est assassinée. Les répétitions continuent cependant, entrecoupées par l'enquête d'une police qui soupçonne chaque pensionnaire.
Au-delà d'une réflexion sur la fascination morbide que suscite le crime, Claire Legendre se penche sur l'imbrication de l'imaginaire et du réel. La méthode Stanislavski, appliquée par le metteur en scène de Graziella, recommande aux acteurs de se fondre totalement dans la personnalité et les sentiments des personnages qu'ils interprètent pour mieux jouer : mais lorsque la fiction est nourrie par un sanglant fait divers, s'en rapprocher, n'est-ce pas ouvrir la porte à de dangereux imprévus ? Diablement minutieuse dans la construction de son intrigue, Claire Legendre montre à la fois qu'écrivain et acteur ont plus de points communs qu'on se le figure et que la réalité peut rejoindre, voire dépasser, une fiction qui pensait se servir d'elle.
JESSICA L. NELSON
Le magazine littéraire, avril 2006